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[verso-hebdo]
16-06-2016
La chronique
de Pierre Corcos
Rouen, murs éloquents.
Les belles villes d'art au patrimoine dense seraient-elles condamnées à perpétuellement rejouer le même splendide  opéra ? D'autres dramaturgies sont-elles accessibles à ces « villes-théâtres » ?... Leur architecture, aux références historiques écrasantes, semble vouée à toujours rester le décor intact d'une vie révolue. Condamnée à l'élitiste commentaire érudit ou à la kitschisation par le tourisme de masse, cette architecture de « ville-musée » peut éviter cependant aussi bien la fossilisation que la profanation. Il suffit sans doute d'initiatives intelligentes, mûrement réfléchies, pour que le dilemme soit résolu.

Sa cathédrale Notre-Dame - l'un des plus beaux monuments gothiques de France -, le chef d'oeuvre de son Palais de Justice, son Gros-Horloge, son cloître de Saint-Maclou, sa Tour Jeanne d'Arc, toutes ses vieilles maisons à colombage... Rouen, ville patrimoniale, labellisée « ville d'art et d'histoire », a tenté des initiatives intéressantes par le biais d'un événementiel intitulé « Rouen Impressionnée » - dans le sillon du Festival bien connu « Normandie Impressionniste » -, qui en est à sa troisième (2010, 2013 et 2016) manifestation.
L'art actuel vient s'y inscrire dans le paysage urbain de multiples manières. Et cette année, grâce à trois parcours artistiques et à de l'art urbain (quelques 25 fresques d'artistes internationaux et régionaux, ainsi que plusieurs réalisations éphémères), un certain portrait de la ville est offert aux promeneurs et curieux. En effet, Yvon Robert, Maire de Rouen, et Christine Argelès, sa première adjointe en charge de la culture, soucieux de promouvoir la diversité culturelle et de rendre l'art accessible à tous - Rouennais et touristes -, ont joué cette année la carte d'un art urbain réfléchissant de multiples façon la ville (quartier des Sapins, quartier portuaire Luciline, Centre ville), en confiant ce projet à un spécialiste.
Olivier Landes (il a naguère fondé l'association « Art en Ville », créé le festival In Situ à Paris), commissaire de cette exposition prenant la forme d'un parcours urbain, s'est bien imprégné à Barcelone, Valparaiso, Lodz, des capacités magiques de l'art urbain à crever l'opaque silence des murs pour qu'ils racontent, chantent ou crient enfin quelque chose. Mais il lui semble important, à côté de la dimension esthétique, de choisir des muralistes capables d'intégrer les réalités sociales, urbaines, écologiques des lieux où ils interviennent. D'ailleurs « ce sont ces lieux qui m'ont inspiré certains artistes », confie-t-il.
Il faut se rappeler que le père du muralisme, le mexicain Diego Rivera, rentré au Mexique après quatorze années passées en Europe, et notamment en Italie - où les fresques de Padoue, Ravenne, Assise l'avaient conduit à réfléchir à cette continuité entre l'art et le quotidien, l'acte esthétique redevenant expression de sentiments collectifs -, avait pensé l'oeuvre murale comme une communication ouverte à tous, pouvant emprunter tous les codes esthétiques... Et cet art pour le peuple est devenu un nouveau et prolifique langage pictural se jouant des frontières. Avec en plus aujourd'hui l'influence du post-modernisme.
A Rouen, cette interaction, posée comme une contrainte porteuse, entre l'artiste et le quartier où il intervient, évite la décoration contingente de façades laides à peinturlurer. « Un travail d'écoute de la population, de compréhension du quartier, de sa culture, de sa place dans la ville, a été fait de façon à fournir aux artistes des éléments inspirants. (...) L'idée est de préparer le public à l'arrivée de ces oeuvres qui vont changer leur paysage du quotidien, parfois à même leur propre immeuble », renchérit Olivier Landes. Alors, par le biais de l'allusion, de la métaphore ou de la citation, les murs parlent aux habitants de leur quartier, de leur vie quotidienne, mais rêvée, décalée, transfigurée.

Déjà quatre fresques sur sept ont été achevées au quartier des Sapins (qu'on peut du coup écrire... « ça peint ! »), l'événementiel « Rouen impressionnée » totalement achevé démarrant début juillet. Et, baroque truculence du brésilien Ramon Martins, dynamisme pop et photographique du français Arnaud Liard, poésie étrange du polonais Sainer ou fantaisie mutine de l'argentin Mart Aire, les profondes différences de style n'empêchent pas un souci commun, constant de parler à tous de l'environnement : références sociologiques, esthétiques, historiques ou écologiques. Mais il faut tenir compte également de la façon dont le mur peint est perçu... Si majoritairement, ce sont des automobilistes qui en un bref instant l'aperçoivent, la réalisation ne sera pas la même que si des piétons ont le loisir de stationner longtemps devant l'oeuvre (différence notable de facture entre le hangar peint par Satone et le mur du Conservatoire couvert par Gaspard Lieb). Tenir compte enfin d'autres variables : perspectives, lumière ambiante, risques divers de dégradation, etc.

Alors, certes, dans le superbe décor de son patrimoine, Rouen jouera toujours sa grande pièce de théâtre historique (Jeanne d'Arc sur le bûcher, les guerres de religion, les bombardements de la Seconde guerre mondiale, etc.), mais voilà que ces trois promenades urbaines et artistiques de « Rouen impressionnée », par d'éclatantes fresques murales, produiront un tout autre spectacle.
Il y est surtout question du Rouen d'aujourd'hui. Tel qu'il se vit.
Pierre Corcos
16-06-2016
 
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Verso n°107

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