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[verso-hebdo]
14-01-2016
La chronique
de Pierre Corcos
Photographier, s'émanciper
Les photos innombrables, permanentes, uniformes, charmeuses dont elles sont l'Objet... Photographies de mode, érotiques, publicitaires, etc. Et toujours la femme de rêve, la femme-objet ! Dans Cool memories II, Baudrillard notait: « C'est l'homme, naïf, qui sécrète des utopies, l'une d'elles étant justement la femme. Celle-ci, étant une utopie vivante, n'a pas besoin d'en produire. De même elle n'a que peu de raisons d'être fétichiste, étant elle-même le fétiche idéal ». Un fétiche idéal mitraillé sous tous les angles par l'objectif phallique !
Et maintenant voici les photos variées, déroutantes et qui ouvrent de nouveaux espaces ou genres, photos dont cette fois elles deviennent les créatrices... Lorsque, s'installant derrière l'objectif, des femmes photographes changent la donne, infléchissent l'histoire de cet art, de cette pratique et, dans le même mouvement, s'émancipent de multiples manières.

L'exposition « Qui a peur des femmes photographes ? » (jusqu'au 24 janvier au Musée de l'Orangerie pour sa première partie et au Musée d'Orsay pour la seconde) témoigne largement de cette émancipation grâce à l'acte photographique. Par son ampleur, la qualité de ses commentaires, la multiplicité cosmopolite des photos sélectionnées, cette exposition reste, nous l'avons déjà souligné (cf. Verso-Hebdo du 5-11-15), l'exposition événement de la rentrée. Et pas seulement en matière de photographie : par exemple, on imagine aisément que des féministes qui s'intéressent peu à la photographie se passionnent pour cette exposition, et aussi que tout un chacun trouve là matière à réfléchir sur les effets psychologiques, sociologiques, anthropologiques de l'autonomisation par la démarche photographique.

Il fallait donc revenir sur cette exposition, elle s'achève bientôt...
Il suffit, un tant soit peu, de songer aux effets d'une pratique conséquente de la photographie pour en déduire les effets émancipateurs. Et, comme d'autres par l'écriture ou le cinéma, des femmes ont trouvé là une forme de libération et d'autocréation. Déjà, avec son propre appareil, faire ses photos, c'est se donner les moyens d'amorcer une démarche de subjectivation, entamer l'aventure d'un « visible à soi ». Ce visible que l'on se choisit contribue à élaborer une « Weltanschauung », une représentation du monde propre au sujet, du coup moins assujetti... Par exemple, un certain nombre de femmes photographes se détournent du monde qui leur est traditionnellement dévolu (le foyer, l'intime, les enfants, la décoration, les fleurs, etc.) pour, l'appareil en bandoulière, conquérir de nouveaux espaces : démarche ethnologique, photographies de contrées lointaines, photojournalisme avec sa marque propre (cf. Ella Maillart, Julia Pirotte, Dorthea Lange). Comme le rappelle le texte de présentation, « c'est aussi le désir de tout voir, d'aller partout et de parler de tout qui a poussé les femmes à pénétrer autant les lieux publics que l'espace du politique ». Et même ce microcosme de l'intime, du privé, du domestique dans lequel la tradition les enfermait, certaines photographes en perturbent les règles et les codes. Troublantes, sous l'objectif de certaines (Imogen Cunningham), ces fleurs qui deviennent étranges jeux de formes !... Très déstabilisant, aussi, le Sein après ablation présenté dans une assiette par Lee Miller !... En détournant, modifiant les codes, on entre par là-même dans la logique de rupture propre aux avant-gardes : ce qui conduisit certaines photographes à croiser, accompagner des mouvements artistiques comme le surréalisme, la « nouvelle objectivité », etc. Par ailleurs, l'acte photographique pouvant participer du voyeurisme et, par certaines mises en scènes, de processus fantasmatiques variés, la réappropriation par des femmes photographes de ce monde des modèles, du nu, de l'exhibition, déplace et enrichit de nouveaux points de vue les jeux érotiques, identitaires. La photographe Claude Cahun dit : « Brouiller les cartes - Masculin ? Féminin ? Mais ça dépend des cas - Neutre est le seul genre qui me convienne toujours ». Claude Cahun, Germaine Krull, Lisette Model, par leur travail de déconstruction photographique, interrogent à l'évidence les rôles, genres et normes.
Il y a aussi l'autoportrait : se photographier soi-même, c'est scruter sa propre apparence, et contester cette image féminine que les hommes par leur regard peuvent essentialiser. À cette essence limitée, une Wanda Wulz aura préféré, dans Io + gatto (1932), un fascinant devenir-chat... Nous sommes bien loin de cet « imaginaire mièvre et superficiel » qu'une certaine critique d'art (elle avait justement... peur des femmes photographes, pour reprendre le titre de l'exposition !) prêtait à la gent féminine qui s'aventurait dans ce territoire supposé masculin par sa technologie, sa définition du visible comme élément du pouvoir : la photographie.

Après avoir bien vu ces deux grandes expositions, apprécié le nombre et la variété (jusqu'à en donner le tournis presque !) des photographies, on serait enclin à admettre cette assertion introductive des commissaires d'exposition pour qui « les femmes ont de fait joué, en tant qu'auteures, un rôle plus important dans l'histoire de ce moyen d'expression que dans celle de chacun des beaux-arts traditionnels ». Voilà d'ailleurs qui nous éclaire indirectement, et plus généralement, sur les puissances émancipatrices encore méconnues de cette forme d'expression, de cet « art moyen » (cf. Bourdieu), la photographie.
Pierre Corcos
14-01-2016
 
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Verso n°110

L'artiste de l'été : JonOne

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