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[verso-hebdo]
31-03-2016
La chronique
de Gérard-Georges Lemaire
Chronique d'un bibliomane mélancolique

Segui, la peinture en miroirs, Daniel Abadie, musée de l'hospice Saint-Roch, Issoudun, 80 euro.

Natif de Cordoba en Argentine en 1934, Antonio Segui a suivi ses études artistiques en Espagne et en France. En 1957, il effectue un grand voyage en Amérique latine et apprend la technique de la gravure et de l'estampe au Mexique. Il vient à Paris en 1963 et s'y installe. Il passe alors par différentes phases : mais toutes ses oeuvres ont alors une constante : elles sont toujours d'un humour plus au moins accentué. En 1977, par exemple, il exécute la série des lithographies des Elefante de la pampa. C'est au début des années 80 que se dessine ce qui deviendra sa marque de fabrique : de petit personnages (en majorité des hommes habillés comme on l'était dans sa jeunesse en argentine avec des pantalons larges et des chapeaux mous. Une salle est merveilleuse : celle où l'on voit deux grandes toiles, l'une représentant Buenos Aires, avec pour seul signe distinctif l'obélisque du 9 Juillet (1985), et Paris, où l'on discerne l'Arc de triomphe (1982). Ce sont les deux pôles de son imaginaire, mais l'Argentine est bien plus présente que sa ville d'adoption. Ses petites figures trépidantes, qui marchent rapidement, vont dans tous les sens, pullulent ; elles sont parfois saisies dans des attitudes drôles, sont la métaphore de la pulsation de la ville moderne, mais avec un rien de nostalgie car tout se rapporte à un passé récent, et donc à son imaginaire. Segui a pu décliner ses figures à l'infini sans pourtant devenir répétitif et systématique. Il les fait vivre selon des techniques différentes, les isole et les rend innombrables, comme dans Textura Civica (2006), les transformant en mannequins de vitrine de magasins de modes ou en personnages de bande dessinée. Elles sortent parfois du crâne de l'un d'eux en une sorte de sarabande chaotique. Il a cet esprit ludique qui ne se dément jamais. Il a aussi répertorié leurs traits distinctifs, en faisant des lithographies en noir sur blanc d'un chapeau, d'une tête ou d'une situation comique. Segui possède un atout majeur : le sens de la poésie. Il n'a pas les prétentions didactiques des autres peintres de la figuration narrative qui veulent sans cesse nous faire passer un message idéologique ou moral ou culturel. Il est entièrement dans ce qu'il met en scène pour nous apporter une jubilation sans borne. L'exposition du musée de l'Hospice Saint-Roch d'Issoudun est très bien conçue car on peut y suivre son cheminement artistique et comprendre comment il a su faire évoluer son dispositif qui va du plus grand (la ville dans son ensemble) jusqu'au plus menu détail, quelques fois des plus insolites et bizarres. C'est une merveille dont on ne se lasse pas.




Mort d'un homme heureux, Giorgio Fontana, traduit de l'italien par François Bouchard, Seuil, 320 p., 21 euro.

Second roman de ce jeune auteur italien (il est né en 1981), cette Mort d'un homme heureux a reçu le prix SuperCampiello. Et il le mérite amplement. En apparence, tout semble bien conventionnel : l'histoire du père, qui a trait essentiellement à la guerre et à la résistance, et celle du fils, qui a hérité de ce dernier le sens de la justice puisqu'il est magistrat. Alternent les chapitres consacrés au premier et ceux concernant le second. On pourrait croire que Giorgio Fontana ait voulu embrasser dans son histoire un pan de l'histoire d'Italie, du fascisme aux brigades rouges. C'est un peu le cas, mais d'une façon assez peu développée pour que cette tentation se soit ancrée dans son esprit. En ce qui touche l'époque de Mussolini et la terrible guerre civile entre 1943 et 1945, c'est un point de référence impossible à oublier - d'où l'histoire du père. Je crois plutôt que l'histoire de cet ouvrier fidèle à ses convictions qui meurt fusillé par les troupes fascistes de la République sociale pour défendre son idéal de liberté est une métaphore cruelle qui peut expliquer ce qui va se passer trente ans plus tard. L'héroïsme du père, à mon sens, incarne les aspirations à la liberté qui se sont déjà affirmées pendant le risorgimento et la saga garibaldienne ou lors de l'éphémère république romaine de Giuseppe Mazzini. IL faut aussi songer aux luttes sociales qui ont précédé la Grande Guerre et les occupations d'usines ou de propriétés agricoles par la suite. Enfin, il y a eu la lutte antifasciste pendant les vingt années du régime. En somme, sans remonter jusqu'à Spartacus, c'est l'échec permanent d'une pensée libératrice qui est en jeu dans ce livre. La vie de Giacomo Colnaghi est celle d'un procurateur qui a le sens du devoir et, plus encore, un vrai sens de la justice, qui va bien au-delà de la lettre de la loi. C'est un catholique pratiquant, mais pas animé par les préceptes les plus rétrogrades de l'Eglise. C'est une personne ouverte et qui pense servir le droit et son pays, sans la moindre exaltation idéologique. Mais il exerce cette profession pendant les années de plomb, qui ont vu les attentats les plus terribles perpétués par l'extrême droite, comme par l'extrême gauche, l'échec du compromis historique entre le PCI et la démocratie chrétienne, l'assassinat d'Aldo Moro et mille turpitudes politiques, épicées par des complots et des tentatives plus ou moins réalistes de coup d'Etat. Voilà de quoi parle cette fiction, qui ne tombe pas dans le travers de décrire et d'expliquer les événements qui ont eu lieu pendant les années soixante-dix qu'on a appelées les « années de plomb ». Tout en s'occupant d'une délicate enquête sur un groupuscule radical qui n'hésite pas à recourir à l'action terroriste, Giacomo Colnaghi mène une existence paisible. Mais dès qu'il se retrouve dans se bureau, il s'efforce de comprendre, le peser les choses, de mesurer le prix de la douleur et des larmes. Sa conscience préside à tous ses actes. Il n'a pas compris qu'alors ce n'était pas l'enjeu de cette guerre qui ne disait pas son nom - une guerre contre l'institution qui n'avait pas de soutien populaire, qui n'était que le fait que d'une poignée de personnes qui croyaient détenir les clefs de l'Histoire et qui ont fini par devenir de purs et simples criminels. Il va tomber sous leurs balles à son tour, victime expiatoire de cette lutte qui n'a aucun objet. Avec une grande simplicité, une intelligence aiguisée, pas mal de subtilité, Giorgio Fontana est parvenu à dépeindre l'Italie de cette période à travers un héros qui, en fin de compte, a le seul courage de vouloir faire son métier et de mettre fin à ce bain de sang inutile. Et cela éclaire l'Italie d'aujourd'hui, qui a perdu l'espoir de voir le système démocratique mettre un terme à la corruption, au clientélisme, à la criminalité organisée, au chômage. Il met en relief ce qui fait défaut à cette République qui n'arrive toujours pas à se définir et à faire l'unanimité autour d'elle et de ses valeurs. Sans le moindre pathos, sans grands effets de manche, notre écrivain a su nous toucher et nous avertir de ce qui ne peut pas se réaliser car tous les mécanismes du système empêchant un pays somme tout prospère et dynamique de découvrir sa vérité. Ce qui se passe maintenant est le fruit amer de ce qui s'est passé alors. Le rêve n'a plus sa place dans la société italienne.




L'Histoire de ma femme, Milan Füst, traduit du hongrois par Élisabeth Berki et Suzanne Peuteuil, préface d'Albert Gyergyal, « L'Imaginaire », Gallimard, 504 p., 16,50 euro.

Pour ce que j'en sais, c'est une oeuvre romanesque des plus déconcertantes. Dans la longue préface, Albert Gyergyal nous avertit que la littérature romanesque hongroise échappe à toute définition au cours du siècle passé. L'Histoire de ma femme encore plus. L'auteur nous rapporte avec maints détails les relations que le capitaine Störr s'efforce d'établir avec son épouse française, qu'il ne comprend pas et qui, de son côté, ne parvient pas non plus à s'accorder avec ce géant qu'il aime sans commune mesure. Nous suivons tout au long de ces pages la quête incessante et sans espoir de cet homme gigantesque qui croit toujours pouvoir conquérir sa menue moitié. IL va employé tous les subterfuges imaginables, toutes les ruses dont il est capables, tenter les tentatives de séductions les plus incroyables. Son acharnement le conduit à faire les choses les plus insensées, mais jamais à la conquérir tout à fait. Et quand elle meurt, son amour, lui, ne meurt pas. C'est vraiment un livre hors norme, gigantesque pour le récit d'un combat intime, bâti comme une épopée ou un saga islandaise, mais où seuls les sentiments sont pris en compte. C'est une Odyssée de la passion amoureuse, qui prend une dimension démesurée, aussi démesurée que le personnage et ses tourments. Il est malaisé de juger un tel ouvrage : d'un côté il est extraordinairement fascinant ; de l'autre, sa longueur et sa bizarrerie est dérangeante. Mais il ne peut pas laisser indifférent.




Le Marchand de premières phrases, Matéi Visniec, traduit du roumain par Laure Hinckel, Jacqueline Chambon, Actes Sud, 366 p., 23,80 euro.

Nous avons là un roman peu commun. C'est l'histoire d'un homme de lettres qui entre en relation avec un certain Guy Courtois, qui a décidé de faire profession de marchand de premières phrases. L'histoire du héros du roman est une sorte de course folle contre le temps de la modernité et aussi une quête perpétuelle de la vérité de ce qu'il est dans et par son écriture. En sorte que ce livre est un récit picaresque débridé, foisonnant, délirant parfois, constellé de rêves, d'ex cursus et de réflexions sur ce que peut être la téléologie de l'acte romanesque. Au milieu de cet incroyable tohubohu frénétique, il y a les lettres de ce marchand qui est un grand érudit, qui parle à son correspondant des premières phrases dont il connaît les circonstances de la création ou des grands cafés littéraires illustres qu'il a fréquentés ou dont il connaît l'histoire, comme le Hawelka de Vienne ou l'Odéon de Zurich. A mesure qu'on s'enfonce dans cet univers touffu, avec l'énigmatique mademoiselle Ri et avec l'encore énigmatique X, on se retrouve dans un monde qui est le laboratoire de l'alchimie littéraire. Ce n'est pas Comment écrire un roman ? » -, version roumaine. C'est un voyage halluciné dans l'immense chantier de la création littéraire telle que la vit Matéi Visniec, qui se révèle ici un grand écrivain. C'est sans doute le livre à lire à tout prix cette année car la surprise et l'enchantement se renouvellent dans chaque chapitre. C'est aussi une interrogation pas seulement sur la « fabrication » d'un ouvrage de fiction, mais aussi les interrogations qu'il suscite, les difficultés qu'il avance aux yeux de l'auteur, ses traquenards et ses pièges dangereux, et, au milieu de tout cela, la vie qui est représentée sous toutes ses facettes, les plus belles et les plus laides, avec une puissance inégalable. Je ne sais pas si c'est un chef-d'oeuvre, la postérité le dira, mais c'est en tout cas une très grande oeuvre qui devrait faire date.




Fusées / Mon coeur mis à nu, Charles Baudelaire, édition d'André Guyaux, Folio classique, 408 p., 8,20 euro.

Charles Baudelaire, à la fin de son existence, a conçu trois ouvrages. Il a jeté sur le papier une quantité considérable de notes, mais n'en a terminé aucun. Ces textes ne paraitront que bien après sa disparition en 1887. Malgré cet inachèvement, ils n'en méritent pas moins d'être lus et, mieux encore, d'être hautement appréciés. Ils nous délivrent le fond de sa pensée et aussi sa vision de l'univers et de l'être humain. On y trouve des fulgurances à toutes les pages, des bonheurs d'intelligence et de pénétration de la modernité. C'est un véritable guide pour pénétrer ce qu'a été son époque et bon nombre de ses réflexions ou de ses aphorismes peuvent encore trouver un écho puissant à notre époque. Prenons seulement cet exemple tiré de Mon coeur mis à nu : « théorie de la vraie civilisation. Elle n'est pas dans le gaz, ni dans la vapeur, ni dans les tables tournantes, elle est dans la diminution des traces du péché originel. » C'est tout simplement un éclair qui traverse les noirceurs de la vieille métaphysique. Et tout est ici de cette même eau. Ses considérations sur l'amour sont surprenantes et sonnent juste. Baudelaire est l'auteur immortel des Fleurs du mal, c'est l'évidence pure, mais c'est aussi un homme qui a médité et a réussi à toucher des points très sensibles de notre être. Ces notes, parfois hirsutes, sont précieuses, elles complètent ce que nous savons de lui et de sa conception du mal qui serait un bienfait pour l'humanité - une sorte de christianisme complètement remodelé et sans les prérogatives d'un Dieu omniscient et omnipuissant. Si vous ne les avez pas déjà lues, faites-le sans attendre.




La Maison de Bernarda Alba, Frederico Garcìa Lorca, édition et traduction d'Albert Bensousan, Folio Théâtre, 224 p., 5,90 euro.

Je dois avouer que je préfère la poésie de Frederico Garcìa Lorca à son théâtre. Mais cette pièce là est bien singulière car elle repose sur une folie sans nom -, celle d'une veuve qui ne veut marier aucune de ses cinq filles ! Cet obsession à transformer sa demeure en une sorte de couvent fortifié fait de Bernarda Alba l'un de ces personnages fanatiques qu'on peut rencontrer dans la littérature populaire du XIXe siècle. C'est un monstre. Et de sa monstruosité ne peut que naître une tragédie épouvantable. Le promis (qu'on ne voit jamais tout le long de trois actes) de la fille aînée, qui n'est pas loin de ses quarante ans, finit pas séduite la cadette, beaucoup plus jeune cela est l'évidence même. Cette dernière finit par se donner la mort. C'est bien sûr un peu grandiloquent et un peu macabre, mais il y a dans cette tragédie une telle démesure qu'on finit par accepter ce supplément de drame qui est trop boursouflé !




De la constance du sage, Sénèque, Folio Sagesses, 128 p., 3, 50 euro.

Sénèque, qui fut le conseiller de Caligula et le précepteur de Néron, a dû se suicider quand on l'a accusé d'avoir participé à la conjuration de Pison (cela étant dit, il avait la possibilité de choisir l'exil). Adepte du stoïcisme, il le transforme profondément. En matière religieuse, il combat l'idée du polythéisme et affirme que le sage possède une dimension divine. Le sage serait à ces yeux celui qui évite les conflits ou qui, sinon, les résout. IL est celui qui maintient l'équilibre dans la société et le commerce entre les hommes. En somme, il assumerait une fonction quasiment politique et serait un modèle de vertu. Ce petit essai est fondamental pour comprendre l'esprit philosophique des Romains au début du Ier siècle : ils doivent reprendre à leur compte la pensée grecque et lui donner une autre dimension. Il n'y a plus de véritable métaphysique, mais un idéal de savoir-vivre qui permet de trouver le moyen d'apaiser les passions et de les harmoniser ; on lira aussi avec intérêt un autre essai de sa main, De la tranquillité de l'âme.




De l'attitude à prendre envers les tyrans, Epictète, traduit du grec ancien par Joseph Soulié, Folio Sagesses, 144 p., 3,50 euro.

Il y a quelque chose d'oriental dans la philosophie de ce stoïcien qui préconisait la suprématie de l'action tout en prônant l'ataraxie, qui devrait être son contraire ! Il n'a jamais rien écrit : c'est un de ses disciples qui a noté ses leçons. Et c' »étaient des leçons de vie : il dispensait à ses élèves des notions abstraites de logique et il dispensait des éléments de physique et de mathématiques. Mais l'essentiel de sa recherche résidait dans la capacité de savoir affronter les situations qui se présentent à l'individu et d'y répondre de manière adéquate. En conséquence l'homme doit parfaitement connaître ses désirs et les maîtriser afin d'éviter d'éprouver trop de frustrations. Il doit agir dans le sens du bien public. Enfin, il doit apprendre à connaître le monde tangible de sorte à ne pas commettre d'erreurs. La sagesse qu'il propose est d'abord une manière d'être dans le monde concret et dans une société bien définie. Si Epictète paraît bien terre à terre dans ses conceptions philosophiques, il se révèle en réalité d'une grande subtilité. Exister est un peu comme un jeu d'échec où il ne s'agit plus de vaincre un adversaire, mais de vaincre ce qu'il ya de mauvais en soi.




Sur le destin, Lie-Tseu, Folio Sagesses, 112 p., 3,50 euro.

Je dois avouer (sans honte d'ailleurs) que j'ai toujours éprouvé un malaise devant tout ce qui a trait au confucianisme. Que le confucianisme ait à voir avec le taoïsme demeure à mes yeux une chose incompréhensible. Quand je lis ces pages, j'ai l'impression d'entendre les leçons de bon sens d'une vieille paysanne. Cette sagesse hypertrophiée a le don de m'exaspérer. Alors, libre à vous de vous faire un jugement sur la question. Moi, je n'arrive pas à supporter ses petites leçons de morale étriquées sur l'état des choses et du monde. Il faudra me pardonner cet hermétisme obtus face à la morale extrême-orientale !




Le Château intérieur, Thérèse d'Avila, Folio Sagesses, 112 p., 3,50 euro.

Thérèse d'Avila a voulu représenter l'âme comme un château (c'est le terme qu'elle a employé) qui se présenterait comme un labyrinthe. Pour parvenir jusqu'au divin presque inaccessible, il faut que l'être traverse des chambres obscures et, par la force de la volonté et la foi, trouve son chemin dans ce noir absolu. C'est une manière curieuse pour l'époque d'envisager la vie religieuse et la transcendance. Mais c'est une pensée d'une force incroyable qui reprend les thèses avancées autrefois par Grégoire de Nazianze au IVe siècle. Il faut aussi souligner que c'est une grande oeuvre littéraire, le cheminement mystique se traduisant par une belle écriture limpide et pourtant chargée de sensualité et de transports extatiques après des errances et des souffrances sans nom.




Livrets d'opéra, Philippe Quinault, présentés et annotés par Buford Norman, Hermann, 838 p., 46 euro.

L'opéra est une oeuvre totale. Il n'est pas seulement de la musique, mais aussi des décors (donc de l'art et de l'architecture), et enfin de la littérature. Mais curieusement, on a le plus souvent oublié les auteurs des livrets. En général, il n'y a guère que Lorenzo da Ponte dont on a conservé le souvenir, car il a écrit trois des plus grands opéras de Mozart, dont l'immortel Don Giovanni et laissé des mémoires passionnantes. Mais bien des écrivains n'ont pas répugné à se consacrer à cet art, comme le prouve Voltaire, qui a écrit deux livrets (dont Le Temple de la gloire) pour Jean-Philippe Rameau. Philippe Quinault, fils de boulanger, est devenu l'auteur privilégié de Lully. Pour ce dernier, il était indispensable d'avoir à ses côtés un auteur de talent, tel que le jeune Quinault, car, outre l'opéra, il avait eu à coeur de développer un genre nouveau, la comédie ballet (ce qui s'est traduit par ses collaborations avec Molière, les Fâcheux en étant le premier moment en 1661)- L'Académie Perrin est fondée en 1661, l'Académie royale de musique voit le jour en 1669, et celle de Lully naît en 1672 : tout est mis en oeuvre pour que la musique française puisse connaître un essor véritable. Quinault collabore à de nombreuses pièces créées pendant cette période, dont Psyché (1671). Un autre genre est fort prisé alors : la tragédie en musique. Quinault a travaillé pour toutes ces formes qui s'affirmaient parallèlement et cultivait aussi bien la pastorale que la tragédie. Mais si Quinault recevait des commandes de toutes ces académies, son rapport privilégié fut surtout avec Lully jusqu'en 1686, malgré une brève interruption pendant laquelle il a été remplacé par Thomas Corneille et Fontenelle à cause d'allusions malveillantes à l'encontre de Madame de Montespan dans Isis. IL est difficile d'apprécier de nos jours ces ouvrages à leur juste mesure car ils étaient presque toujours cryptés : il y était fait des allusions, souvent bien cachées, à des idées débattues ou à des événements politique. Les écrits de Quinault ne font pas exceptions à la règle. L'introduction est une merveille car elle explique très bien de quelle façon la musique baroque s'est rapidement transformée en multipliant et en amplifiant les rapports entre la musique et le texte. Cette redécouverte de Quinault apporte un éclairage extraordinaire sur une phase fondamentale de l'art musical en France. Cet ouvrage est indispensable pour tous les mélomanes, cela va de soit, mais aussi pour tous ceux qui désirent connaître les arts du Grand Siècle.



L'Exécution de Troppmann, Ivan Tourgueniev, traduit du russe par Isaac Pavlovsky, « Cahiers », L'Herne, 88 p., 9,50 euro.

Nous savons que Tourgueniev a longuement séjourné en France et qu'il y a noué de solides amitiés avec des écrivains de renom, dont Flaubert, Hugo, Lamartine. Dans ce petit livre, c'est Maxime Du Camp qui invite en janvier 1870 le grand auteur russe à l'accompagner pour assister à l'exécution de Jean-Baptiste Troppmann, un meurtrier particulièrement odieux qui avait massacré les six membres d'une famille avec une rare sauvagerie. Au lieu de faire un reportage classique, qui aurait pu paraître dans un journal, Tourgueniev relate au long de ce matin tragique comme il l'aurait fait pour une nouvelle la cérémonie macabre des dernières heures du condamné et sa mort. Il est cependant d'une grande précision, décrivant pas à pas les étapes de cette marche vers la mort. Il est profondément bouleversé par ce qui, pour la foule, est un spectacle macabre et en reste très ébranlé. En plus de cette belle pièce d'écriture l'ouvrage reproduit le Monologue de Troppmann, un poème composé par Maurice Rollinat, qui résume toute la gouaille des poètes du Chat noir à cette époque-là.
Gérard-Georges Lemaire
31-03-2016
 
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Verso n°110

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