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[verso-hebdo]
19-11-2015
La chronique
de Gérard-Georges Lemaire
Chronique d'un bibliomane mélancolique

Henri Rouart, peintre, collectionneur, ingénieur, Jean-Dominique Rey, L'Echoppe, 120 p., 16,50 euro.

Jean-Dominique Rey, déjà auteur d'une belle biographie de Berthe Morisot, a écrit un portrait très précis et bien fait de Henri-Stanislas Rouart (1833-1912). Après des études sans éclat au lycée Louis-le-Grand, mais il parvient tout de même à entrer à Polytechnique. Il devient ingénieur. Mais est né sur ces entrefaites une passion : la peinture. Il avait rencontré des artistes dans l'atelier de son père qui était passementier. Sa première toile, il l'a faite à Melun. Mais il prend confiance en lui et expose au Salon de 1868 à 1872. Son inspiration et sa pratique, il la trouve chez ses aînés impressionnistes. Mais son travail est assez convainquant pour que Théodore Duret le fasse figurer dans son histoire de ce mouvement. Et Rouart avait aussi les moyens d'acheter des oeuvres des artistes qu'il admirait. La première oeuvre qu'il avait achetée était une toile figurant au Salon des refusés de 1863, L'Allée cavalière du Bois de Boulogne d'Auguste Renoir. Bien sûr, sa position d'impressionniste de la vingt-cinquième heure ne lui a pas été favorable. Ses oeuvres sont parfois appréciées mais aussi brocardées par Huysmans ou par Fénéon. L'auteur fait remarquer que Rouart avait connu Degas au lycée et qu'il l'a retrouvé plus tard pendant la guerre de 1870. Leur amitié, dès lors, est profonde. Degas le conseille pour sa collection, qui va prendre une certaine ampleur et être un compendium de son siècle, car elle débute par Delacroix, Courbet, Corot et se termine avec Toulouse-Lautrec, en passant par tous ses amis impressionnistes. Celle-ci, lors de l'exposition qui est organisée en vue de sa dispersion en 1912, a fait l'admiration de Jacques-Emile Blanche, qui écrit à son sujet. Cette brève étude suffit à nous fait comprendre la personnalité et la démarche de Henri Rouart, avec une belle écriture et une belle culture qui sous-tend la moindre de ses phrases.




Dominique Gonzalez-Foerster, collectif, Flammarion/Cnap, 240 p., 45 euro.

Voilà le parangon de l'Artiste Contemporain dans toute sa splendeur. Une impression générale de déjà vu (j'ouvre une page au hasard : on voit l'artiste qui se donne des airs de Bob Dylan - cela s'intitule Bob et cela a été fait en 2014 - on voit derrière le personnage peu crédible une pile de caisses qui fait penser tout de suite à celles que Patrick Raynaud a faites il y a environ vingt ans ! Vidéos, performances, photographies avec néon, surimpressions typographiques, pas une oeuvre ici qui ne rappelle quelque chose ! C'est le musée de la redite, du plagiat, de la redondance qui montre une artiste (parmi tant d'autres) qui ne parvient pas à inventer son propre univers. Et cela plaît ! Pourquoi ? Sans doute parce qu'on se retrouve bien au chaud parmi les clichés d'une forme d'art qui est à bout de souffle. On attends maintenant un rebond, de quelque type qu'il puisse être, mais qui surtout ne soit pas ce que l'on trouve dans ce catalogue luxueux. On nous annonce une publication entre le livre d'artiste et la monographie. C'est un catalogue d »'une banalité absolue avec quelques textes qui légitimé toute cette affaire. Curieusement, ce livre n'est pas le catalogue du Centre Pompidou où Dominique Gonzalez-Foerster expose à l'heure qu'il est. Bizarre, bizarre. Le président de Beaubourg a déclaré récemment à la télévision sur une chaîne économique que les expositions d'art actuel seront désormais entièrement financées par les artistes et leurs soutiens (collectionneurs et sponsors). Alors, on peut s'attendre à tout. Et surtout à n'importe quoi. Avec le soi-disant Art contemporain au pense toujours est arrivé au fond du sac. Mais c'est un sac sans fond. Et tout ressemble à tout dans ces limbes où l'art n'est plus de mise, remplacé par des phénomènes de mode et, plus encore, des phénomènes strictement spéculatifs. Ainsi soit-il.




Un album de jeunesse, Guillaume Apollinaire, préface de Pierre Bergé, postface de Pierre Caizegues, s. p., 17,50 euro.

Pierre Bergé avait acheté cet album de dessins et de poèmes du jeune Wilhelm de Kostrowitzky, quand il allait au collège Saint-Claude vers 1894 -1895. A cette époque, il devait être en quatrième. Le postfacier exagère un peu le nombre des mystères qui entourent ce petit album absolument charmant : c'est l'oeuvre d'un écolier qui a du talent, qui sait bien dessiner et qui parvient à écrire un poème tout à fait convenable pour les fêtes de Noël ! Mais ses dessins, aussi bons soient-ils, ne dénotent pas d'un génie artistique précoce et son poème ne nous annonce pas l'auteur d'Alcools ! Mais c'est un document très touchant et un peu drôle, avec ses dessins de personnages historiques comme Alexandre le Grand, Jules César ou Vercingétorix, de Tripoli ou de soldats en reconnaissance. Le jeune Wilhelm avait des qualités qui allaient de conduire à devenir celui qu'il s'est inventé : le poète et critique d'art Guillaume Apollinaire. Cela ne nous apprend rien de décisif sur la personnalité ou la précocité de l'écrivain, mais on ressent tout de même une émotion en feuilletant ces pages de ce petit garçon qui allait devenir un des plus grands poètes du XXe siècle. Les biographes, lit-on dans la postface, n'ont jamais su comment traiter cet album -, sans doute parce qu'il n'y a rien à traiter. Il n'y a à glaner que le pur plaisir et une réelle émotion de rencontrer Apollinaire avant Apollinaire à un âge où l'on découvre le monde avec voracité.




Soudain, le fascisme, la marche sur Rome, Emilio Gentile, traduit de l'italien par Vincent Raynaud, « NRF essais », Gallimard, 416 p., 29 euro.

L'auteur a voulu écrire une autre histoire du fascisme italien. Et il le fait en établissant un parallèle saisissant - la prise de pouvoir par les bolcheviks en 1917 s'est déroulée sans qu'une goutte de sang soit versée, la marche sur Rome en 1922, également. Deux dictatures se sont installées comme de modestes coups d'Etat. Et cela est vrai. Mais l'auteur joue un peu sur cette comparaison : la Révolution d'Octobre a été suivi d'une guerre civile épouvantable, alors que l'accession au pouvoir par Mussolini s'est faite, graduellement - il lui a fallu cinq ans et bien des compromis pour s'installer à la barre de son pays, sans compter que le roi Vittorio Emanuele III n'était pas là seulement pour la parade. Tout devait être consigné par lui. Cela étant dit, Emilio Gentile réécrit cette aventure, celle des Faisceaux de combats, qui part très mal, avec un nombre très bas d'adhérents, un échec cuisant aux élections de 1919 (Mussolini s'était allés avec le Parti futuriste de F. T. Marinetti) et avait abandonné Gabriele D'Annunzio dans son entreprise à Fiume. Il a alors changé d'optique et a voulu se présenter comme celui qui allait combattre sur le terrain les Rouges, surtout les maximalistes socialistes et les premier membres du PCI. Tout change, les ralliements se multiplient et, plus encore, il bénéficie de la complicité d'une partie de la classe politique, de la police, de l'armée, de la magistrature et de la haute bourgeoisie. En même temps qu'il lançait ses squadristi contre la gauche démocratique ou révolutionnaire, il est parvenu à mettre sur la touche Marinetti (ce qui n'était pas difficile) et D'Annunzio, qui lui faisait peur (ce qui ne fut pas non plus très difficile). La marche sur Rome, a bien été une pantalonnade. Deux régiments avaient été disposés pour arrêtés les putschistes, assez peu armés, et en tout cas incapables d'affronter une armée en ordre de marche ! Gentile explique très bien le processus rapide qui permet à Mussolini de consolider sa position et à s'emparer de la présidence du conseil. Cela ne s'est pas fait tout seul, car l'ambitieux journaliste a dû affronter l'opposition de nombreux squadristes qui voulaient faire une révolution, et aussi celle des démocrates qui, une fois le danger « bolchevik » écarté, exigeaient un retour aux normes de la démocratie. L'opération consista à donner des gages à la bourgeoisie conformiste tout en faisant croire à une action révolutionnaire nationale profonde. Cette marche sur Rome a été le simulacre de cette révolution, qui aura des conséquences sérieuses, mais un peu plus tard. En somme, Gentile nous montre toutes les subtilités et les complexités de la politique italienne de cette période pleine d'ambiguïtés. Bien sûr ce livre prête le flanc à des critiques et à des discussions. Mais il doit être perçu comme une excellente leçon d'histoire avec l'analyse de nombreux paramètres. D'ailleurs, pour installer définitivement el système dictatorial, Mussolini a été contraint de signer le concordat avec le Vatican. Le fascisme était républicain (donc antimonarchiste) et anticlérical : il a instauré l'Eglise et le roi au centre de son mécanisme. A noter enfin qu'Adolf Hitler a utilisé une stratégie similaire, qui lui a permis de s'emparer à son tour du pouvoir sans coup férir. En somme, il faut se demander si la démocratie n'est pas un animal bizarre fait pour accoucher de monstres !




George Orwell, Stéphane Maltière, « biographies », Gallimard, 338 p., 9 euro.

Cette biographie d'Eric Arthur Blair1903-1905), qui a choisi ensuite le nom de plume de George Orwell, est tout à fait honnête, mais elle présente quelques défauts. L'auteur s'est beaucoup trop appesanti sur l'enfance et la famille de l'écrivain. Son séjour en Birmanie aurait mérité un développement un peu plus important, car les années passées dans cette colonie britannique ont été fondamentales pour l'écrivain qu'il allait devenir. Le choix de ce jeune homme de décrire les bas-fonds et les êtres les plus déshérités, les zones industrielles les plus défavorisées. Enfin, la même peut être dite quand il va combattre en Espagne dans les rangs républicains. Plus on se rapproche de la fin de son existence et plus le récit est elliptique ! En dehors de ces points (importants), on découvre cet homme qui a connu assez vite un relatif succès. En fait, on a le sentiment que l'auteur est partie avec l'idée de faire une grande biographie classique pour ensuite entrer dans le moule des biographies de cette collection, qui sont plus courtes et donc plus synthétiques. Quoi qu'il en soit, Stéphane Maltière n'a pas démérité car il nous fait connaître l'auteur d'Animal Farm et de 1984, qui est une figure très singulière de la littérature britannique du siècle dernier.




Adolf Busch, le premier des justes, André Tubeuf, préface de Renaud Capuçon, Actes Sud, 176 p., 18 euro.

Adolf Busch, le célèbre violoniste virtuose d'origine allemande (Siegen 1891- Guilford 1952) est devenue une célébrité du monde musical à peine avait-il terminé ses études au conservatoire de Cologne. En 1912, il fonde le Vienna Konzertverein Quartet, puis, la guerre achevée, il fut à l'origine du Bush Quartet, avec Gösta Andreasson, Karl Doktor et Paul Grümmer, auquel est venu se joindre le jeune Rudolf Serkin, qui n'avait alors que dix-huit ans (il deviendra plus tard le mari de la fille de Bush). Son arrivée allait faire naître le Bush Chamber Players. Bush s'est fait particulièrement admirer pour ses interprétations de Brahms et de Schubert. En 1927, devant la montée du nazisme et l'antisémitisme de plus en plus virulent de sa propagande, il a décidé de quitter son pays et de s'installer en Suisse. Sa prise de position était purement moral car il n »tait pas juif. En 1933, quand Hitler accéda au pouvoir, il rompit définitivement les ponts avec son pays. En 1938, quand l'Italie signa le pace d'Acier, il décida de ne plus jouer dans ce pays. Il quitta Bâle où il résidait pour aller aux Etats-Unis. Grand interprète, capable d'interpréter aussi bien Bach que Haendel ou Beethoven, il a été aussi été un compositeur talentueux. Ce que l'auteur a voulu remémorer dans ce livre, c'est qu'Adolf Bush a été le premier artiste célèbre à refuser la peste brune du nazisme. Dans le titre, je pense que le terme de « juste » n'est pas de mise : ce qualificatif n'est destiné qu'à ceux qui ont sauvé des Juifs au péril de leur vie et souvent de celle de leurs proches. Il n'en reste pas moins que ces pages nous font découvrir la grandeur d'âme de cet homme qui a consacré sa vie exclusivement à la musique et qui n'a jamais fait de politique. C'est un artiste au plein sens du terme qui refusait la barbarie de cette idéologie dont il avait prévu toute l'horreur. Et nous avons aussi le plaisir de découvrir sa carrière extraordinaire qui n'a jamais connu de marée basse.




Les Lusiades, Luìs de Camões, traduit du portugais par Hyacynthe Garin, préface de Graça Moura, « Poésie », Gallimard, 448 p., 9,70 euro.
Une vie écriture, Eduardo Lourenço, édition établie par Luìsa Braz de Oliveira, Gallimard, 176 p., 12,50 euro.


Dans Une vie écrite, un très beau recueil d'essais essentiellement sur l'Europe et sur la culture portugaise, Eduardo Lourenço parle longuement de la figure imposante et incontournable de Luìs de Camões, qui demeure assez mystérieuse, car son existence est assez mal connue. Tout ce que l'on sait c'est qu'il amené une vie agitée, qu'il a voyagé en Afrique et en Asie, et que son grand livre a paru en 1572 (d'aucuns prétendent qu'il a été achevé plus tôt, en 1556) et lui a valu une pension royale. Il fait remarquer que ce long poème est celui d'un grand écart entre l'immensité des mers et des territoires explorés par Vasco de Gama et la petitesse du royaume du Portugal. Et il nous fournit une définition de son oeuvre : « De l'universalité abstraite de la Renaissance, Camões a gardé la forme, lui insufflant non seulement une passion patriotique d'un genre nouveau, mais la prenant son compte et, à vrai dire, l'inventant. » Les découvertes du vaste monde, l'épopée des grands navigateurs, leurs exploits et toutes les merveilles qu'ils ont rapportées dans leur pays sont la matière de cet ouvrage colossal. Mais il s'inscrit dans un contexte historique précis qui est la prise récente de Constantinople par les Ottomans et les conflits religieux qui déchirent l'Europe. De plus, souligne-t-il, c'est « le plus haut poème d'amour de la langue portugaise ». Sans doute faut-il rappeler ici que l'oeuvre a été composée après l'Orlando furioso de l'Arioste (1532), mais un peu avant La Gerusalemme liberata du Tasse (1581), donc dans un contexte bien particulier de la poésie épique qui se double d'une poésie amoureuse, l'une ne pouvant exister sans l'autre. La grande différence entre les ouvrages italiens et Les Luisiades, est que Camões parle du présent alors que les deux autres évoquent un passé déjà bien lointain. L'imaginaire de l'Arioste et du Tasse nous ramène dans un Moyen Age qui est complètement réinventé, alors que les vers de l'écrivain portugais raconte une saga nationale au présent. L'ironie du sort a voulu que le roi Sébastien Ier à qui l'ouvrage est dédié, disparaît lors de la guerre des Trois Rois six plus tard pendant la bataille d'Alcaçar-Quivir, et que le Portugal est absorbé dans l'Union ibérique sous la férule des Habsbourg ! Vasco Graça Moura relate tout cela très bien dans sa préface concise et très riche d'informations. Le lecteur sera surpris de la limpidité de l'écriture de Camões, à l'inverse des poètes italiens. La traduction accentue bien sûr cet aspect des choses. Camões ne cesse de faire un parallèle avec les grandes civilisations antiques, bien sûr celles de la Grèce, mais a manifesté son désir de dresser une carte de la Terre qui ait une valeur scientifique. Les Portugais sont ainsi non seulement des héros d'une épopée moderne, mais aussi des hommes de science qui élargissent le champ des connaissances de leur temps. C'est un livre bien étrange au fond, mais qui peut se lire de nos jours sans se perdre dans les dédales d'une rhétorique compliquée.




Des monstres et prodiges, Ambroise Paré, édition de Michel Jeanneret, « Folio classique », 288 p., 7,50 euro.

En 1573, Ambroise Paré (1510-1590), chyrugien du roy, fait paraître deux ouvrages, le premier s'intitulant De la génération de l'homme..., et le second Des monstres tant terrestres que marins, avec leurs portraits. C'est ce second volume qui est ici reproduit dans un français modernisé et avec les planches gravées. On le retrouve d'ailleurs dans ses oeuvres, publiées en 1585. Aujourd'hui, ce curieux penchant pour les bizarreries de la nature paraît puéril. Mais c'est une erreur. Bien sûr, à la fin de son ouvrage, Paré a ajouter des monstres imaginaires, de peur sans doute d'avoir oublié quelque autre anomalie. Mais il s'agissait pourtant d'une véritable enquête scientifique pour comprendre le sens de ces déviations de l'ordre naturel des choses. Bien après lui, des médecins se sont penchés sur cette question et Pierre le Grand a acheté pour un prix phénoménal une collection énorme de foetus plongés dans le formol détenue par un savant hollandais. Une partie de cette collection est encore visible à Saint-Pétersbourg. Comme l'explique très bien Michel Jeanneret, il est animé par une pensée de caractère cartésien, et non habité par le désir malsain de cultiver des horreurs avec ces petits êtres à deux têtes ou d'enfants à deux tête, l'une d'un garçon, l'autre d'une fille. Ce catalogue des pathologies de la naissance a été établi à fin d'analyse, dans l'attente d'une explication rationnelle et aussi pour savoir la cause de leur apparition. La pensée scientifique est dans ce cas le seul guide. Bien sûr, pour nous, lecteurs du XXIe siècle, tout cela est d e l'ordre du fantastique, même si nos facultés de médecine conserve dans des bocaux des spécimens de ce genre. Alors qu'on puisse apprécier les deux versants de ce volume merveilleux : celui de la connaissance, et celui de l'imaginaire.




La fête de l'insignifiance, Milan Kundera, « Folio », Gallimard, 128 p., 6,40 euro.

Deux choses ont nui à Milan Kundera, de voir tomber le mur de Berlin (ou de voir triompher la Révolution de velours à Prague) et puis de vouloir écrire en français. Sans doute l'écrit-il très bien, mais peut-être pas avec toutes les subtilités de la langue, comme a pu le faire joseph Conrad avec l'anglais. Je l'ai déjà souligné : ses livres retraduits par ses soins ne sont pas aussi bien que ceux qui avaient été traduits du tchèques (malgré sans doute des erreurs et des contre-sens. Pourquoi diantre s'être lancer dans cette aventure ? La première partie de son oeuvre a affaire avec le communisme en Tchécoslovaquie et prend tout son sens en cette époque terrible entre le Printemps de Prague et la chute du régime en 1989. Après qui, c'est le monde de l'exil, qui est moins prégnant car c'est un exil doré en somme. La Plaisanterie (que Louis Aragon admirait beaucoup e a préfacé) et Risibles amours sont de grands livres (1968 et 1970 en France). L'Insoutenable légèreté de l'être (1984) est un livre construit d'une manière très habile et intelligente. L'Ignorance (2003) commence à devenir un peu ennuyeux. Et ce dernier ouvrage, une plaquette décousue, tant dans la forme que dans l'esprit, plonge dans une profonde tristesse. Je songe d'ailleurs à un livre équivalent écrit par un autre grand écrivain, Philip Roth, qui avec Nemesis, a touché le fond après avoir accompli un grand oeuvre. Ces hommes de grands talents, qui ont été aussi de grands essayistes (il y a des merveilles dans les Testaments trahis de Kundera). Même causes, même effets : des hommes âgés, usés par la vie, qui sont encore à la peine, l'un acteur, l'auteur auteur, se racontent d'une manière burlesque dans une sorte d'autocritique où tout semble partir en lambeaux. Ce n'est pas du grand art, c'est une pitoyable tentative de remonter sur scène qui échoue.




Fantaisie-sarabande, Héléna Marienské, « Folio », Gallimard, 348 p., 7,50 euro.

Les femmes ont donné dans le passé des oeuvres littéraires dignes de figurer dans l'histoire. Le XXe siècle peut se glorifier de Virginia Woolf, d'H.D., de Marguerite Yourcenar, de Nathalie Sarraute, d'Anne Waldman, de Kathy Acker, de Katherine Mansfeld, de Karen Blixen, et j'en passe. Ce qu'a fait Héléna Marienske est d'un niveau médiocre et accrocheur. Je pense aux femmes auteurs à succès en France (à l'exception d'Amélie Nothomb, qui a de l'esprit, de l'humour et une écriture)) : les fictions de Virginie Despentes, de Christine Angot, de Lydie Salevayre (pour ne parler que d'elles) étaient déjà d'une médiocrité assez profonde et toujours basées sur des visions sexuelles au bord de la pornographie. Notre auteur a choisi d'avoir une écriture « couillue » [sic] et de nous donner de la femme une description à faire peur -, au-delà du féminisme actuel, qui consiste à en avoir trois plutôt que deux (pardonnez-moi cette sortie un peu vulgaire, mais au niveau de ce « roman »). C'est un livre d'une haute médiocrité, qui est à passer par profit et perte dans les basses sphères la nouvelle littérature. Et dire qu'on emploie le terme grotesque d'écrivaine pour parler de l'une ou de l'autre ! Comme le disait Victor Hugo, dans concierge, il y a le mot cierge...
Gérard-Georges Lemaire
19-11-2015
 
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Verso n°108

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