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[verso-hebdo]
21-01-2016
La lettre hebdomadaire
de Jean-Luc Chalumeau
Caravage : l'expérience réussie du Musée de Caen
A l'origine de l'exposition en cours au musée des Beaux-Arts de Caen, il y a une demande de la Pinacothèque de Brera à Milan qui veut emprunter le célèbre Mariage de la Vierge par Le Pérugin, l'une des pièces maîtresses du musée normand. En échange, elle a déjà envoyé Le Souper à Emmaüs, une huile sur toile de 1606 par Le Caravage. Le 9 janvier, le Mariage était toujours à Caen, à côté d'une passionnante exposition construite à partir du Souper par la commissaire, Magali Bourbon, sous le titre L'expérience Caravage, autour du Souper à Emmaüs (jusqu'au 14 février). Expérience réussie, d'abord, parce qu'elle commence par proposer une pédagogie du sujet traité par le maître italien dans une section intitulée Variations sur un thème iconographique en s'appuyant sur les richesses des collections de Caen, en particulier le fonds Mancel riche d'une cinquantaine de milliers d'estampes. Parmi ces dernières, la série dite La Petite Passion par Albrecht Dürer, dont un Souper à Emmaüs montrant le Christ au moment de la fraction du pain, fidèle à l'Evangile de 'Saint Luc : « ils l'avaient reconnu à la fraction du pain » (chap. 24, verset 35). La collection Mancel comprend aussi les remarquables gravures à l'eau forte de Jacques Callot dites Les Quatre Banquets (vers 1620) : le lorrain a représenté Les Noces de Cana, Le Repas chez Simon le Pharisien, la Cène et Le Souper à Emmaüs, évoquant donc l'Eucharistie, la Passion et l'hospitalité. Nous sommes après le Concile de Trente, la France a sombré dans les guerres de religions, et Callot affirme dans sa série la présence réelle du corps du Christ dans l'hostie lors de la consécration, le Souper étant la synthèse de tout le récit.

Ainsi, nous comprenons bien, ensuite, que le tableau du Caravage s'inscrit clairement dans une symbolique évoquant l'eucharistie, comme Callot la concevrait une douzaine d'années plus tard et comme Caravage l'avait déjà fait lui-même en 1601 dans une première version du Souper (celle de la National Gallery de Londres, opportunément venue à Caen pour l'occasion). Dans la version de Londres, le Christ est glabre, les couleurs sont franches, l'ensemble est assez théâtral. Dans la version de Milan, le visage de Jésus est barbu et émacié, le rouge vif a disparu, les figures vues à mi-corps émergent d'un fond sombre. La lumière venue de gauche éclaire une nappe blanche sur laquelle sont disposés les signes tangibles de l'eucharistie : le pain et la coupe de vin. Une radiographie précise à Caen que le peintre avait d'abord disposé d'autres éléments, éliminés dans la version finale. Le tableau est l'un de ceux par lesquels le peintre a magistralement démontré que son style propre, manifesté par la quasi absence de décor architectural, les figures réalistes et le rôle déterminant du clair-obscur dans la composition, était parfaitement compatible avec les sujets religieux. Magali Bourbon souligne fort justement que « cette aspiration à voir figurer la vérité autorise un art âpre, à la saveur archaïque. En 1600, elle fera le succès de Caravage dont les principaux commanditaires sont des proches des oratoriens. »

Enfin, l'exposition est une réussite parce qu'elle se prolonge par une présentation de peintres caravagesques de qualité et accessoirement par l'intervention d'un artiste contemporain, en l'occurrence Bill Viola. Des musées de Grenoble et de Rennes viennent en particulier les versions du Repas à Emmaüs par Matthias Stomer et Antonio Giarola (Il Cavaliere Coppa), toutes deux des environs de 1630, où l'on voit que les leçons de Caravage ont été retenues. Est-ce le cas de Bill Viola avec son bien connu Quintet of the Astonished de 2000 ? L'artiste ne s'inspire pas précisément de Caravage mais de la peinture du XVIIe siècle en général dans son expression des passions humaines. Nous avons cinq acteurs vus à mi-corps, filmés sur fond noir avec un nombre d'images par secondes très supérieur à la vitesse de projection. La diffusion à vitesse normale a pour résultat de créer une extrême lenteur des gestes et des mimiques. Cela peut créer une certaine émotion pendant quelques secondes. Mais les quinze minutes exigées par Viola m'ont parues interminables. Le Caravage fut l'auteur d'une réaction radicale contre les excès du maniérisme de son temps. Bill Viola ne serait-il pas un créateur inventif qui a fini par abuser de ses propres recettes ? Un maniériste en somme, qui agacerait peut-être Caravage s'il revenait parmi nous. Mais cela ne suffit pas à compromettre les grands mérites de l'exposition remarquable de Caen, accompagnée par un élégant petit catalogue offert gracieusement à chaque visiteur. Le fait est si rare qu'il faut le signaler.

www.mba.caen.fr
J.-L. C.
verso.sarl@wanadoo.fr
21-01-2016
 
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Verso n°110

L'artiste de l'été : JonOne

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