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[verso-hebdo]
11-06-2015
La chronique
de Pierre Corcos
Les fous du dessin
Normalement, la variété des styles, thèmes, techniques, propos, gestes dans le dessin que l'exposition à la Halle Saint-Pierre, Les Cahiers dessinés (jusqu'au 14 août), offre sur deux niveaux, la passion perceptible de ceux qui s'y adonnent, le génie patent de certains artistes retenus devraient, comme un tsunami, emporter les ultimes réticences opposées au dessin comme art à part entière. Normalement, au vu de toutes ces oeuvres étonnantes, on ne devrait plus avoir en tête ces représentations du dessin comme un moment préparatoire de la peinture, seulement, ou bien l'illustration d'un projet, dessein (croquis, schéma), ou encore comme un art mineur (caricature, illustration, bande dessinée), ou enfin comme une expression artistique incomplète. Normalement... Mais le ton encore modéré, quoique aimable, qu'adoptent certains critiques d'art à l'égard du dessin, les cotes minorées que réserve toujours le marché aux dessins, fûssent-ils admirables, nous rappellent que les hiérarchies esthétiques - translations d'autres hiérarchies et systèmes de valeurs -, à défaut de perdurer, n'évoluent que très lentement et/ou superficiellement. Et il y aura sans doute une bonne partie des visiteurs à considérer cette magnifique exposition en l'honneur du dessin comme un événement culturel d'importance moindre que les actuelles expositions-phares à Paris sur la peinture...

Créée à Paris en octobre 2002 par Frédéric Pajak, « Les Cahiers dessinés » sont une maison d'édition publiant des ouvrages sur le dessin dans tous ses états, sous toutes ses formes, de toutes les époques et de tous les pays. Neuf numéros de la revue « Le Cahier dessiné » et, déjà, près d'une centaine d'albums : cette maison d'éditions dynamique ne pouvait que s'associer à la Halle Saint-Pierre - lieu parisien privilégié de l'art brut, marginal, ou dit « mineur » - pour cette célébration, large mais non exhaustive, du dessin. Certes, les plus grands créateurs de la bande dessinée (Moebius, Bilal...) sont absents, tout comme le dessinateur « star » de l'art contemporain, Jérôme Zonder. Mais il suffit de feuilleter l'énorme catalogue (plus de 500 oeuvres !) accompagnant cette exposition, ou de jeter un coup d'oeil à la liste impressionnante des artistes sélectionnés par Frédéric Pajak et Martine Lusardy (directrice de la Halle Saint-Pierre), pour saisir l'ampleur de cet hommage au dessin. Certains n'apprécieront pas un tel mélange des genres et de trouver ainsi, dans la même exposition, Reiser et Pierre Alechinsky, Gébé et Félix Vallotton, Tomi Ungerer et Victor Hugo, Siné et Fred Deux, etc. Un assortiment pareil embrouille les esprits, génère la confusion à propos de démarches qui n'ont rien de comparable, protesteront-ils... Sauf que le dessin, la reconnaissance du dessin comme expression pléthorique, dans et par ses formes, gagne à ces rencontres disparates. Et « qu'elles fassent fi d'un savoir-faire technique, le revendiquent ou le subvertissent », ces propositions graphiques « font naître, au sein de leur pluralité, un jeu d'échos basé sur l'impératif intime de l'expérience du dessin » (texte de présentation).
L'expérience du dessin : une formule essentielle est dite... Expérience immédiate de l'inscription, avant même que se fasse le choix entre l'écrit et le dessin. Le graphe, première matrice préparant le pictogramme ou l'idéogramme. Expérience du basculement de la trace au tracé. Fascination pour cet « impératif intime », du rituel semi-magique remontant aux temps préhistoriques aux graphes de Cy Twombly : le sens d'une expérience créative primordiale.

Dans cette exposition, c'est l'américain Saul Steinberg qui nous montre comment l'écriture et le dessin peuvent se croiser, s'entrelacer, de la calligraphie aux calligrammes, créant cet humour particulier d'une écriture qui se voit rencontrer un dessin qui se lit... Mais, une fois que le trait s'est détaché, détourné de l'écriture, on le sent hésiter entre une formulation purement abstraite (Jean Scheurer) ou un foisonnement mi-abstrait mi-figuratif (Louis Pons). Quand le dessin pénètre dans l'immense territoire de la figuration, des choix variés s'offrent à lui... Il peut servir les fantasmes du dessinateur (Bruno Schulz, Roland Topor), ou les « esprits » qui habiteraient l'artiste médium (Comte de Tromelin, Raphaël Lonné). Il peut dévier l'impulsion décorative vers la figuration organique, à moins que ce ne soit l'inverse (Fred Deux). Mais aussi, à coups de minutieuses hachures, le dessin peut avoir cette prétention mégalomane de saisir, dans le réseau de son filet graphique, tout le réel et ses moindres détails : la manière dont Marcel Bascoulard, dessinateur clochardisé, représente différents endroits de sa ville, Bourges, est à ce propos ahurissante... Mais l'exposition fait qu'on ne s'arrête jamais sur une possibilité du dessin, même magistralement illustrée : curieux, intrigué, on va plus loin, ailleurs. Éclatant florilège du dessin !... Ainsi, l'on ne peut que se réjouir de la variété stimulante des types de trait dans le dessin de presse : Sempé, Chaval, Reiser, Copi, Willem, Tetsu, etc. Quant aux thèmes abordés dans Les Cahiers dessinés, ils sont si nombreux qu'on retient seulement ce constat : le peu d'outils que réclame le dessin (un crayon et un papier suffisent), n'encombrant pas l'artiste, laisse toute la place à l'idée, l'image mentale spontanées, quelles qu'elles soient...

Alors « l'impératif intime de l'expérience du dessin » s'ouvrant sur ce champ vertigineux des possibles ira jusqu'à la « mania » exalter l'artiste ! A un moment de sa vie, Hokusaï se mit à signer tous ses dessins « Gakyojin Hokusaï » : Hokusaï le fou du dessin...
Pierre Corcos
11-06-2015
 
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Verso n°110

L'artiste de l'été : JonOne

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Christophe Cartier au Musée Paul Delouvrier
du 6 au 28 Octobre 2012
Peintures 2007 - 2012
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Christophe Cartier / Gisèle Didi
D'une main peindre...
Préface de Jean-Pierre Maurel


Christophe Cartier

"Rêves, ou c'est la mort qui vient"
édité aux éditions du manuscrit.com