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[verso-hebdo]
18-06-2015
La chronique
de Gérard-Georges Lemaire
Chronique d'un bibliomane mélancolique

Joseph Sima, visions du monde retrouvé, Musée de l'Hospice Saint-Roch, Issoudun, Gourcuff Gradenigo, 112 p., 19 euro.

Joseph Sima a une place étrange dans l'art du siècle passé. Il est à la fois présent et absent. Il est connu de peu, mais apprécié par de vrais amateurs. En sorte qu'on le connaît sans le connaître ! Cette exposition nous permet de découvrir la seconde partie de son oeuvre, celle de l'après-guerre. Et c'est déjà énorme. S'il s'est éloigné des expériences qu'il a partagées avec ses amis du groupe tchèque de Devetsil après la Grande Guerre , ces poètes et ces artistes qui se sont mis dans les pas de Guillaume Apollinaire, mais qui ont aussi su reprendre à leur compte du capital de la modernité, du futurisme et de dada surtout, mais en le traitant d'une manière originale qui était au diapason d'un pays tout neuf -, il n'a jamais appartenu au moindre mouvement, ni à la plus modeste coterie. C'est un solitaire. Sa démarche ne ressemble à nulle autre. Il n'est ni abstrait ni figuratif. Il retient du réel des éléments qui prennent dans ses tableaux ou ses aquarelles une dimension symbolique ou purement référentielle. Comme Turner, mais sans emphase (à l'inverse : dans le silence et l'émotion la plus ténue), il s'intéresse aux éléments, aux métamorphoses de l'espace, à la curieuse interférence du tangible et de l'indicible. Sans doute d'autres artistes se sont placés un peu dans cette optique, mais jamais comme il l'a fait, avec cette obstination à ne jamais verser d'un côté ou de l'autre de cette ligne de partage. Et c'est cela qui rend ses compositions si mystérieuses, si étranges et pourtant si attirantes. Il ne cherche pas à séduire -, il s'efforce de mettre l'oeil dans une situation où il doit scruter la surface et y découvrir peu à peu la fragile subtilité de ses associations. Une telle obstination à évoluer dans un espace hypothétique où le réel et l'irréel s'échangent sans qu'on sache qui doit l'emporter (aucune des deux sphères ne s'impose ici) a fait de lui un être rare qui a produit des émotions et des beautés rares. Le musée de l'Hospice Saint-Roch d'Issoudun a très bien fait de réaliser cette exposition, au-delà du fait qu'il possède deux tableaux de ce créateur, car elle rend hommage à un peintre sans égal et remet en place des idées toutes faites sur l'art dit moderne. Il y a une très belle salle avec le livre lithographié dans l'atelier de Jean Pons que Sima a réalisé pour le galeriste Paul Fachetti en « illustrant » un long poème de Roger Gilbert-Lecomte, Sacre et massacre de l'amour (1960).




Maurice Denis au temps des Nabis, galerie Malingue, 72 p.

Les Nabis constituent un moment curieux de l'art français, quand on pense à son contexte artistique. Apparu quand le Postimpressionnisme avait introduit un possible dépassement des amis de Monet et de Degas, il oriente ces jeunes peintres dans une direction assez différente, mais qui ne renie cependant pas cet héritage. La belle exposition de Maurice Denis (1870-1943) à ses débuts, présentée à la galerie Malingue ,a donné lieu à la publication d'un précieux catalogue. Dans sa préface, Dominique Bona insiste beaucoup sur l'engagement spirituel de l'artiste. C'est vrai qu'il a été un catholique fervent. Mais, pendant la période considérée, celle où il a fait connaissance à la faveur de ses études avec Ker-Xavier Roussel et Paul Sérusier, ce n'est pas l'élément majeur de sa recherche (cet aspect est présent, c'est évident, mais pas dominant alors)qui est d'abord un désir de trouver une expression plus dépouillée de l'art, s'inspirant à la fois de Fra Angelico et de Puvis de Chavannes. La nature d'une part, et l'espace intime d'autre part : voilà ce qui l'anime. Il y a chez lui quelque chose qui le rattache étroitement à ce qu'a entrepris Gauguin en Bretagne. Ce dépouillement formel va de pair avec un raffinement dans la stylisation et dans le jeu chromatique, subtil et sans effets violents. De toute évidence, il a puisé dans le japonisme quelque chose de proche de la sensibilité des xylographes nippons. S'il peut se révéler un artiste avec un imaginaire fort, comme le prouvent La Princesse dans la tour (1894) ou déjà Le Verger des vierges sages (1893), deux oeuvres qui se rapprochent de l'esprit symboliste, il réduit les connotations littéraires, culturelles ou religieuses au minimum. C'est notable aussi dans son Saint Sébastien (1894), dont on ne comprend le sujet que grâce au titre. Ses productions les plus intrigantes sont sans nul doute ses nus : Etude pour Soir trinitaire (c. 1891) donne une autre vision du corps féminin, dont la beauté n'est plus dans les formes, mais dans une étrange abstraction de sa nature. En somme, ce volume nous rappelle ce qu'ont été ces années fondamentales, nous les font connaître avec de merveilleux exemples et nous montrent que Maurice Denis a été, dès ses jeunes années, un inventeur d'un art nouveau. Avec ce goût prononcé pour l'art décoratif, qui renoue avec des précédents lointains, qui est la marque de fabrique des Nabis, ce désir de dire le plus avec le moins, avec cette délicatesse extrême dans le rendu, et, bien sûr, une palette d'une retenue qui met en relief une construction elle-même ramenée à des principes simples (mais néanmoins puissants), il a tracé la voie d'une peinture en rupture avec ses prédécesseurs et aussi, qui se retrouvera bientôt en porte-à-faux avec ceux qui arriveront pour inventer d'autres modes plus radicaux de faire la peinture.




La Peinture comme délectation, Nicolas Poussin, édition établie et présentée par Jean-Paul Morel, Mille et une nuits, 104 p., 3 euro.

L'ouvrage est une compilation de différentes lettres envoyées par le peintre à ses commanditaires français et italiens. L'ouvrage est divisé en deux parties. La première concerne les relations du peintre avec ses grands commanditaires italiens et français (dont Louis XIII). La seconde est un choix de propos sur la peinture. Ses contemporains ont pensé qu'il avait en tête de produire un traité de la peinture, ce qui d'ailleurs n'était pas faux. Mais ce projet ne vit jamais le jour. Jean-Paul Morel est parvenu à donne rune idée claire de ce qu'a été « le Poussin » en son temps. Qui éprouve le désir de le connaître trouvera dans ces pages l'occasion d'une initiation sérieuse. L'auteur de cette anthologie est parvenu à donner de cette figure mythique de la peinture français un portrait frappant et instructif.



Considérations sur l'Etat des Beaux-arts, Jean Clair, « essais », Folio, 208 p., 6,40 euro.

Nul ne doit se croire obligé d'adhérer à toutes les idées distillées par Jean Clair dans cet ensemble d'articles réunis en 1983. Mais force est de constater qu'ils n'ont pas vieilli d'une ride et qu'il est indispensable de les méditer. Je ne crois pas qu'on assiste à un déclin de l'art, mais j'estime qu'il s'est créé une forme d'idéologie dominante en ce domaine (qui devrait en être exempt !) dont les options sont celles du monstrueux, du grotesque et de la corruption par des thèmes sociologiques, politiques ou pseudo-scientifiques, quand il ne s'agit pas d'exaltation de la sous culture. Je pense que tout étudiant dans les écoles des Beaux-Arts, tout futur conservateur, historien ou critique d'art devrait lire ce livre pour le méditer. L'art a bel et bien été livré aux chiens. C'est vrai. Mais cela n'embrasse pas toute la création d'aujourd'hui fort heureusement. Il y a des oeuvres qui méritent d'être découvertes, même si elles se trouvent dans les catacombes d'un monde qui ne croit plus qu'à la mode et aux effets clinquants et aux scandales à répétition, comme une surenchère conceptuelle. L'art tel qu'on l'a connu poursuit son aventure en secret. C'est pourquoi s élancer à l'assaut de ces fausses valeurs est certes nécessaire, mais n'est pas tout. Encore faut-il avoir le courage de parler de ce qui est peu visible ou même invisible.




André Maurice, Georges Perros, galerie Convergences, 20 p., 10 euro.

Ce peintre discret (né en 1935) accomplit un cheminement très original, à mi-chemin entre l'abstraction et la figuration, un peu comme Sima, mais tout de même dans un esprit un peu différent. Sa peinture est intemporelle, elle ne se rattache à rien et se développe dans cette ambiguïté recherchée et même accentuée. Loin des modes et des grandes orientations de l'art contemporain, André Maurice cultive son réalisme, avec surtout des paysages (des bois le plus souvent) pour mieux le camoufler dans ses compositions qui donnent, à première vue, l'impression d'être informelles. Elles ne le sont pas tout à fait. Les éléments naturels constituent chez lui une trame sur laquelle il appose des harmonies et des contrastes très nuancés. Les textes de Georges Perros parviennent à merveille à restituer l'alchimie profonde qui sous-tend ce microcosme plastique qui tout doucement, sans faire de bruit, s'impose à notre esprit et finit par le conquérir.




Apologie de la Barbarie, Cioran, traduit du roumain par Liliana Nicorescu, Alain Paruit, Vincent Piednoir, Gina Puicà, L'Herne, 280 p., 15 euro.
De la France, Cioran, traduit du roumain par Alain Paruit, L'Herne, 96 p., 9,50 euro.
Des larmes et des saints, Cioran, traduit du roumain et préfacé par Sanda Stoilojan, L'Herne, 128 p., 9,50 euro.
Valéry face à ses idoles, Cioran, L'Herne, 80 p., 9,50 euro.


Précieuse publication que celle des premiers articles de Cioran entre 1932 et 1941 ! En effet, on découvre son cheminement intellectuel qui révèle ce qu'il sera par la suite. Son séjour à Berlin à partir de 1933 (l'année même où Adolf Hitler devient chancelier) est absolument passionnant car s'il va écouter Martin Heidegger ou d'autres philosophes, quand il découvre le théâtre de F. Bruckner, c'est d'abord la situation de ce pays qui l'intéresse et les transformations politiques qui s'y jouent. Il s'imprègne des idéaux extrémistes du parti nazi et croit que la barbarie est le seul moyen de sauver le monde de sa déchéance, la démocratie étant incapable de mettre en mouvement les peuples. Si sa pensée est encore balbutiante, elle grandit et se consolide dans cette perspective on ne peut plus funeste ! Pour la Roumanie, il n'arrive pas à se représenter comment ce pays peut se reconstruire. Il insiste beaucoup sur la cohabitation dans le passé entre les anciens Roumains et les Saxons. Il ne voit de salut que dans un recours à l'Allemagne nouvelle et à son idéologie. Il rejoint d'ailleurs la Garde de Fer au moment où la Roumanie s'apprête à suivre la Wehrmacht dans l'opération Barbarossa. En France, il assiste à ce qu'il considère la décadence de ce pays. Cette plongée dans les abysses qu'entraîne la défaite, offre à Cioran la possibilité d'examiner ce qui fait la grandeur de ce pays, de sa culture. Sans doute n'a -t-il ni le talent encore ni la pénétration de Malaparte quand il écrit Maladetti Toscani. Mais il est capable de pénétrer quelques secrets de la réussite de la France (de sa gloire) et de sa chute brutale. Il ne retournera plus en Roumanie après son bref séjour entre 1940 et 1941. Il adopte la France, malgré sa « décadence ».
Ecrit en 1936 (l'auteur n'a que vingt-cinq ans), Des larmes et des saints est une suite de méditations sur la religion chrétienne. Il ne faut pas oublier qu'il est fils de pope. Dire qu'il s'agit là un règlement de compte avec son père, je l'ignore. D'autant plus qu'il fait de nombreuses références à des mystiques catholiques, comme Maître Eckhart ou Thérèse d'Avila. Il se montre beaucoup plus subtil ici que dans la politique. Il parvient à discerner les mécanismes profonds de la tension vers la transcendance que suppose le christianisme et aussi ce que cela peut signifier dans la mentalité collective des peuples et pour l'individu face à Dieu. Sans doute a-t-il alors été amené à des excès, sa plume fougueuse dépassant sans doute sa pensée. Mais peut-être que ces excès ont été nécessaires pour mieux comprendre le poison insidieux de la volupté mystique !
Je vous reconnaître que je préfère de loin les écrits sur la littérature de Cioran que ses essais politiques (abominables) et même que ses longues pérégrinations philosophiques avec des aphorismes à perte de vie. Il parle à merveille de la posture de Paul Valéry, pour qui son esprit était sa seule idole et de son relatif malheur d'avoir été compris par ses contemporains. Il évoque aussi très bien ses rencontres au cours des années soixante avec Samuel Beckett à La Closerie des lilas. Il ne sait d'ailleurs qu'en conclure, et fait de Beckett un homme et une oeuvre impossibles à cerner. Enfin, il relate sa rencontre avec Mircea Eliade à Bucarest en 1932, ce qui est désormais un petit pan d'histoire. Là, il fait montre d'un grand talent.




Je déballe ma bibliothèque, Walter Benjamin, présenté par Jennifer Allen, Rivages poche, 224 p., 9 euro.

Pour comprendre le penchant excessif pour la collection de Walter Benjamin, la belle exposition qui lui a été consacré au MAHJ de Paris a constitué une clef extraordinaire : on a pu voir ses fameuses archives, qui n'étaient que des petits bouts de papier couverts d'une écriture très fine, de petites boîtes où ranger les papiers sur une même question, cet étrange disposition pour l'ordre et le classement qui confine à l'obsession. Son petit texte (une sorte d'autobiographie), « Je débale mes livres » est un bijou. C'est une description à la fois divertissante et introspective des comportements bizarres de celui qui est pris par le démon de la collection. Cela rappelle ce que Nodier, bibliothécaire et aussi collectionneur, avait pu faire de son temps avec un humour certain. Benjamin montre le collectionneur comme un passionné, cela ne fait aucun doute, mais aussi comme un drogué, L'expérience qu'il raconte d'une vente publique en témoigne. Mais il ne s'est jamais arrêté à la grande littérature. Il a collectionné les livres d'enfants, les livres de malades mentaux, et aussi des « romans de servantes ». En somme, il fait son autoportrait tout en réalisant une analyse très fine des mécanismes qui pousse un individu à se lancer dans la recherche frénétique d'un objet de convoitise, la culture servant ici de justificatif. Mais ce que nous appelons aujourd'hui les romans de gare sont d'une nature différente et met en avant la marotte et le comportement pulsionnel. A lire d'urgence, surtout si l'on a une relation fétichiste avec les livres !



Les Rimbaudolâtres, Jean-Michel Djian, Grasset, 128 p., 13 euro.

Voilà un pamphlet tonique, revigorant, plein d'esprit et d'ironie, mais sans ressentiments et bile noire. Jean-Michel Djian s'en prend au culte de Rimbaud qui s'est traduit par une inflation de commentaires et par un examen clinique de sa brève existence comme cela s'est se fait depuis des décennies. Il se demande jusqu'où peut aller cet acharnement thérapeutique ! Cette inflation d'études exhaustives, d'essais savants, « scientifiques » parfois [sic], de recherches biographiques approfondies jusqu'à l'absurde, ne fait qu'ensabler la poésie de Rimbaud et ce qu'elle peut signifier pour nous. Quand je faisais mes études, deux auteurs connaissaient un sort similaire : Flaubert et Joyce. Ce transport frénétique a quelque chose de religieux et gare à qui touche à l'idole vénérée. Qui oserait objecter quelque chose ? Il faut aimer Rimbaud selon le dogme. Avec un humour indéniable, l'auteur nous fournit quelques exemples de la « rimbaulâtrie » diffuse en France et c'est un avertissement pour s'écarter des sentiers battus et des lieux communs. Il faut reconnaître à Djian de ne pas avoir forcé le trait, d'avoir écrit ce petit livre avec esprit et clairvoyance aussi. Car ce livre, qui ne fait pas la morale, en a tout de même une, telle une fable : rien ne sert de trop louer au risque de perdre de vue l'oeuvre.




Sade amoureux, précédé de Un grand seigneur méchant homme, le comte de Charolais, Jean-Claude Hauc, Les Editions de Paris, 144 p., 15 euro.

Jean-Claude Hauc est non seulement un grand « casanoviste » devant l'éternel, mais aussi un excellent connaisseur du libertinage au XVIIIe siècle. Ces deux ouvrages réunis en un seul ne font que le confirmer. Commençons par Sade. Il a désiré dépouiller Sade de sa légende. Il n'en fait pas un saint ! C'est un débauché et cela va le conduire à bien des soucis et à la prison. Au fond, il a incarné ce que la cour de France a produit en modèle : des souverains qui n'avaient pas beaucoup de religion ne pouvaient que produire des sujets du même acabit. Quand arrive sur le trône le timide et timoré Louis XVI, c'est trop tard. Et Marie-Antoinette, n'était pas la jeune femme lubrique qu'on a décrite dans les libelles, sa personnalité frivole n'a fait qu'empirer les choses. De plus, le libertinage était un mode de pensée, une philosophie contre le clan des dévots. Sade a peut-être été celui qui a fondu en une seule les deux acceptions du terme. En tout cas, Sade a connu les tourments de l'amour. Il ne veut pas épouser Claude-Pélagie de Montreuil, car il est très amoureux de Laure-Victoire de Lauris. Mais si ses parents sont prêts à lui donner sa main, c'est elle qui se refuse. Sade se résigne à cette union. Une fois devenu père, Alphonse Donatien François se livre à quelques menues débauches. Sa jeune épouse ferme les yeux, l'aide même quand il a affaire avec la justice. L'affaire de Marseille se révèle dangereuse pour lui, car il est aussi accusé d'empoisonnement. Après son incarcération, il rencontre la soeur cadette de sa femme, Anne-Prospère de Launay. Il s'éprend d'elle. Et elle ne se refuse pas. En somme, en brossant le portrait de l'auteur des Infortunes de la vertu, Hauc le restitue tel qu'en lui-même et, ce faisant, nous permet de comprendre l'écrivain et le penseur à travers ses menées. Charles Boubon-Condé comte de Charolais, lui, est un vrai monstre. Il a montré ses dispositions au mal dès l'enfance. Ce qui surprend chez lui, ce sont ses crises et sa violence extrême. Et, avec les femmes, il aime les enfermer. C'est ainsi qu'il retient chez lui Madame de Courchamp pendant deux décennies. Mais il commence à avoir de plus en plus de maîtresses et jette enfin son dévolu sur Mlle de Carron, qui lui donne deux enfants. A travers cet homme incroyable, l'auteur nous dépeint la fin d'une certaine noblesse qui décline avec la monarchie absolue.




Conversation à La Catedral, Mario Vargas Llosa, traduit de l'espagnol (Pérou) par Alain Bensoussan & Anne-Marie Casés, Gallimard, 638 p., 26 euro.
Un héros discret, Mario vargas Llosa, traduite de l'espagnol (Pérou) par Albert Bensoussan & Anne-Marie Casés, Gallimard, 480 p., 23,90 euro.


Cette réédition du chef-d'oeuvre de Mario Vargas Llosa (paru en 1969) nous amène à relire ce roman formidable. C'est l'histoire de Santiago Zavala, un jeune homme de bonne famille en rupture de ban avec sa famille et son milieu, à l'époque de la dictature d'Odria. Il voit un salut dans le communisme, car il est conscient des dangers qu'encourt son pays. Il en parle à un pauvre chauffeur noir, Ambrosio, venu de sa province, qui a connu un destin peu enviable. Ce qui fait la force de cette fiction, c'est que cette discussion qui a lieu dans un petit café miteux, La Catedral, convoque une foule de personnages, de lieux, d'événements, dans un grouillement baroque révélateur de l'histoire et de la société péruvienne d'alors. L'espace dépeint par Zavalita, comme on le surnomme, ne cesse de croître, de s'enrichir, de s'étendre à d'autres villes, à d'autres régions de ce pays, le nombre de personnages devenant toujours plus grand. C'est baroque d'une manière inouïe, mais aussi d'une densité incroyable. C'est une plongé dans un monde qui a perdu son âme et qui doute sur son futur. Le lecteur fait un voyage aussi délirant et fondateur que celui que Dante fait avec Virgile dans les Enfers et le Purgatoire. Mais, dans ces pages, il n'y a pas de Paradis. La seule chose qui semble pouvoir être sauvée, c'est la force et le caractère des habitants du Pérou qui, malgré cette situation improbable, possèdent encore ses rêves et ses aspirations, en dépit de tout. Il est impossible de résumer un tel ouvrage, car c'est une vision pantagruélique d'un monde, avec tous ces destins qui se nouent dans un flux puissant de circonstances diverses, parfois liées et parfois sans relation. C'est là un des grands romans de l'après guerre et, avec le temps, il n'a absolument rien perdu de sa valeur, de sa force et de sa vitalité.
Ce roman récent de Vargas Llosa, Un héros discret, touche à une question sérieuse et parfois dramatique de la vie des Péruviens modernes (mais cette situation, hélas, se retrouve un peu partout dans le monde, avec une plus ou moins grande intensité). Il nous parle d'abord du chantage exercé sur de petites entreprises à travers l'histoire du directeur d'une société de transport (Narihualà) dans la ville de Piura, la première cité coloniale fondée par les Espagnols. Felìcito Yanahaqué refuse de céder au chantage, malgré le danger qu'il court. Il écrit dans le quotidien El Tiempo pour rendre publiques des menaces qu'il reçoit. Le maître chanteur fait brûler ses locaux, enlève sa femme, puis la relâche, ne cesse de lui envoyer des lettres menaçantes. Et notre héros ne cède toujours pas. Sa lutte courageuse finit par donner ses fruits. A Lima, il s'agit de bien autre chose : un homme nommé Ismael Carrea est aux prises avec ses deux fils, qui font tout ce qui est possible pour s'emparer de ses biens. Il parvient à déjouer leurs manigances. Pendant une bonne partie du livre, les deux histoires sont parallèles. Elles finissent par se rencontrer à la fin, quand la veuve de Carrera se réfugie à Piura. Elle fait la connaissance de Yanahaqué et de sa famille. Elle leur relate ses mésaventures avec les fils et prémédite une vengeance avec leur aide. A son habitude, l'écrivain rend ses récits très mouvementés, avec une foule de personnages et non sans un humour mordant, même si le sujet demeure grave. Ce n'est pas à la hauteur de son chef-d'oeuvre, Conversation à La Catedral. Toutefois, il a un grand talent et sait manipuler ses marionnettes au fil de sa narration avec un art qui ne se dément jamais.




Antigone, Jean Cocteau, dossier de Françoise Spiess, « classiques », Folio plus, 112 p., 4,6 euro.

Voici une édition commentée pour nos chères têtes blondes de l'adaptation qu'a faite Jean Cocteau de la tragédie de Sophocle en 1919 sur la vague de fond du néoclassicisme qui a commencé à s'imposer à la fin de la Grande Guerre. Largement dépouillée et réduite, cette pièce n'en est pas moins tout à fait lisible encore aujourd'hui. Les commentaires de Françoise Spiess sont intéressants et donnent l'opportunité d'en savoir plus sur ce grand virage esthétique que Picasso et tant d'autres ont assumé sans réserves après les recherches avant-gardistes du début du XXe siècle.




OEdipe Roi, Sophocle, dossier de Sophie-Aude Picon « classiques », Folio plus, 256 p., 4,10 euro.

Ce qui est passionnant dans cette édition, c'est qu'elle est accompagnée d'un dossier sur le mythe d'oedipe. En effet, quand Sophocle est censé avoir écrit cette tragédie, ce mythe n'est pas encore tout à fait élaboré. C'est d'ailleurs Aristote qui, un siècle plus tard, fait l'éloge de Sophocle pour cette pièce. Sénèque, Voltaire, Gide, ce sont là les principales étapes du chemin qui a permis de véhiculer le mythe au théâtre jusqu'à notre époque.
Gérard-Georges Lemaire
18-06-2015
 
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Verso n°106

L'artiste du mois : Christian Renonciat

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