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[verso-hebdo]
17-09-2015
La chronique
de Pierre Corcos
Tatouage à tout âge
Il faut être myope, aveugle ou gravement distrait pour ne pas avoir remarqué le nombre impressionnant de personnes - de milieux et d'âges variés - tatouées (aujourd'hui un Américain sur cinq, un Français sur dix !) de différentes manières. Si tatouages en très grande quantité il y a, tatoueurs en nombre on trouvera ! De fait, tout comme les « ongleries », les officines de tatoueurs ont poussé comme champignons après la pluie. Il ne manquait donc plus que la grande exposition sur cette pratique et ses praticiens. Et son art supposé...

Le Musée du Quai Branly a relevé ce défi de traiter, en un vaste ensemble - Tatoueurs Tatoués (jusqu'au 18 octobre) - le thème, tant au niveau anthropologique et historique qu'esthétique. Et il faut bien reconnaître qu'avec ses films, toiles, photos, objets présentés, ses parties du corps en silicone sur lesquelles d'illustres tatoueurs ont montré leurs talents, l'exposition en impose vraiment. Les commissaires, Anne et Julien (fondateurs de la revue HEY !), sont tournés autant vers le spectacle vivant que la bande dessinée, les performances ou l'art brut, et cet éclectisme se ressent vite dans la manière dont le tatouage est ici décliné sous différentes formes. Le conseiller artistique, Tin-Tin (un « grand » du tatouage, qui a cofondé le Syndicat national des artistes tatoueurs et, chaque année, préside le Mondial du Tatouage), les conseillers scientifiques, Pascal Bagot (cf. son superbe documentaire sur le tatouage traditionnel japonais...) et Sébastien Galliot (chercheur post-doctorant spécialisé dans l'ethnologie du tatouage) ont élaboré un parcours à la fois didactique et passionnant. Sans doute, les visiteurs déjà tatoués ressortent-ils de là plus gonflés d'importance. Les autres visiteurs, qui ne sont pas tatoués et n'ont nulle envie de l'être ou gardent quelques réserves sur cette mode envahissante, sont tout de même impressionnés par l'ampleur du phénomène dans l'espace et le temps. De leur ébahissement, ils témoignent dans le Livre d'or.

Comme le maquillage, le tatouage est une inscription plus ou moins ostentatoire, faisant signe(s), et qui relève en général de l'ornement. Mais, différence majeure avec le maquillage, il est inscrit dans la peau de façon permanente, irréversible et... douloureuse. A la limite, on songerait à la terrible nouvelle de Kafka, La Colonie pénitentiaire, où l'on inscrit, avec un appareil spécial, dans la chair de l'accusé le motif de la punition !
Il ne faut d'ailleurs pas oublier que le tatouage est marque d'infamie dans l'Antiquité (on tatoue les esclaves), qu'il reste interdit par les trois religions monothéïstes, que les voleurs sont marqués d'une fleur de lys au Moyen Âge, que les galériens portent les lettres GAL sous l'Ancien Régime, qu'en 1810 le code pénal prévoit la marque TP pour « travaux à perpétuité », la flétrissure n'étant interdite enfin qu'en 1852 !
Bien entendu, les prisonniers, délinquants, marginaux et la pègre vont reprendre à leur compte cet ostracisme marqué dans la peau, et donc se créer tout un langage, un argot du marquage en somme, signe de reconnaissance et acceptation insolente de la marginalité, revendication orgueilleuse de l'exclusion... Et, bien que le tatouage soit devenu - au moins depuis une vingtaine d'années - une pratique extensive, exhibée par nombre de stars, revendiquée dans la mode, les médias, la publicité même, il reste toujours un peu de transgression, de provocation dans cette pratique... Ne serait-ce que par l'engagement téméraire qu'implique son irréversibilité.
Déritualisé, passant des marges aux masses, le tatouage s'est aussi largement esthétisé. Bien au-delà des motifs conventionnels disponibles sur catalogue chez le tatoueur (le kitsch ornemental y prédomine), on voit apparaître nombre de thèmes, dessinés avec parfois une incontestable virtuosité (de la culture rock au new age, en passant par le tribalisme celtique ou la bande dessinée ou encore l'art des graffiti ou enfin le... panthéon des idoles du client), et transparaître la « patte » de tatoueurs célèbres se définissant peu à peu comme artistes à part entière. Le tatoueur Sutherland MacDonald, mort en 1926 et surnommé à Londres « le Michelangelo du tatouage », marquait sur sa carte de visite « tatoo artist », et Félix Leu (1945-2002) rejetait la distinction entre art savant et art populaire dans les années 80.

Mais à ce niveau, se pose le problème d'un art qui reste trop souvent au service du client, lui-même obnubilé par le « message » iconique à faire passer auprès de son groupe, de sa tribu, de sa communauté. La fonction expressive ou conative de ce langage peut ainsi gréver sa fonction poétique. On le constate par exemple, dans l'exposition, chez les Chicanos aux States ou les Yakuzas au Japon... Autre limitation : le corps lui-même, dont la forme, la surface particulières semblent induire certaines récurrences.
Les ouvertures maintenant : d'abord, les Européens, les Nords-Américains, dans une démarche post-moderne, se sont réapproprié des héritages traditionnels, océaniens par exemple ; ensuite, internet et la mondialisation aidant, le creuset des styles a enrichi la créativité des tatoueurs. Ces tatoueurs que les commissaires d'exposition ont clairement mis en avant, afin de souligner la dimension artistique d'un phénomène qui, déritualisé, récupéré hors de ses marges, pourrait être vu surtout comme une expression supplémentaire de la « culture du narcissisme » (Christopher Lasch) ou de la « société du spectacle » (Guy Debord).
Pierre Corcos
17-09-2015
 
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Verso n°106

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