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[verso-hebdo]
01-10-2015
La chronique
de Gérard-Georges Lemaire
Chronique d'un bibliomane mélancolique

Fragonard amoureux, galant et libertin, musée du Luxembourg, sous la direction de Guillaume Faroult, RMN - Grand Palais, 288 p., 39 euro.

Fragonard amoureux, G. Faroult, Gallimard Découvertes - RMN Grand Palais, 48 p, 8,90 euro.


Le terme « libertin » introduit dans le tire de cette passionnante exposition est un peu gênant car il a au XVIIIe siècle une double signification, d'abord celle d'une attitude philosophique hostile au parti religieux depuis le siècle précédent, ensuite celui de dévergondage, de dérèglement des moeurs, de sexualité dépravée. Il ne faut pas oublier quel rôle a pu jouer Fragonard (1732)1806) à son époque : comme Antoine Watteau est parvenu à faire admettre les « Fêtes galantes » comme un genre aussi valable que la « peinture d'histoire » au sein de l'Académie royale de peinture et de sculpture, il a pu bénéficier de cette veine miraculeuse -, une véritable mine d'or pour son imagination libéré des nombreux préjudices sur la question du sujet de l'art. Cette nouveauté singulière tout aussi important que la reconnaissance de la nature morte, grâce à Chardin, comme un genre qui n'était pas au bas de l'échelle des valeurs artistiques. Avec la Carte du Tendre des précieuses du XVIIe siècle, la galanterie avait remplacé l'amour courtois du Moyen Age. Pendant la Régence et le règne de Louis XV, cette galanterie à fleuret moucheté et très chaste s'est changée en un goût indéniable pour la représentation ouvertement libidineuse, dont Boucher restera l'exemple le plus illustre. Quoi qu'il en soit, il est passé à la postérité comme l'expression d'un état d'esprit on ne peu plus français. Les frères Goncourt on d'ailleurs accentuer le trait en ce qui le concerne : « Fragonard, c'est le conteur libre, l'amoroso galant, païen, badin, de malice gauloise, de génie presque italien, d'esprit français ; l'homme des mythologies plafonnantes et des déshabillés fripons, des ciels rosés par la chair des déesses et des alcôves éclairées d'une nudité de femme! Sur une table, à côté d'un bouquet de roses, laissez le vent d'un beau Jour feuilleter son oeuvre : des campagnes où se sauvent, dans une fuite coquette, les robes de satin, le regard saute des champs gardés par des Annettes de quinze ans, à des granges où la culbute de l'Amour renverse le chevalet du peintre, des prés où la laitière du pot au lait montre ses jambes nues, et pleure, comme une naïade sur son urne brisée, ses moutons, son troupeau, son rêve qui s'envole. A l'autre feuille, une amoureuse, par un soir d'été, écrit un nom chéri sur l'écorce d'un arbre. Le vent tourne toujours : un berger et une bergère s'embrassent devant le cadran des heures, dont de petits Cupidons font le cadran des plaisirs. Il tourne encore : et c'est le joli songe d'un pèlerin endormi à côté de son bâton et de sa gourde, et auquel apparaît un essaim de jeunes fées écumant une grosse marmite... » Si les deux écrivains ont tant fait pour remettre en valeur la peinture française, il donne de Fragonard une idée qui n'est pas fausse, mais un peu réductrice. Théophile Gautier avait déjà amorcé sa réhabilitation en parlant des Soins maternel, « un étincelante esquisse touchée toute de sentiment, où chaque coup porte, un vrai bouquet de palette.» Sans doute, montrer l'univers amoureux du peintre a un sens : faire valoir que la peinture pouvait être le lieu d'un discours amoureux. Le Verrou en est l'affirmation emblématique : c'est l'apologie pure de la passion charnelle. La plupart des tableaux et des gravures réunis ici dessine une autre géographie du tendre, qui ne se cache plus derrière des mythologies scabreuses. Mais cela est fait avec un sentiment intime de la peinture encore empreint du classicisme, en l'amenant vers de nouveaux horizons au-delà du bouleversement iconographique.




Joie de vivre, Palais des Beaux-Arts, Lille, R MN - Grand Palais, 240 p., 35 euro.

Depuis quelque temps, les expositions à caractère thématique se multiplient (il n'est que de songer à « Crime et châtiment » présentée au musée d'Orsay par Jean Clair). Cette exposition a de particulier de ne plus se référer à une situation historique, mais au seul sentiment d'allégresse. Qu'André Comte-Sponteville soit le philosophe de service est d'ailleurs la clef de l'affaire : on se voit convier à méditer sur un aspect de l'éthique qui traite non des grands sujets que la morale est réputée nous réserver, mais à un ressenti au sens très vaste : la joie. Et on a décliné le concept à l'infini. L'essai de ce filosoficante pour les bourgeois gentilshommes et bas bleus de notre époque est assez édifiant : s'il fait référence à Spinoza (sans vraiment expliquer ce que l'auteur de l'Ethique a voulu expliquer avec sa notion de bonheur), tout se termine avec un éloge d'Alain, pour son beau style (et non pour ses belles idées), en oubliant au passage Epicure, le penseur de l'hédonisme ! Le plan de l'exposition, et donc du catalogue, est divisées en différentes sections -, « Jeux », « Amitiés - famille », « Bals, carnaval, exultations », etc.) est pour le moins baroque ! En somme on pourrait y mettre un peu tout et n'importe quoi. De plus, on y a mêlé des oeuvres anciennes, modernes et contemporaines. Lancret voisine avec Niki de Saint-Phalle ! Girodet n'est pas loin de Peter Yang et de Murakami, qui ne pouvait bien sûr pas ne pas figurer dans ce joyeux méli-mélo. Je ne suis pas contraire à l'invention en matière d'exposition. Au contraire. Mais dans ce cas, tout est trop flou. L'amitié est une drôle de façon de concevoir la joie de vivre ! Hors sujet ! , se serait exclamé mon professeur de français. Tout ça pour nous infliger un tableau de Bouguereau ! Et puis il y a les bonnes intentions, la bonne moralité, avec ces pièces célébrant la naissance (avec des oeuvres de Yan Pei-Ming et de Fragonard -, Le Berceau..., sans parler de L'Enfant chéri de Marguerite Gérard, tout un programme !). Curieusement, il manque un tableau important à cette manifestation : La Joie de vivre (1905-1906, Fondation Barnes) qui aurait pu donner un tout autre sens à cette drôle d'affaire.




Splendeurs & misères, images de la prostitution, 1850-1910, sous la direction de Guy Cogeval, Musée d'Orsay/Flammarion, 45 euro.

Voilà une grande et belle exposition. Mais on peut encore une fois se poser la question des expositions thématiques. Le sujet de celle-ci est passionnant. Il reflète bien l'esprit de l'époque ou Zola écrivait Nana, où Puccini faisait un opéra de Scènes de la vie de Bohème de Murger, et des lorettes, des demi)mondaines et des filles de joies omniprésentes dans la littérature du Second Empire et du début de la IIIe République, avec le réalisme et le naturalisme, de Maupassant à Mirbeau. Toutefois, les premières salles donnent plutôt l'impression de dévoiler la vie parisienne de cette époque, avec d'ailleurs de petits bijoux. Demandons-nous néanmoins : les femmes qui se lavent dans un tub ou qui se coiffent ne sont pas nécessairement des prostituées et les actrices représentées dans quelques point du parcours n'était pas non plus toujours des gourgandines. Tout comme d'ailleurs les femmes au café buvant des prunes sou de l'absinthe (le fameux défi entre Manet de Degas) ne le seraient pas plus en théorie, car le sujet est ici l'alcoolisme. Dans le cas de Madame Agostina Segatori, peinte par Van Gogh assise devant une table, il s'agit d'un ancien modèle qui avait ouvert un petit bistrot sur le boulevard appelé Le Tambourin et qui entretenait des relations amicales avec le peintre Quoi qu'il en soit, il est vrai que les belles de nuit ont un peu remplacé les grandes courtisanes de l'Ancien Régime, et que les grandes allongées qui faisaient débourser des fortunes aux banquiers, aux industriels et aux hommes d'affaires. Disons que Guy Cogeval a voulu planter un décor : ce Paris qui était alors le centre du monde. Ce monde est beau et laid tout en même temps : le nouveau décor urbain du baron Haussmann, les musées et les galeries, les gares, les omnibus, la dynamique de la vie professionnelle, sociale et aussi nocturne, l'émergence de goûts nouveaux et parfois scandaleux. L'Olympia de Manet représente-t-elle vraiment une fille de petite vertu, ou une idée de la femme dans et par la peinture, qui est héritière de Titien ou de Véronèse ? Il veut que Charles Baudelaire nous serve de cicérone, non seulement dans son apologie du mode de vie moderne, mais aussi quand il s'exclame : « Qu'est-ce que l'art ? Prostitution. » Cette dernière gifle au bon goût, nous la voyons concrétiser non par Constantin Guys, qui idéalisait encore les filles, mais dans les tableaux tapageurs de Henri de Toulouse-Lautrec (qui sont nombreux dans ce grand dédale de la déchéance et de la sexualité débridée sans le panache ou le caractère expérimental du libertinage). Henri Gervex, Giovanni Bodoni (ce portraitiste de la haute société savait se dévergonder), Louis Anquetin, Albert Besnard, Jean-Louis Forain, Théophile A. Steinlen, Jean Béraud, Emile Bernard, Degas, cela va sans dire, sont ceux qui ont le mieux rendu cette autre femme descendu de son piédestal. Mais la pensée libidineuse, ce sont Félicien Rops et curieusement Gustav Adolf Mossa qui en sont les hérauts. Puis viennent (avec son surprenant Salon de 1910), les « modernes », Walter Sickert et Emile Bernard comme précurseurs avec son surprenant Salon de 1890), Derain, Picasso, Vlaminck, Munch, Rouault et même Kupka à ses débuts. Le catalogue semble d'ailleurs présenter une plus grande cohérence que l'exposition : les différents essais donne des perspectives et des concepts, des explications et des raisons qui ne sont pas toujours apparentes en regardant les cimaises du musée d'Orsay. C'est une source d'informations sur ces années qui ont associé la plus haute culture et les bas-fonds,




Les Ateliers de Mondrian, sous la direction de Cees W De Jong, Hazan, 38 euro.

Parmi les grands artistes du XXe siècle, Mondrian est sans doute celui dont l'existence nous est la moins familière. Sans doute parce que l'austérité géométrique de son oeuvre fait oublier l'homme derrière ses créations Il suffirait pourtant de lire ses écrits pour découvrir quelqu'un qui n'a pas été qu'un pur théoricien, froid et sectaire. L'espace de l'atelier est pour lui fondamental : il fait partie intégrante de son univers plastique), ce n'est plus seulement un lieu de travail, mais le prolongement en trois dimensions de ses oeuvres. En somme, avec lui, l'atelier change de fonction de ce lieu dont les caractéristiques n'avaient pas changé fondamentalement depuis la Renaissance. Mais, comme sa pensée esthétique a évolué au cours de sa vie, chaque atelier a donc eu sa spécificité physionomique. Quand il s'installe à Amsterdam, il a toutes les peines du monde à se loger. En fait, d'ateliers, il en aura dix en tout et on conserve la photographie de deux d'entre eux. Ils ont en commun d'être sommairement meublés, exigus et font penser plutôt à une chambre d'étudiant aux Beaux-arts. Puis, pendant la guerre, il s'installe à la campagne, dans la maisonnette De Vries située à Blaricum et à Laren. Là encore, c'est un certain désordre bohème qui règne. Mais lorsqu'il s'installe à Paris (pour la seconde fois car il avait fait un premier séjour entre 1912 et 1914) 26 rue du D2part, tout change radicalement : les murs sont peints en blanc et tout est disposé avec un soin minutions pour sembler être une composition en relief. De structure polygonale, c'était le paradigme de l'esprit du néoplasticisme. Alors que l'immeuble était lépreux, cet endroit semblait béni des dieux de la modernité la plus radicale. En 1927, il rédige un manifeste publié dans la revue i10 sur la ville et l'habitat. En 1938, conscient du danger que le nazisme fait peser sur le continent européen, il rejoint son ami Ben Nicholson à Londres. Il habite au-dessus de son atelier. En 1940, il décide de se transférer à New York et installe son atelier au 15 East 59th Street. Là, il peut reproduire un atelier selon ses idées, comme à Paris, mais d'un aspect différent. Il passe les dernières années de sa vie dans ce lieu à mi chemin de l'atelier fonctionnel et de la galerie. Ce livre est un moyen parfait pour mieux comprendre l'esprit qui a animé Mondrian et nous fait découvrir sa vision de l'intériorité par le biais de l'art - un art savant sans doute, mais pas aussi sévère qu'il n'y paraît.




Otages intimes, Jeanne Benameur, Actes Sud, 208 p., 18,80 euro.

La trame est simple : un reporter de guerre, Etienne, qui s'est retrouvé au coeur de conflits terribles dans de lointains pays et en a été profondément marqué, à force de ressasser ses souvenirs d'enfance et d'adolescence, lui revenant par bribes, décide de rentrer chez lui, dans son village natal ; il y retrouve sa mère, désormais âgée, ses quelques amis, comme Enzo, un fils d'émigré, Franck, Emma et Jofranka, qui est devenue un avocat. Il renoue avec tout ce petit monde perdu, qui est loin d'être un paradis sur terre, mais qui est tout ce qu'il possède d'authentique. L'écriture est simple elle aussi : des phrases courtes, sans la moindre concession à la moindre préciosité ou à la moindre invention. Au fond, rien là que de très évident. Tout en fait repose sur la construction du récit. Jeanne Benameur se fait ici l'héritière d'Edouard Dujardin, l'inventeur du monologue intérieur avec ses Lauriers sont coupés, inspirateur de James Joyce : son récit n'est pas linéaire, mais constitué de différentes instances temporelles (le présent, mais aussi des fragments du passé qui reviennent de façon inopinée. Ce qui fait que c'est le lecteur qui reconstitue l'histoire de l'ensemble de ces relations comme on complète un puzzle sophistiqué. Alors, le texte se fait riche et passionnant car, selon les caprices de la mémoire, les sentiments et les événements que revit Etienne se mêlent à ce qu'il vit et ressent pédant ces journées de retrouvailles. C'est indéniablement une réussite non seulement dans la forme, mais dans l'efficacité de la narration. Loin de s'égarer dans ce labyrinthe, de la mémoire, le lecteur y trouve des fils d'Ariane sans difficulté. Ce livre sera sans nul doute l'un de ceux qui vont compter pour cette rentrée littéraire.




Livre sans photographie, Sergueï Chargounov, traduit du russe par Julia Chardavoine, dessins de Vadim Korlinoff, Editions de La Différence, 304 p., 22 euro.

Voici un roman, qui est présenté comme une autobiographie, qui raconte l'histoire de l'auteur depuis son enfance jusqu'à une date récente. Né pendant les dernières années, de l'ère communiste, fils d'un pope, il a une enfance particulière, sinon pittoresque, mais très loin de celle de ses petits camarades d'alors. Mais il parvient à traverser la phase de l'adolescence sans trop d'encombre, dans une atmosphère qui n'était pas franchement celle du bolchevisme. Arrive ce que certain ont appelé « La Libération », c'est-à-dire la chute de l'Union Soviétique. Le tout jeune homme est présent quand l'armée, qui est passée du côté des protestataires, a pris d'assaut la Maison blanche (le Parlement). Mais étant un sujet assez indiscipliné, il est arrêté pendant une manifestation et a fini en prison pour une longue et pénible période. Sa vie a pris alors une toute autre orientation. Une fois rentré chez lui, il décide de s'engager en politique et rejoint des rangs du parti Russie juste en 2007. La suite est une sorte d'épopée mi- burlesque, mi- tragique en Géorgie, en Tchétchénie, partout où la Russie d'Eltsine puis surtout celle de Vladimir Poutine est intervenue avec une violence extrême. C'est un ouvrage conçu avec beaucoup d'humour, aussi avec une ironie incisive, mais qui a le grand mérite de nous fait connaître et redouter les tentations perverses de ce grand pays.




Le Petit joueur d'échecs, Yôko Ogawa, traduit du japonais par Rose-Marie Makino-Fayolle, Babel, 336 p., 8,70 euro.

L'enfant dépeint par Yôko Ogawa dans ce superbe roman a connu une naissance délicate : on a dû lui ouvrir les lèvres qui étaient collées l'une contre l'autre et les chirurgiens ont dû lui faire une greffe qui le défigure et lui fait pousser des poils autour de la bouche, Cela a donc laissé des traces qui lui donnent un caractère renfermé et solitaire, et il se sent à l'écart de ses petits camarades de classe, Elevé par ses grands-parents, il n'a d'amis que parmi les animaux du zoo et une petite fille, Miira. Un beau jour, il est témoin de la mort d'un conducteur d'autobus, noyé dans une piscine, Il retrouve l'autobus, qui avait été métamorphosé : il y avait des meubles et un grand canapé, Y vit désormais un homme obèse dont la seule passion et le jeu d'échecs, Sous la conduite de cet étrange maître, le garçon commence à devenir un joueur aguerri. Il entre dans un club, et se fait remarquer par ses qualités, Son mentor meurt et sa vie prend toute une autre saveur, Après ce deuil, il continue à aller jouer au Club du Fond des mers. Il est hanté par ses lèvres de plus en plus velues et par l'âge de ses grands-parents, qui déclinent. Il ne poursuit pas ses études. On lui raconte l'histoire de l'automate joueur d'échecs, le Turc, qui a brûlé en 1854 lors d'une exposition, Il a alors l'idée de construire une poupée similaire et l'expérimente avec succès au club, Il la baptise « Petit Alekhine », en mémoire d'un grand joueur. Miira lui sert alors d'assistante. Il obtient un grand succès avec sa machine. Mais le jeune homme qui refuse de grandir disparaît soudain. Il va officier dans une maison de retraite dans la montagne. Il continue à jouer avec les vieilles personnes qui y vivent. Et puis il meurt dans cette retraite. C'est pour moi sans l'un des meilleurs livres d'Ogawa, écrit avec un art consommé et avec une réelle sensibilité et en rendant très plausible et belle une histoire où l'imaginaire tient une place primordiales.




Un main encombrante, Henning Mankell, traduit du suédois par Anna Gibson, Points, 6, 40 euro.

Je ne suis pas un amateur de roman policiers, loin s'en faut. Je ne parviens à lire les aventures du commissaire Montalbano créé par Andrea Camilleri. Toutefois, ayant vu quelques épisodes de « Wallander » à la télévision, j'ai voulu au moins lire un des livres de son auteur, car le caractère ingrat des paysages et la dureté des personnages m'ont intrigué. Et je dois avouer que cette Main encombrante ne m'a pas déçu. L'histoire est réduite à l'essentiel, aucune fioriture, pas de détails, Mankell se limite aux faits qui font avancer son récit. Cependant, si l'action n'est d'une folle originalité, la démarche de l'enquêteur pour découvrir qui a été l'auteur d'un double meurtre commis il y a plusieurs décennies est attachante, parce que le personnage de Wallander est attachant. En postface, on trouve une très passionnante confession de l'auteur, qui explique sa relation avec sa « créature » et les relations qu'il entretient avec cet homme sombre, secret et pourtant doté d'un certain charme. Tout en fait repose ici dans le style de Mankell, très simple et aussi très efficace -, un beau style concentré et intense qui convient à merveille à ce genre bien particulier de fiction.




Au café du hasard, Michel Gauthier, Editions Mélibèe, 296 p., 19,50 euro.

Nous avons affaire à un roman qui narre une histoire simple : un adolescent, Mathieu, un peu solitaire et fermé, tourmenté comme on peut l'être à son âge, qui tombe amoureux d'une femme, Marie ; qui a quasiment dans la trentaine, qui, elle, a connu de pénibles revers sentimentaux. Ils se sont connus dans le café que gère cette dernière. Leur relation est profonde, complexe, toujours en équilibre instable. Elle les oblige à un questionnement incessant. Ce qui est dommage, c'est que l'auteur a décrit les douleurs qui les assaillent, les doutes, les peurs plus ou moins cachées, et aussi les mouvements de leurs pensées, au lieu de les traduire dans la narration. Cela a le défaut de transformer le récit en une sorte de cogitation psychologique. Un tel travers nuit à l'expression des personnages. On peut le regretter car il y avait là la matière pour construire une histoire tout à fait passionnante, d'autant plus que Michel Gauthier démontre savoir construire une durée romanesque crédible avec caractère et un ton.
Gérard-Georges Lemaire
01-10-2015
 
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Verso n°110

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