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[verso-hebdo]
18-02-2016
La chronique
de Pierre Corcos
Cinéma d'animation
Point n'est besoin d'avoir à occuper par le cinéma des mômes pour consentir enfin à s'intéresser au film d'animation. Des animated cartoons américains originels, dessins animés sur cellulo, aux images de synthèse 3D, le cinéma d'animation - dont le Festival d'Annecy éclaire la fécondité étonnante - n'a jamais cessé de renouveler ses techniques, de varier ses thèmes, scénarios et d'affiner son esthétique. Mais deux préjugés encore tenaces doivent disparaître concernant ce cinéma parallèle : il serait conçu pour les enfants, son exigence artistique resterait médiocre. Or deux films d'animation tout récents, Anomalisa et Tout en haut du monde, contribuent de belle manière à détruire ces préjugés.

Cela ne viendrait jamais à l'idée de qui que ce soit de proposer à des enfants le film d'animation Anomalisa de Charlie Kaufman (scénario) et Duke Johnson (animation), tant il est anxiogène, surcodé, obscène au sens étymologique (« de mauvais présage ») du qualificatif... En adoptant la technique d'animation « stop motion » façon Wallace et Gromit sur des poupons synthétiques uniformisés, à la voix unisexe et monocorde, globalement inexpressifs, nos deux réalisateurs donnent au film une charge d'étrangeté critique bien plus radicale que si le texte théâtral d'origine avait été classiquement adapté pour le cinéma. Ces marionnettes lisses rappellent continuellement la robotisation croissante des humains aliénés.
Solitude dans un conformisme asphyxiant, dépression larvée, états paranoïdes, crises d'angoisse, obsessions : un tel ensemble psychopathologique multiforme, interpellant le spectateur, peut s'unifier dans une dénonciation virulente des tares de la société américaine... Le personnage central, Michael Stone, la cinquantaine, marié, doit donner une conférence à Cincinnati à partir de son ouvrage à succès de marketing psychologique. Mais le voici rattrapé par son passé (une histoire sentimentale qui s'est très mal terminée avec son ancienne fiancée), englué dans une crise existentielle, et soudain follement épris d'une de ses jeunes admiratrices, Lisa, une femme par ailleurs complexée. Michael Stone veut s'échapper de sa condition, de la Foule solitaire (essai sociologique de David Riesman), de tout ce totalitarisme soft ambiant, de ce Cauchemar climatisé (Henri Miller), mais c'est absolument impossible... Atteint de bouffées délirantes, Michael Stone se débat dans une folle confusion où sa (Mona) Lisa devient anomalie, Anomalisa, tous les autres n'étant dans cet « enfer du même » (Baudrillard) que des clones robotisés, au langage stéréotypé et publicitaire.
Soignant par une foule de détails l' « inquiétante étrangeté » (Freud) de cette ambiance mortifère mais normalisée, Kaufman et Johnson ont porté le film d'animation à un niveau d'efficacité onirique et corrosive que, dans une large unanimité, la critique a salué, tout en se livrant par ailleurs à des interprétations différenciées sur l'oeuvre. Signe de plus prouvant la richesse en significations et références d'Anomalisa.

C'était un éblouissement pictural tel que, sorti du cinéma, le spectateur a sans doute vu les teintes de la rue, et même les plus maussades, vibrer d'une intensité inattendue... Le long-métrage d'animation Tout en haut du monde a bien mérité un Prix du public au Festival international du film d'animation d'Annecy. Rémi Chayé, qui l'a réalisé, formé à l'illustration dans cette école de référence qu'est Penninghen, storyboarder (celui qui dessine le scénario en images), layout man (celui qui crée une mise en scène en 3D à partir du storyboard), également formé à l'École du film d'animation de Valence, ayant collaboré à de nombreux longs-métrages d'animation, est l'auteur graphique inspiré de cette petite merveille, grâce à laquelle d'ailleurs il est devenu lauréat de la Fondation Gan pour le Cinéma.
Comme souvent chez Hayao Miyazaki, géant du film d'animation, le héros de Tout en haut du monde est une héroïne : Sacha, une toute jeune fille, courageuse et tenace. Et, comme dans Avril et le monde truqué de Frank Ekinci et Christian Desmares, il y a une nostalgie charmante à évoquer la fin du XIXème siècle : ici nous sommes en 1882 à Saint-Pétersbourg... Transporter son histoire d'exploration jusqu'au Pôle Nord, c'était pour Rémi Chayé prendre le risque de geler dans l'informe, les gris et les blancs ses images. Mais les excellents illustrateurs se nourrissent des grands peintres, et Rémi Chayé nous offre, au début de Tout en haut du monde, de subtils tons sur tons, dans les ocres et les bruns, à la façon d'Hammershøi, et à la fin de son film, quelques couleurs splendides et des contrastes à la Vallotton ou Derain. Certains plans enchantent comme de lyriques tableaux et, si les glaciers, les banquises, les icebergs de l'Arctique sont pris dans la blancheur, le ciel là-bas n'est nullement tenu à ces restrictions, et peut à sa guise flamboyer... Certaines scènes (l'avancée dans le blizzard, l'effondrement des glaciers, etc.) révèlent chez Rémi Chayé un vrai sens de l'épique. Ce récit d'aventures fertile en rebondissements, cette évocation de l'époque où l'explorateur Robert Peary a pu enfin planter son drapeau sur le toit du monde, ce « roman de formation » pour une jeune aristocrate russe frottée aux dures réalités du peuple se transcendent en une... épopée chromatique. Si Sacha retrouvera enfin, perdu dans les glaces, le Davaï, magnifique navire de son grand-père Oloukine, le spectateur découvrira la voie exploratrice qui mène de l'illustration mièvre et standard de certains cartoons aux images éclatantes et diaprées des grands films d'animation.
Pierre Corcos
18-02-2016
 
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Verso n°112

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