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Sur les pas d’Adalberto Borioli

par Gérard-Georges Lemaire

25-06-2019

Monumenta

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Milan, l’industrieuse capitale lombarde, est devenue après la dernière guerre, l’un des grands centres européens de l’art abstrait. Il y a eu le M. A. C., regroupant des artistes plutôt formalistes et puis le spatialisme, constellation de créateurs très divers réunis autour de la figure de Lucio Fontana, qui adhéraient à son Manifesto blanco sans pour autant en suivre forcément les lignes-forces. Puis sont venus Piero Manzoni, Dadamaino et puis Piero Dorazio et Sergio Dangelo, créateur du mouvement nucléaire avec Enrico Baj. Il y a vingt ans exactement est née une galerie nommé Galleria Scoglio di Quarto, près du Naviglio Pavese : elle s’est consacré presque exclusivement à la défense des artistes abstraits.

Adalberto Borioli est l’un des principaux protagonistes dans cette sphère esthétique ces dernières décennies. Il est difficile de le ranger dans une quelconque catégorie. On peut seulement dire qu’il n’appartient pas à un courant formaliste. S’il l’on voulait absolument trouver une lointaine origine à sa manière de peindre, sans doute faudrait-il songer aux ciels de John Constable, à des paysages de J. M. Turner, aussi à Claude Monet et aux impressionnistes, à Vassili Kandinsky quand il se trouvait à Munich avant la première guerre mondiale, à Frantisek Kupka avant qu’il ne fasse partie du groupe de la Section d’or. Mais ce ne sont là que des pistes possibles et il est le seul à receler le secret de ses influences et de ses inclinations. Ses tableaux, ses gouaches et ses gravures ne présentent aucune référence particulière et comme ils ne sont pas architecturés (ce qui ne signifie pas qu’ils sont pas construits, mais pas dans un sens géométriques), on peut le définir comme étant informels. Mais cette définition étant ancrée dans l’histoire de l’art, je ne la propose que comme indication pour pénétrer son univers.

Je commencerai par ce qui est le plus évident : la couleur. Adalberto Borioli utilise le langage des couleurs dans son infinie expansion. Il joue sur des combinaisons très subtiles, des ajustements d’une grande finesse entre les différentes teintes, en employant toutes sortes de tons et de demi-tons. Il n’a pas constitué au fil des ans un répertoire personnel, mais semble avoir des préférences marquées pour un certain registre du spectre, surtout pour les couleurs « froides », du bleu au violet. Mais il a recours à un registre très vastes et très élaboré. Mais ces jeux chromatiques ne sont pas exempts de formes. Celles-ci ne rappellent rien de connu dans le monde tangible. Quoi qu’il en soit, il n’est pas rare de voir apparaître quelque chose qui pourrait avoir la substance des nuages (mais ce ne sont pas des nuages) et, par conséquent, celle des rêves – c’est là qu’il introduit un surcroît de sensualité et en même temps de mystère dans ses compositions. L’œil est d’abord captivé par ses relations entre les différences nuances de couleur qui se rencontrent, se chevauchent, se contaminent, mais est ensuite intrigué par ces dessins évanescents qui paraissent n’être présents que pour un bref instant, celui de la contemplation, qui est également celui de la surprise et d’étrange attirance pour ces lieux indéfinis et pourtant uniques.

Il n’y a dans ses œuvres rien de violent, de tragique, d’emphatique, tout au contraire, son style est plein de finesse et de grâce. Et pourtant son discours plastique est intense, prégnant. C’est un des paradoxes de sa maniera. Et puis il faut aussi évoquer les harmonies qu’il entend établir au cœur de ses créations : il existe des relations harmoniques évidentes et d’autres qui le sont moins, mais sans la moindre stridence. Il faut savoir que c’est un excellent musicien (il est réputé pour sa façon de jouer de la flûte) et que sa peinture a de toute évidence partie liée avec la musique. Il nous invite à un voyage où l’œil est le protagoniste principal (c’est une pure évidence), mais où l’oreille tient un rôle qui n’est pas indifférent. De grandes harmonies peuvent être liées à des disharmonies subites, surprenantes, déconcertantes quelques fois, ou à des séquences plus ou moins mouvementées pour retourner à une sorte de paix des sens. Il est clair qu’il engendre ses toiles ou ses papiers comme autant de partitions imaginaires.

Cette complicité si étroite entre l’art de la peinture et celui de la musique ne repose pas sur une vision métaphysique, idéaliste ou transcendantale. C’est une plongée hédoniste dans la matière visuelle et sonore qui nous constitue et qui régie notre culture et aussi l’expérience des sens. Il y a bien une sorte de dépassement de notre existence dans le monde trivial, mais ce n’est pas une confrontation entre l’amour profane et l’amour divin, comme l’ont tant et si bien mis en scène les compositeurs comme Claudio Monteverdi. Telle vision est faite pour nous arracher à la connaissance vulgaire de l’univers, sans rien de strictement théologique. Au spectateur d’en tirer la somme en son for intérieur et de le traduire dans les termes qui lui sont le plus idoines. Le plaisir de la quête esthétique est de nature à dépasser les frontières de notre être-là, sans se soumettre à un autre espace, qui serait celui d’une subordination à une entité supérieure. Adalberto Borioli ne peint pas des icones. Il recherche ce qui réside dans le cœur de l’homme lui permet d’être plus à même de savourer les fruits de la connaissance et des arts, et il le représente en lui présentant un support jouissif mais aussi cognitif à son appréhension de tout ce qui l’entoure.

Ce n’est donc pas un artiste hermétique. Je dirais que c’est un artiste qui postule son faire comme un miroir à nos affects, à nos sentiments, nos rêves, à notre conception de la nature, de l’histoire et de la civilisation. Il invente un langage qui fait appel à ce qui est à la fois sensitif et intellectuel dans notre esprit qui fait le grand écart entre le matériel et l’immatériel de la pensée.

Pour conclure, il me faut dire qu’Adalberto Borioli a créé une maison d’édition dénommé Il robot adorabile. Il y a publié 130 livres jusqu’à ce jour, surtout es poètes italiens, mais aussi des auteurs français comme Eric Rondepierre, Jean-Marie Touratier, Patrick Froehlich et Séverine Jouve. Chaque livre contient une œuvre originale de sa main. C’est une aventure qu’il compte bien poursuivre. Une dernier mot : Adalberto Borioli est aussi éditeur d’ouvrages à tirage limité. Cette dernière année, il a publié six ouvrages en français de Séverine Jouve, Jean-Claude Hauc, Eric Rondepierre, Patrick Froehlich, Eric Rondepierre et de vote serviteur. Il publiera à la rentrée un récit inédit de Patrizia Runfola. Il y a eu récemment une exposition de sa production livresque à la galerie Anna-Maria Consadori.


Huang Yong Ping


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Christophe Cartier

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édité aux éditions du manuscrit.com