avec le soutien éclat ou éclat
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ID : 156
N°Verso : 106
L'artiste du mois : Christian Renonciat
Titre : Christian Renonciat à Houston
Auteur(s) : par Jean-Luc Chalumeau
Date : 07/12/2017



Url : www.christianrenonciat.com

Christian Renonciat à Houston
par Jean-Luc Chalumeau

Le corps est toujours de la partie en communiquant à l’œuvre, par une sorte de connivence, la profondeur qui est en lui, cet interior d’où émane l’appel de l’œuvre. Comme l’idée monte d’une profondeur spirituelle, les moyens de l’exécution ont jailli d’une profondeur vitale. L’aisance du coup de ciseau a communiqué au sensible une grâce sans laquelle il n’est pas d’objet esthétique. Cela est aussi vrai, par exemple, pour Papier déplié, 9 plis, 2002 que pour Paquet couverture gansée – pin d’Oregon de la même année, œuvres « calmes » et impeccablement finies.

Mais c’est tout aussi valable pour les œuvres de la série Troublement commencée en 1989. Ce titre exprimait à la fois « cette idée de tremblement que notre corps ressent dans l’effroi pendant que la Terre bouge, et l’idée de trouble, autre émotion plus aimable qui loge dans le corps érotique ou ému ». Alors l’artiste a procédé par gestes plus larges et employé des outils mécaniques brutaux, dont il a « voulu garder la vigueur des morsures et la rusticité des tailles. » Ce pouvait être en bois d’ayous, en peuplier ou en tilleul, comme d’habitude et le sujet pouvait être un simple carton comme à l’accoutumée, mais violemment agressé, jusqu’à apparaître déchiré en deux morceaux irrémédiablement séparés. « C’est toujours le carton qui pose, mais il inspire ici une matière tellurique et primitive : c’est comme une roche en bois, ondulée comme la pierre volcanique brisée par un glissement de terrain… »

Nous nous sommes interrogés à propos du mode de création de Christian Renonciat, mais il y aurait d’autres questions à poser, et tout d’abord celle de la spécificité de son style, quand bien même il aurait exprimé sa méfiance sur cette notion. Pour lui, fanatique de la perfection dans l’exécution, ce que l’on appelle le style n’est souvent « que le produit de l’ensemble de nos petites maladresses ». Or il n’y jamais de « maladresse » dans le travail qu’il accepte de signer. D’où cette attitude paradoxale. Renonciat n’a évidemment jamais revendiqué, à l’instar de Willem De Kooning, la « no style position » mais il y a non moins évidemment un style chez lui, qu’il faut essayer d’approcher.

 

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