Valérie Pavia n’arrête pas le mouvement. De l’ombre
jaillit par jointures et interstices la clarté. Leurs passerelles
font oublier la peur et l’immobilité. La force de vie et celle
du rêve surgissent. Tout est en suspens. Chaque portrait est vaste
comme un monde. Il est présence, fluidité. Aucun manque ne
peut l’épuiser. Aucune joie le guérit. Il est marqué de
nostalgie. L’amour, l’image, le monde. Il devient un point au
bout d’une phrase oubliée tandis que les mouvements de Valérie
Pavia (l’actrice) s’élancent dans le désir d’un
lieu, d’un flux dans la communion avec le mystère par la création
de son double (la réalisatrice). L'œuvre atteint une force de
présence où se touche une vérité de l’émotion.
D'où la communauté étrange qu'inspire l’univers
de la vidéaste. Celle ou celui qui contemple de telles œuvres
a du mal à s’en extirper car l’artiste ouvre à une
visibilité de l'invisible où d'aucuns pourraient trouver des
liens avec une mystique orientale.
Chaque oeuvre reste la somme de petits bouts de temps arrachés au
néant. Et à l’intérieur peut-être inconsciemment
la voix de l’artiste proclame à son modèle ou à son
double "je t’ai fait naître, tu peux renaître encore".
Mais c’est en retour et par ce biais que l’œuvre de l’artiste
trouve un instinct vital. Il ne s'agit donc pas de tenir à l'écart
le présent sous prétexte de mélancolie mais de le serrer
au plus près pour anticiper le futur d’un rêve dont chaque
vidéo dessine le contour. L’oeuvre atteint une essentialité d’incorporation.
Elle tient à ses glissements et aux vertiges qu’ils procurent.
L’actrice en étant aussi réalisatrice sort de la fixation
de son statut entre l'entre-dit et l'interdit pour devenir un autre-dire :une
façon de voir autrement, d’autrement dire. Chaque vidéo
ne cherche pas la ressemblance mais la mise en tension par coutures et empreintes.
Le bleu éclate venant de partout et de nulle part. Venant d'ici et
de là-bas, venant de cet endroit où Valérie Pavia continue
sans cesse de chercher.
Le
visible n'est pas en simple représentation. Quelque chose se déplace
: le miroir s'éteint pour une autre image. Chaque œuvre résonne
comme un appel qui peut être compris et entendu de diverses manières.
A chacun de se faire son opinion. Tout un travail d'enlacement et de dessaisissement,
d’emprise et de déprise fonctionne. Reste à savoir de quoi
et vers qui ? L'oeuvre ne dit rien qu'un pressentiment. Mais elle possède
un vertige par ses métamorphoses. Entre détresse et joie, entre
appel et défense chaque portrait s’unit en quelques sortes aux
autres. Nous sommes bien loin des tranquilles discursivités plastiques
et narratives. Nous pénétrons au cœur de propositions bien
formées mais au sein de situations parfois volontairement inconfortables
afin que le spectateur sorte de sa passivité.