La chronique d'Amélie Adamo
Cristine Guinamand chez Olivier Houg. Rencontre
par Amélie Adamo

Il y a une dimension très physique dans le rapport aux œuvres (qui est donnée à vivre au spectateur par l'importance accordée à la matière, par la diversité des textures, des supports, par la surcharge, la déconstruction et la fragmentation qui contaminent l'image). Quelle importance a pour toi cette dimension physique, matérialiste de l'acte?

     La physicalité du travail est une façon d'ouvrir une porte de proximité avec le spectateur en lui évoquant sa propre physicalité. En étant devant des œuvres transpirant le faire, le regardeur [1] est amené aux possibilités de ses propres actes, mais c'est aussi une façon de perturber une lecture immédiate en troublant la perception première.
     Le choix d'utiliser des écritures très diverses fait exploser le champ des possibles et je considère les actions physiques et leurs résultats comme écritures.
     Les supports différents sont déjà des propositions multiples avec lesquels il faut œuvrer et converser, en tenant compte de leurs propres variations, confrontées aux actions ainsi qu'aux traces, mémoire du faire et du cheminement de la pensée.

Si l'on regarde rétrospectivement ton parcours, il semble que tu accordes de plus en plus de place à la matière et à l'espace réel (par rapport à l'illusionnisme de l'image peinte) mais aussi à l'agressivité de l'acte (découpe à la scie, présence de clous, perforation, etc.). Cela répond-t-il à une volonté de mettre plus encore à l'épreuve la forme, le récit et le côté séducteur de la peinture à l'huile?

     Effectivement, le fait d'intervenir radicalement et violemment, de mettre à mal par la découpe le support est devenu nécessaire afin de briser le côté vitrailleux et séducteur de certains travaux antérieurs. Le côté formel prenant une importance toute particulière par exemple dans les paysages éclatés et créant une symbiose avec le récit. L'image peinte se transe-forme, s'hybride. L'agressivité des actes est aussi une façon de charger les œuvres et de les faire basculer, en opérant par des destructions et des reconstructions visibles et ainsi perturber l'ordre de surface.

Quel regard portes-tu sur l'œuvre de F. Stella, dans sa dimension formaliste?

     Ce qui m'excite dans son travail c'est le chemin, le cheminement de la bande/platitude, au Shaped Canvas, et enfin, le passage au tridimensionnel, jusqu'au baroque. Ce temps/passage et ce "grossissement" constituant pour moi de la liberté. Cette sortie ou passage de la peinture vers une peinture dressée, prenant le corps par la puissance formelle allié à la couleur envahissante, ce travail en lichen progressif (dû aux travaux en série), je le veux mais en même temps.

[1] "C'est le regardeur qui fait le tableau". Marcel Duchamp
mis en ligne le 18/04/2012
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