Bibliothèque de l’amateur d’art

par Gérard-Georges Lemaire

mis en ligne le 12/07/2012

Il pleut des étoiles dans notre lit, Cinq poètes du Grand Nord, préfacés et choisis par André Velter, « Poésie », Gallimard, 128 p., 5 €.

Cette anthologie qui recueille les ouvres poétiques de cinq écrivains des régions nordiques de l’Europe est le fruit d’une idée originale.

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L’Autobiographie de Gertrude Stein, Martin Richet, Eric Pesty Editeur, 128 p., 14 €.

Difficile de savoir de quelle façon envisager cet ouvrage. Doit-on le considérer comme un hommage à l’écrivain américain ou un prolongement de ses recherches ? Peut-être ni l’un ni l’autre en fait. La démarche strictement expérimentale de Martin Richet laisse filtrer des attitudes formelles qui rappellent celles de Gertrude Stein dans ses ouvrages les plus audacieux. Mais sans doute la relation s’arrête-t-elle là.
En effet, la construction de cet ouvrage est sous-tendue par une fragmentation très appuyée du texte, ce qui est à l’opposé de ce qu’a pu faire l’auteur de The Making of Americans. Il m’a semblé que l’écrivain a tenté d’aller aux confins d’une interrogation sur les tensions de l’art d’écrire et qu’il en a affronté les conséquences. Cela a produit un livre assez déroutant et d’un accès assez délicat car ses propositions se limitent à de micro champs où il a éliminé tout ce qui lui a semblé superflu. Est-ce ce moins qui gêne ? L’écriture en creux fait courir le risque de finir asphyxié. Ce malaise dans la poésie est sans doute un signe des temps. L’auteur doit cependant surmonter cette phase s’il ne veut pas succomber à la tentation du néant. Car ses pages ouvrent des gouffres et engendrent des interrogations sans nombre.

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Draguer l’évidence, Pascal Poyet, Eric Pesty Editeur, avec CD, 66 p., 15,50 €.

C’est une écriture tendue, claire, presque classique et pourtant cryptique, elliptique et par conséquent énigmatique qui constitue la matière de cet ouvrage. C’est un récit dense qu’il nous donné de lire, un récit qui pourtant semble absent de sujet. Mais, petit à petit, l’on comprend que le récit repose non sur un sujet (une histoire, comme on dit généralement), mais sur les mouvements, les déplacements et les connexions qui s’établissent entre ses propositions formelles et connotatives. Un phénomène curieux se produit en lisant Draguer l’évidence : un parcours dans le désir de la lecture sans que vienne interférer les ingrédients traditionnels de la fiction. Ce n’en est pas moins – et de manière paradoxale – plaisant à lire. Et le jeu que Pascal Poyet établit entre les phrases disséminées dans différentes parties du texte est une curieuse table de billard où s’entrechoquent les sens et se recomposent l’esprit et le sens du récit fantomatique!

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L’Art sans histoire, Georges Brunon, L’Harmattan, 150 p., 15,50 €.

Les pamphlets sur l’art contemporain abondent. C’est une vraie marée. Cette fois, c’est un artiste qui y va de son petit couplet. Quand il déclare que le goût est le but de la peinture, on comprend qu’il est à côté de la question. Il cite Charles Batteux (1713-1780) : le goût est « une extase qui nous entraîne dans le repos enchanté où nous trouvons réalisés les plus beaux fantômes de l’imagination ». C’est une belle formule pour le Siècle des Lumières. Mais pour le bel aujourd’hui quel sens cela peut-il avoir ?
Depuis le début du siècle dernier, les artistes ont franchi le mur du goût et ce n’est que récemment que le grand public a fini par aimer les peintres « fauves ». En dehors de quelques belles citations, l’auteur ne nous apprend rien et ne fait qu’enfourcher le vieux canasson de l’esprit rétrograde au nom de la belle peinture. Mais quelle belle peinture ? Il a beau faire appel à Kant et à Hegel, pas toujours avec discernement, il ne sort pas de ce faux débats entre les anciens et les nouveaux. Et s’il y a souvent supercherie dans l’art de nos jours, cette supercherie mériterait d’être examinée et déconstruite avec le plus grand soin pour en comprendre les mécanismes. Il ne suffit pas de dire qu’on n’aime pas Murakami !

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