Voir la Bande annonce du film de Nadav Lapid : Le Policier

Le cinéma
par Julian Starke 

Ariel accepte de porter le chapeau pour une bavure commise par l’unité, son état de santé l’empêchera probablement d’être jugé.
On peut y voir un acte de bravoure, mais l’intention à peine déguisée est de masquer la mort inutile de plusieurs hommes et l’infirmité d’un enfant.
Une fois de plus, pour ne pas juger mais faire prendre conscience de ce qui se joue sur le terrain, le film nous montre que si ce n’était pas Ariel, un autre aurait accepté de se désigner coupable, pour sauver les siens.

En écho à cela, les révolutionnaires ne sont pas érigés en héros. Comment juger leur geste alors que nous sommes à l’abri de toutes ces réalités depuis notre fauteuil de cinéma ?
Le réalisateur démontre en faisant ce film, qu’il y a des actes plus puissants, plus profonds et fondateurs que la violence. Malheureusement cette œuvre n’a fait que 15 000 entrées en Israël malgré l’éloge de la critique et un certain succès en festivals (prix spécial du jury de Locarno).

Ancien cadreur sur des documentaires, Nadav Lapid emprunte beaucoup à ce genre pour l’esthétique de son film. On a la sensation d’une caméra qui enregistre le réel, mais la construction narrative qui ne s’en écarte pas moins est elle aussi audacieuse.
La bipartition du film, oppose deux blocs, qui font quasiment la moitié du film chacun.
Le réalisateur entraîne le spectateur dans un jeu d’identification assez éprouvant. Après une heure de film, lors de la transition du premier au second bloc, on ne s’imagine pas abandonner nos personnages ; ils nous paraissent alors piliers de l’histoire.
Ce schéma nous laisse le temps de porter un regard à la fois tendre et sans illusion sur les personnages; la collision en sera d’autant plus violente pour le spectateur.

Les personnages sont avant tout montrés comme des humains appartenant à la même terre mais conditionnés par des milieux différents ils paraissent antagonistes. Nadav Lapid démontre l’absurdité de la situation en opposant certaines scènes par le montage alors qu’elles se font en réalité écho.
La scène d’introduction nous montre les policiers à vélo dans le désert, ils s’entraînent guidés par Yaron en tête de file. Ils font une pause, observent le magnifique panorama que le pays leur offre et, en conscience de la beauté du lieu, agissent avec respect. Comme en revers de la médaille, la deuxième scène du bloc des révolutionnaires se situe dans le même désert, leur attitude est diamétralement opposée à celle des policiers ; chacun d’eux vide un chargeur de revolver entier sur un arbre dont une branche prend feu. Outre la notion symbolique des jeunes qui tirent sur les valeurs traditionnelles du pays, le film est résumé par le choc frontal de ces deux scènes.

« Si la révolution c’est la mobilité, le dynamisme, alors Le Policier est justement un film sur l’immobilité et l’incapacité de changer quoi que ce soit ».
Malgré tout, le film se termine sur une note optimiste qui sonne comme le besoin vital d’une ouverture pour le futur.

mis en ligne le 12/07/2012
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