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Chroniques des lettres
Chronique de l’an VI (4)
Chroniques des lettres : Chroniques de l’an VI (42) par Gérard-Georges Lemaire
par Gérard-Georges Lemaire
Outils de travail
Arts premiers,
le temps de la reconnaissance,
Marine Degli
& Marie Mauzé, "Découvertes", Gallimard/RMN
Marine Degli et Marie Mauzé nous offrent une introduction à cette nouvelle catégorie de l’art, politiquement correcte : les arts premiers. Les arts primitifs paraissaient trop péjoratifs (et pourquoi donc ? On parlait bien de primitifs à propos de Simone Martini et de Giotto ! On peut vraiment s’interroger sur cette notion qui ne s’applique qu’aux sociétés non occidentales. Certes, les auteurs s’efforcent plus ou moins de raconter l’histoire de la découverte de ces expressions culturelles sous d’autres cieux. Mais s’agit-il d’art au sens ou nous l’entendons ? Et doit-on séparer ces oeuvres hypothétique d’une connaissance ethnographique ? Enfin, ce terme passe partout nous pousse à imaginer ce que pourraient bien être les arts derniers. A utiliser avec beaucoup de prudence !
Les Arts de l’Islam, itinéraire d’une redécouverte, "Découvertes", Gallimard/RMN


Même réserve vis à vis des Arts de l’Islam de Christine Peltre. Il est vrai que ce terme s’applique depuis longtemps à l’architecture et aux arts appliqués des pays islamiques et il est aussi vrai que bien des points communs les unissent. Mais cette manière de traiter le sujet met à l’écart des expressions passionnantes comme la calligraphie figurative turque (par exemple). Mais l’auteur relate l’histoire du regard occidental sur le monde islamique et cela se révèle passionnant.
Écrire sur la peinture, Charlotte Maurisson & Agnès Verlet, "Folioplus/classiques", Gallimard

Une anthologie à caractère pédagogique compilée par Charlotte Maurisson permet de s’initier à la littérature artistique. Le reproche que nous pourrions lui faire est l’absence d’une quelconque perspective. Des Anciens (Homère, Virgile) jusqu’aux modernes (Gracq, Simon), on peut comprendre l’évolution de la critique d’art apparue avec Diderot, de la relations des écrivains avec les oeuvres et même de la réflexion de certains artistes (ici, on aurait préféré lire Odilon Redon, Severini ou Chirico plutôt que Sophie Calle !). Mais il s’agit d’un ouvrage qui n’a d’autre ambition que la pédagogie.
Le Corps, anatomie et symboles, Marco Bussagli, Hazan

De tous les ouvrages publiés dans la collection " Guide des Arts " chez Hazan, est sans doute le plus problématique. C’est sans doute le découpage qu’a choisi l’auteur qui rend le rend assez singulier. Les premiers chapitres montrent une certaines cohérence (le cosmos, les proportions, les modèles), ceux sur l’homme et la femme ne semblent pas bien conçus et le " voyage des pieds à la tête " frise l’absurde. C’est donc une question de conception globale de l’ouvrage qui est ici en cause. L’annexe a le mérite de présenter un choix de planches anatomiques à travers les âges qui auraient dû trouver leur place dans le corps principal du livre.
Le Musée de l’orangerie, La Collection Jean Walter et Paul Guillaume, Les Nymphéas, Pierre Georgel, ÇDécouvertes/Hors sérieÈ, Gallimard/RMN

La réouverture du musée de l’Orangerie a provoqué la publication de trois ouvrages, le premier consacré à l’histoire de l’institution, le second au marchand de tableaux Paul Guillaume qui avait désiré donner à l’État une collection magnifique de quelques six cents tableaux (elle ne fut achetée que sous le ministère d’André Malraux, malheureusement dénaturé par sa veuve) et, enfin, le troisième étant consacré aux Nymphéas de Claude Monet, ce dernier ayant jeté son dévolu sur ce bâtiment édifié sous Napoléon III. Ces petits livres sont plus des objets que des livres et leur lecture est assez difficile à cause de toutes ces pages qui se déplient et du changement permanent de corps. Toutefois, ils constituent une bonne introduction à la connaissance de cette institution.
Quentin Blake et les demoiselles des bords de Seine, Gallimard jeunesse

Quentin Blake a réalisé, à l’intention des enfants, un charmant volume sur le thème des demoiselles des bords de Seine. C’est une invitation à un voyage dans le temps avec des tableaux de la grande période française du dernier tiers du XIXe siècle avec des oeuvres de femmes (Mary Cassatt, Berthe Morisot) et de grands peintres comme Renoir, J.-E. Blanche, Steinlein, Redon, Degas, Denis. C’est un livre bien conçu et qui a le grand mérite d’être esthétique avant d’être pédagogique. Quentin Blake et les demoiselles des bords de Seine, Gallimard jeunesse.
A rebours
Maestri del’600
et del'700
nella collezione Koelliker, Mazzotta
La présentation au Palais Royal de Milan de la collection de Luigi Koelliker a été un événement important puisqu’il s’est attaché à sauver le riche patrimoine de la peinture lombarde du XVIIe et du XVIIIe siècle. Elle ne contient pas de grands noms, et c’est là que réside tout son intérêt : on y trouve les tableaux de Giuseppe Vermiglio (dont son remarquable Caïn et Abel), du Cerano, de Daniele Crespi (de nombreux portraits, mais aussi la Prédication de Jean-Baptiste et le superbe David apaise Saul), le surprenant Zoppo da Lugano (avec une très curieuse Sainte famille), Salomon Adler (un grand portraitiste), Paolo Pagani (auteur d’un beau Saint Sébastien), G. A. Petrini, Vittore Ghirlandi, dit Frère Calgario (encore un portraitiste, mais du XVIIIe siècle, qui montre une grand liberté dans le traitement de ses sujets). Il est fascinant de constater que le Siècle d’Or, en dehors des artistes de réputation internationale, nous demeure si peu connu. C’est donc là une véritable révélation puisque ces oeuvres ne concernent que la petite province lombarde.
The Metropolitan Museum of Art, New York, chefs d’œuvre de la peinture européenne, Fondation Pierre Gianadda.

La Fondation Gianadda vient de présenter un choix d’oeuvres appartenant à la collection du Metropolitan Museum de New York. On a pu y contempler environ cinquante tableaux de cette impressionnante institution, de l’Adoration des bergers du Greco à la rencontre de Longhi, du Porte-étendard de Rembrandt à l’Autoportrait de Van Dyck. Les pièces représentant l’art français au XIXe siècle sont loin d’être insignifiantes : la Femme ramassant des fagots de Corot, les Meules de foin de Millet, la Source de Courbet, les Peupliers de Pissarro, le Guitariste de Manet, le Portrait d’une femme en gris de Degas, la Vue de Marly-le-Roi de Sisley, le Bouquet de tournesols de Monet, Dans le pré de Renoir, Une ferme en Bretagne de Gauguin sont autant de merveilles. Et il faut souligner la richesse des tableaux de l’école anglais, de Reynolds à Gainsborough, de Stubbs à Lawrence, de Constable à Leighton. L’essai de Katharine Baejter nous apprend que le musée voit le jour en 1872 grâce à une souscription (il compte alors 174 peintures) et que la majeure partie des oeuvres qui y sont entrées ultérieurement sont des dons de grands amateurs.
Auguste Rodin
/ Eugène Carrière, Flammarion
/ Musée d'Orsay


Une exposition conjointe d’Auguste Rodin et d’Eugène Carrière au musée d’Orsay a pu sembler un curieux mariage. Depuis son arrivée à la direction de cet établissement, Serge Lemoine nous a habitué à des manifestations de caractère didactique, souvent agaçantes, mais toujours intéressantes. Celle-ci est vraiment une réussite car elle nous apprend la puissante amitié qui liait les deux hommes, mais aussi l’ascendant qu’avait le style et l’esprit de Carrière sur Rodin. Cette exposition et ce beau catalogue ont le mérite insigne de favoriser la redécouverte de Carrière, artiste injustement tombé dans l’oubli à cause de la cécité et de la raideur des historiens d’art français incapables de procéder autrement que par grands mouvements et par la sacralisation abusive de quelques oeuvres au détriment d’autres. Lemoine, en réhabilitant Puvis de Chavannes et maintenant en exhumant Carrière casse pas mal d’idées reçues en les rendant irrecevables.
Cézanne en Provence, Musée Granet, Aix-en-Provence/RMN.

Cézanne, John Rewald, Flammarion.
Paul Cézanne, La Peinture
couillarde,
édition établie et présentée par Jean- Paul Morel, Mille et une nuits


Alors que l’on a célébré religieusement Cézanne au Musée Granet d’Aix-en-Provence, qui a été doté d’un imposant catalogue qui fait le point sur l’entreprise quasi solitaire du peintre dans son atelier à la sortie de sa ville natale, deux livres ont encore paru à la faveur de ces commémorations en grande pompe. Le premier est la réédition de l’étude John Rewald, publiée en France en 1986. Rewald est sans nul doute l’un des meilleurs spécialistes de Cézanne et cet ouvrage a fait date. Cette nouvelle édition, revue et corrigée par ce dernier avant sa mort survenue en 1996, est également pourvue d’une splendide iconographie. Spécialisé dans la peinture française de la seconde moitié du XIXe siècle, il ne s’est pas lancé dans une interprétation révolutionnaire. Mais son travail de fourmi est un socle sur lequel peut se construire une réflexion, une architecture théorique. Ce n’est pas le moindre de ses mérites. Le second est une anthologie habilement conçue par Jean-Paul Morel avec des textes de l’artiste, mais aussi des jugements de ses contemporains, dont certains sont pour le moins surprenants.
La modernité, envers et contre tout
Lempicka,
Musée des Années 30
Flammarion
Etrange, unique, curieuse, mystérieuse : voilà quelques uns des qualificatifs liés à la personne et à l’oeuvre de Tamara de Lempicka déjà de son temps. C’est vrai : la femme était belle et fascinante et ses tableaux avaient quelque chose de singulier. Mais est-ce bien là la manière de les envisager ? Bruno Foucard est parti de ces considérations au lieu de mieux expliquer en quoi elle exprime son temps. Quoi qu’il en soit, cet ouvrage nous fournit l’opportunité de connaître des aspects mal connus de son travail, en particulier les natures mortes et les peintures religieuses qui correspondent à la crise mystique qui a suivi la dépression dont elle a souffert pendant les années 1934 et 1935. En sorte qu’on peut découvrir de nouveaux aspects de cette artiste si singulière, mais aussi si profondément inscrite dans l’esthétique de l’entre deux guerres. On se rend compte par exemple qu’elle n’a pas été qu’un portraitiste mondain: elle a par exemple peint deux toiles qui traduisent les douleurs de l’exil et de la guerre – Les Réfugiés et La Fuite. C’est donc une seconde réévaluation de son oeuvre qui est en jeu ici et cela mérite d’être souligné.
Yves Bonnefoy,
penseur de l’image, Patrick Née, Gallimard


Patrick Née a consacrée un important essai à Yves Bonnefoy. C’est un exercice d’admiration pure par un spécialiste du " poète-penseur ", qui se déploie en faisant usage d’une phraséologie exténuante (il parle, par exemple, d’"athéologie négative", du "démarcatif", de " solution archiropoïetique ", et j’en passe) alors que ses notions en histoire de l’art paraissent modestes (sa référence théorique est Gaetan Picon car il s’agit de la naissance de l’art moderne !) et que ses concepts fleurent bon les années 70. On trouvera des réflexions pertinentes au fil de ces pièces, mais l’ensemble de l’ouvrage n’est franchement pas appétible. Cette prose superlative est trop amphigourique. A force d’être couvert d’éloges, l’objet de ses attentions semble étouffé.

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mis en ligne le 07/06/2006
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