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[verso-hebdo]
24-02-2022
La chronique
de Pierre Corcos
Discorde et confrontations
Jusqu'au 18 février, on a pu voir au Théâtre de la Bastille l'étonnant spectacle de Nathalie Béasse, Ceux-qui-vont-contre-le-vent. Il a pu faire penser à des jeux d'enfants, avec leurs affrontements soudains, leurs alliances spontanées et/ou à... la philosophie d'Empédocle dans la cosmogonie de laquelle la « Philia » (l'amour) regroupe et tend vers le centre, tandis que la discorde (la haine) se propage à l'extérieur en poussées, secousses centripètes. Le spectacle commence d'ailleurs par une querelle en plusieurs langues, une jacassante discorde façon Tour de Babel en folie. Il se prolonge en tableaux vivants multiples, où dispersions et rassemblements, engueulades et déclarations d'amour se succèdent, dans un ensemble sonore, varié, d'inventions scéniques. À y regarder de plus près, on pourra distinguer l'influence de la performance (Nathalie Béasse, formée d'abord aux Beaux-Arts, fut marquée par Marina Abramovic), des figures de la chorégraphie (on pense à Pina Bausch). Il y a aussi ces bulles imaginaires que peut gonfler la parole poétique, dont Nathalie Béasse est si férue. Toutes ces interactions artistiques génèrent une forme globale indéterminée, comme ces taches d'encre de Rorschach où chacun peut projeter ses tendances profondes. Mais les taches d'encre sont aussi des éclaboussures d'enfance... Si turbulente soit-elle, cette enfance revisitée nous ravit.

Sauf si l'art ne se réduit qu'à un objet interchangeable de consommation culturelle, un désaccord esthétique est tout sauf anodin... Même si les grandes oeuvres, mondes autres, singuliers et incomparables, ne peuvent pas plus être hiérarchisées que les arts eux-mêmes, notre système de valeurs et notre rapport au monde se voient impliqués dans notre relation avec tel ou tel artiste. Dès lors, le désaccord peut advenir... La discussion passionnée, voire la dispute pouvant naître d'une confrontation esthétique s'avèrent des éléments dramaturgiques forts, tout comme d'ailleurs la plupart des antagonismes au théâtre. Le spectacle Sentinelles de Jean- François Sivadier (jusqu'au 27 février à la MC 93 de Bobigny) nous en fournit une belle preuve. Inspiré du roman Le Naufragé de Thomas Bernhard - dans lequel l'amitié de trois pianistes est compromise parce que l'un, génial, contrariait par sa divergence et ses dissonances la virtuosité des deux autres -, ce spectacle met en scène la violence d'un affrontement à propos de musiciens (Mozart, Chopin) et de l'interprétation musicale. La « critique », iconoclaste, à l'encontre de Mozart n'est pas neuve, un Jankélévitch l'avait déjà portée. Elle engage une conception de la musique, de la valeur esthétique qui n'est jamais clairement posée, énoncée : justement parce qu'elle imprègne la personne qui ose cette critique. L'intérêt théâtral de cette controverse entre les trois protagonistes de Sentinelles s'éprouve immédiatement parce que la controverse, loin de se dissiper en papotage mondain, saisit le spectateur, le transporte. Mais la danse, le mimodrame qui enrichissent le spectacle, et le suspense accompagnant les résultats à ce prestigieux concours de piano, auquel participent les trois personnages, qui vient le surdramatiser, sont-ils vraiment nécessaires ? La discussion esthétique est si intense, les thèmes abordés si intéressants (le désir de plaire, le rôle de l'émotion dans l'art, comment dire la musique, etc.) dans Sentinelles qu'on se serait largement contenté, et plus encore, de ces paroles antagonistes et de ces extraits musicaux de rappel.

Ils ne sont pas d'accord, Nicolas Machiavel (1469-1527) et le baron de Montesquieu (1689-1755). Séparés par un siècle et une frontière, ils ne pouvaient normalement pas se disputer. Cependant, un certain Maurice Joly (1829-1878), bouillant avocat et habile écrivain, eut l'idée de les faire dialoguer aux... enfers ! D'où la pièce Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu, dans l'adaptation de Marcel Bluwal, visible actuellement au Théâtre de Poche Montparnasse. Le but de Joly était en fait, sous couvert d'un dialogue philosophique, d'écrire un pamphlet contre le pouvoir cynique et autoritaire de Napoléon III, en donnant la parole à un Machiavel machiavélique (mais historiens et philosophes savent que la doctrine du Florentin reste plus complexe et moderne que la caricature à laquelle on la réduit). Les gouvernements autoritaires n'aimant pas qu'on les titille, Maurice Joly fut inculpé pour « excitation à la haine et au mépris du gouvernement » et condamné à quinze mois de détention. Il avait tapé juste en somme... Du rôle d'endoctrinement de la presse à celui, majeur, de la police ou de la manipulation des apparences, ce qu'il énonce reste, hélas, toujours d'actualité. D'où l'intérêt de cette pièce, qu'Hervé Van der Meulen, dans le rôle de Machiavel, soutient vigoureusement. Montesquieu le légaliste, soucieux de la séparation des pouvoirs, ne peut qu'être en désaccord avec celui qui se contente de lister ses techniques fourbes et violentes pour autocrate. Laurent Joffrin, comédien de circonstances et qui reste en retrait, n'apporte pas la vibrante contradiction que l'on espère. Mais était-ce vraiment lui l'opposé de Machiavel ? Qu'il faille un ordre politique, nul n'en disconviendra, au moins pour que fonctionne la complexe organisation sociale. Mais cet ordre est-il démocratique ou non ? Le contradicteur de Machiavel devait être Rousseau. Mais le bon Jean-Jacques est au paradis !
Pierre Corcos
corcos16@gmail.com
24-02-2022
 
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Verso n°129

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