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[verso-hebdo]
17-04-2014

La lettre hebdomadaire
de Jean-Luc Chalumeau
Pourquoi reparler d'Ernest Pignon-Ernest
J'avais tenté d'expliquer, le 6 février dernier pourquoi Ernest Pignon-Ernest est « le plus grand dessinateur du monde » et cela semble n'avoir fait qu'à moitié plaisir à ses admirateurs. Avais-je oublié la dimension fondamentale de toute son oeuvre, qui est dans le in situ ? Evidemment non, mais j'avais de bonnes raisons d'insister sur le dessin : n'avait-il pas accepté, en 2013, l'invitation du Palais des Beaux-Arts de Lille, de travailler à partir des oeuvres graphiques de Botticelli, Dürer, Raphaël, Michel-Ange et Poussin présentes dans la collection Wicar ? Il en avait résulté une magnifique confrontation sous le titre Traits de génie, dans laquelle Pignon-Ernest se situait à l'évidence au même niveau que ses grands prédécesseurs. Mais il précisait bien : « on a écrit que je faisais des oeuvres en situation, en fait mon projet consiste plutôt à faire oeuvre des situations ». Pour le lecteur qui veut en savoir plus, j'ai deux raisons de reparler d'EPE aujourd'hui : Premièrement un livre essentiel vient de paraître sur lui, et deuxièmement le cas de cet artiste hors normes permet de mieux comprendre le « paradigme » de l'art contemporain que j'évoquais la semaine dernière.

Premièrement, vient de paraître chez Gallimard une splendide monographie sobrement intitulée Ernest Pignon-Ernest, avec pour auteur le poète André Velter dont la plume accompagne depuis des décennies quelques artistes d'exception qui sont aussi (qui sont forcément) ses amis. Tout est dans ce livre, depuis les premiers travaux à partir de Guernica (1962) jusqu'à l'exposition sur le thème de la prison que j'évoquais en février. D'entrée de jeu, Velter donne le ton : depuis le début des années soixante « Ernest Pignon-Ernest a mené, avec une stupéfiante disponibilité, une aventure sans autre exemple qui conjugue maîtrise technique, probité existentielle et faculté d'habiter poétiquement le monde.» On remarque que le texte d'André Velter, Parcours sur le qui-vive (un beau titre, bien dans son inimitable style) est précédé par une note liminaire non signée. On devine que c'est important, et que l'écrivain et l'artiste se sont associés pour l'écrire. Je cite ce qui me paraît l'essentiel du message : « le recours au dessin, hautement revendiqué, ne va pas sans incompréhension quand on prétend leur donner toute la place alors qu'ils fonctionnent comme médiums, comme outils, comme agents perturbateurs. Ils font partie de l'oeuvre sans être jamais l'oeuvre tout entière. Leur construction, leur écriture, leur échelle, ce qu'ils figurent et comment cela est figuré ne s'élaborent que dans la perspective des relations et interactions avec les lieux, soigneusement repérés, auxquels ils sont destinés. » Voilà qui est clair. Nous pouvons passer à l'autre raison de parler d'EPE.

Deuxièmement Ernest Pignon-Ernest est vraiment un cas unique sur la scène artistique actuelle. Pour l'illustrer, je relève dans le dernier livre de Régis Debray (Le Stupéfiant image), une réjouissante réaction à une célèbre intervention d'EPE dans Paris, en 1971 : La Commune. Des cadavres de Communards, magnifiquement dessinés puis imprimés en sérigraphie avec un écran de 130 x 250, reposaient en plusieurs lieux de la Semaine sanglante, dont les marches qui conduisent aujourd'hui à la basilique du Sacré-Coeur. Ecoutons Debray : «l'ordre moral en haut, mastodonte romano-byzantin avec coupole et campanile, peccamineuse expiation. La Semaine sanglante en bas, avec ses fantômes en vrac, remontant des ténèbres, affleurant le granit. Comme un murmure d'ombres plates au pied d'un alexandrin de pierre, une mémoire tactile, persistante comme un remords, en contrebas d'un monument aussi lourdingue que vaniteux. » Là il y a quarante trois ans comme à Naples de 1988 à 1995, comme en Palestine en 2009, « une création inédite, servie par une fastueuse maîtrise technique, conjugue remémoration, engagement existentiel et happening poétique ». Ceux qui restent enfermés dans le paradigme classique et sont en quête d'effets de beauté sont comblés. Ceux qui cultivent le paradigme contemporain et sont attentifs aux dépassements de toutes limites sont de leur côté passionnés. Pignon-Ernest réussit ainsi, depuis un demi-siècle, à se situer à la fois dans le monde classique de l'art et dans ses manifestations les plus contemporaines dont il est un des inventeurs les plus originaux. Cela paraît simple et se heurte pourtant à beaucoup d'incompréhensions, par exemple de la part d'une célèbre critique qui trouve « amusant » qu'EPE « qui maîtrise très bien la technique académique du dessin » soit considéré comme un précurseur de l'art contemporain (L'Express, 26 février 2014). Voilà pourquoi la nécessité du livre : « On dit malentendu, tandis que malregardé ne se dit pas. Il y a pourtant beaucoup de méprise, de quiproquo, d'équivoque dans les yeux qui regardent et n'y voient pas. » Ne pas faire comme la dame dédaigneuse interrogée par le magazine, mais bien regarder les oeuvres d'EPE pour réussir à les voir : cet ouvrage remarquable nous y prépare.

www.pignon-ernest.com
J.-L. C.
verso.sarl@wanadoo.fr
17-04-2014
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Verso n°75

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