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[verso-hebdo]
27-11-2014
La chronique
de Gérard-Georges Lemaire
Chronique d'un bibliomane mélancolique

Haïti, deux siècles de création artistique, Grand Palais, Paris, RMN, 232 p., 39 euro

Haïti a toujours tenu une place à part dans l'art des Caraïbes et même de l'ensemble de l'Amérique latine. La figure illustre de Toussaint Laverture, qui a incarné le droit des Noirs, la conquête de Saint-Domingue, l'abolition de l'esclavage, dont il devient le gouverneur au nom delà France, l'abolition de l'esclavage, rétabli ensuite par Napoléon. C'est l'une des figures légendaires de l'histoire tourmentée de Haïti. L'exposition nous montre une impressionnante galerie de portraits des chefs civils et militaires qui ont marqué le destin de cette île jusqu'à l'indépendance. C'est d'ailleurs sous cet angle que j'avais découvert la peinture haïtienne il y a plus trente ans. C'est le président des critiques d'art belges, Jean-Pierre Van Tieghem qui m'a initié alors à cette peinture qui est un mélange de copie de l'art européen et une chronique très détaillée des faits historiques, souvent dramatiques, qui ponctuent son histoire. Et l'impressionnante collection qu'il avait constituée était faite essentiellement d'oeuvres relatant la conquête espagnole, la guerre d'indépendance, les l'abolition de l'esclavage, la terrible guerre contre le corps expéditionnaire français, l'intronisation de l'empereur Jacques premier, la sécession de Saint-Domingue, la nouvelle colonisation espagnole, etc. C'était fascinant. Et le plus curieux que les plus anciennes de ces toiles dataient du XIXe siècle et que les dernières étaient tout à fait récentes. L'histoire ne s'écrivait pas, elle se peignait ! Là, aussi nous avons quelques exemple de ces créations des années soixante. Mais l'art haïtien ne se limite pas aux choix de mon ami. Il présente une rare diversité. Les artistes actuels ont fait feu de tout bois : de l'abstraction au Nouveau Réalisme, du Pop Art à l'art conceptuel. Mais toutes ces pratiques ont un trait commun : une certaine naïveté. Ce n'est pas péjoratif : c'est un esprit propre à la culture haïtienne. A de rares exceptions près (toutes récentes), cet art ne s'est pas intégré à l'art occidental, comme les Cubains l'ont fait avec une réussite certaine, tout en conservant une spécificité de leur héritage. Ce que l'on découvre dans l'exposition, c'est que l'on passe de l'art populaire à un art qui se veut plus sophistiqué. Force est de constater que, malgré cette influence pressante de l'Occident, les Haïtiens tiennent à leur forme d'expression esthétique, qui foncièrement de nature naïve. Cet art évolue, c'est normal. Mais les artistes ont pris conscience qu'ils avaient déjà une place dans l'histoire de l'art et qu'ils auraient tort de perdre la vraie nature de leur manière d'envisager la peinture ou la sculpture.




Le Salon de l'Académie royale de peinture et de sculpture, archéologie d'une institution, sous la direction d'Isabelle Pichet, Hermann, 264 p., 28 euro

Isabelle Pichet avait écrit pour le même éditeur un essai des plus intéressants, le Tapissier et les dispositifs discursifs au Salon (2012). Cette fois, elle a convoqué une poignée d'universitaires pour examiner certains aspects de cette institution qui a duré plus de deux siècles et qui a pu renaître de ses cendres sous d'autres formes jusqu'à nos jours. Si le Salon a été un modèle pour la France et le monde, il est normal que les grandes villes aient alors tenté de l'imiter. C'est ce que développe Gaétane Maës, qui explique comment les salons se sont développés dans des villes comme Toulouse, Montpellier, Bordeaux, Lyon, Poitiers, Lille. Chacun d'entre eux a fini par trouver sa spécificité et ses singularités. Par exemple, pour pallier au petit nombre d'ouvrages français présentés, on a pu faire appel à un certain nombre d'artistes étrangers. A Poitiers, on a préféré mettre plutôt l'accent sur le dessin. Dans d'autres cités, on a fait appel aux collectionneurs locaux. Enfin, l'auteur expose comment une critique a pu naître grâce à ces salons, qui se multiplient dans tout le pays. Audrey Adamczak explore de son côté la question du pastel, qui a joué un rôle plus important qu'on ne le croit au Salon pendant le XVIII e siècle. L'auteur fait état du célèbre portrait en pied de Madame de Pompadour qu'a exécuté en 1755 Maurice Quentin de La Tour. Un bon nombre de peintres et même de sculpteurs vont montrer par la suite des pastels, surtout pour les portraits : Charles Antoine Coypel en a montré cinq en 1725 et cet engouement n'a fait que croître au fil des ans. Quant à Anne Perrin Khelissa, elle s'attache à l'enseignement dispensé par Jean-Baptiste Oudry. Le genre du portrait est analysé comme phénomène social par Marlem Schneider et la question du nu est traitée avec beaucoup de sagacité par Sylvain Bédard. Sans pouvoir citer toutes les études réunis dans ce volume très important pour la connaissance du Salon, il faut tout de même signaler le très passionnant essai de Dorit Kluge sur les salons allemands de la seconde moitié du XVIIIe siècle. Cela démontre que même en territoire connu, il reste beaucoup de recherches à faire.




Frankenstein et autres romans gothiques, Bibliothèque de la Pléiade, NRF, Gallimard, 1376 p., 65 euro

Cette édition pose de multiples questions. En premier lieu sur la spécificité anglaise du roman gothique, ensuite sur l'appartenance du roman de Mary Shelley, Frankenstein ou le Prométhée moderne, qui affait sa gloire au détriment de ses autres ouvrages de fiction. Sans doute il ya -t-il un lien à cause du caractère fantastique de l'intrigue. Mais ne peut-on considérer ce livre sous un autre éclairage : la conscience que les progrès de la science, aussi bénéfiques soient-ils pour l'humanité, ne peuvent-ils pas conduire à des aberrations ? En un certain sens, ce livre est plus proche de Micromégas de Voltaire ou de tout autre fable de l'époque des Lumières ou même des récits de Daniel Defoe que des auteurs gothiques comme Horace Walpole ou M. G. Lewis ? L'histoire de la naissance de cette oeuvre doit être racontée : en juin 1816, le médecin et homme de lettres John William Polidori invite ses amis Lord Byron et Percy Shelley à le rejoindre dans la villa Diodati à Coligny, au bord du lac Léman. Byron vient avec Claire Clermont et Shelley avec la très jeune Mary Wollstonecraft Godwin (1797-1851), fille d'un célèbre auteur et politicien et de la première femme à réclamer l'émancipation du sexe faible. En sorte qu'elle est issue du milieu de William Blake, qui n'était pas des plus conformistes, loin s'en faut. Ce séjour en Suisse n'a pas été des plus plaisant car Byron l'a appelé celui de « l'été perdu » et que Mary appela « the ungenial summer ». Les pluies constantes condamnent les jeunes gens à rester enfermés dans cette belle demeure. Pour tromper leur ennui, Byron, qui venait d'écrire son poème Darkness (« Obscurité ») lui a proposé un jeu : chacun d'entre eux écrira une ghoststory, une histoire fantastique. Mary, qui n'a pas encore épousé Shelley car celui-ci est déjà marié, a lu William Beckford et les Fantasmagoriana allemandes. La visite de l'auteur du Moine, M. G. Lewis, a fait un grand effet sur le petit groupe d'amis. Et puis Mary a fait un rêve (elle en parle dans sa passionnante préface de la réédition de 1831) : elle y vit le « pâle étudiant des arts profanes agenouillé aux côtés de la chose qu'il avait assemblée ». Le livre paraît en 1818 et son auteur ne va plus cesser de le remanier. Le sous-titre montre qu'elle a été plus soucieuse de transposer un mythe antique, de le fondre à celui de Faust et d'avoir une vision beaucoup moins matérialiste que celle de Shelley, qui a été un penseur athée radical. Elle s'interroge et les résultats aberrants de l'expérience du docteur Frankenstein lui fait douter de son point de vue matérialiste.
William Thomas Beckford (1760-1844) passe pour avoir été l'inventeur du genre gothique avec Vateck, un roman écrit en français paraît anonymement en 1782 (sa version anglaise est imprimée quatre ans plus tard). Il l'a fait passé pour la traduction d'un conte arabe. L'histoire du sultan Al-Wathiq qui abjure l'islam pour devenir riche et puissant et qui connaître une fin tragique aux Enfers a connu un grand succès et Beckford a été admiré par Byron, qui s'en est inspiré pour son poème Le Giaour. Mais le genre auquel il a donné le jour n'a pas été aimé ni admiré des lettrés de son temps qu'ils jugeaient vulgaire. Paul Eluard, dans sa magnifique préface, lui rend hommage : « Le Château d'Otrante est un drame plastique, la forme la plus amère, la plus rugueuse, mais aussi le mieux taillé du malheur en amour. » Matthew Gregory Lewis (1775-1818) est connu pour son roman Ambrosio or The Monk, publié en 1796, qui est apprécié par D. A. F. de Sade. Byron en fait les louanges, disant qu'il ferait « du Parnasse un cimetière ; même le personnage de Satan pourrait redouter de demeurer en sa compagnie... » Victor Hugo l'a apprécié à son tour. Il est l'auteur d'autres livres comme Rolla (1797) et le Brigand de Venise (1804). L'ouvrage, écrit en six semaines pour divertir la mère de l'auteur malade, est une charge contre la religion et aussi un livre très transgressif car il y est question de viol, de meurtre, de parricide, d'inceste, etc. Antonin en a fait une magnifique adaptation très personnelle en 1931 et a rêvé d'en faire un film. Enfin, je me dois de dire deux mots d'Ann Radcliffe (1764-1823), qui a été un auteur prolifique. Sa vie reste en partie un mystère (Cristina Rossetti a voulu écrire sa vie et a abandonné son projet faute d'informations). l'Italien, ou le confessionnal des pénitents noirs (1797) est le dernier livre qu'elle a publié (elle avait déjà fait paraître les Mystères du château d'Udolphe). L'histoire de ce personnage fantastique qu'un moine raconte à un voyageur anglais dans une église de Naples. Le moine lui confie la confession de cet assassin. Ann Radcliffe l'a écrit en réponse à The Monk de Lewis, dont elle critique le goût de l'ironie, de la violence et de l'horreur.




OEuvres, Truman Capote, « Quarto », 1472 p., 32 euro

Cet imposant volume qui réunit l'essentiel de l'oeuvre de l'écrivain américain Truman Capote (1824-1984) est une des grandes réussites de cette collection. En premier lieu, parce qu'elle se distingue complètement de la désormais classique Bibliothèque de la Pléiade (dans de nombreux cas, on s'est demandé la raison de ces deux collections parallèles). Ensuite, parce qu'elle donne de ce grand auteur une autre image. Bien sûr, elle contient ses romans les plus célèbres comme Un thé chez Tiffany et De sang froid, qui a fait sa gloire mondiale en utilisant un procédé consistant à prendre une affaire criminelle parue dans les journaux et à la reprendre sous une forme romancée (le procédé n'est pas neuf, Voltaire, par exemple, en avait déjà fait usage avec l'affaire Calas). Nous découvrons des nouvelles inédites (un genre dans lequel il excellait et où il montrait sa connaissance profonde des techniques littéraires des écrivains anglais du siècle précédent le sien) et aussi une merveilleuse galerie de portraits : on y retrouve pêle-mêle Elizabeth Taylor et Picasso, Marylin Monroe et Ezra Pound, Marcel Duchamp et Coco Chanel, Jean Cocteau et Mae West. Capote avait une attirance pour le monde du cinéma et aussi pour celui de l'art. Il a d'ailleurs joué un rôle fondamental dans la vie d'Andy Warhol, car sa vocation artistique a commencé par sa relation avec Truman Capote, qui a illustré son dernier livre, Musique pour caméléons un recueil de nouvelles qui a paru en 1980 (on retrouve dans ce volume la plus sensationnelle de toutes, « Cercueils sur mesure »). On découvre aussi des notes de voyages en Espagne, sur la côte dalmate ou à Tanger en 1950. En bref, nous avons entre les mains un fabuleux compendium de cet homme de lettres par qui le scandale est venu, ce scandale faisant oublier un peu qu'il a été l'un des plus grands en Amérique après la Seconde guerre mondiale.




Mes pensées, Montesquieu, choix et édition de Catherine Volplhac-Auger, « Folio classique », 544 p., 7,90 euro

Charles-Louis de Secondat, baron de La Brède (1689-1755) est connu d'abor pour ses Lettres persanes. Cela, on le doit à Lagarde & Michard ! Le reste de son oeuvre n'est pas oublié, loin s'en faut, mais n'a pas la notoriété de ce livre. De l'esprit des lois demeurent néanmoins un des plus passionnants essais de l'ère des Lumières dont le Montesquieu est le grand précurseur (il a d'ailleurs eu une audience incroyable dans toute l'Europe, et en particulier en Angleterre), dont il est un des précurseurs. Souvent rééditées, ses Pensées restent un peu dans l'ombre. Et pourtant, ce recueil a accompagné pendant trente ans la rédaction de L'Esprit des lois jusqu'à sa mort. Il est difficile de dire si l'auteur voulait les publier sous cette forme ou les rédiger dans un ouvrage conçu dans une optique précise. La première solution semble la plus probable car il a dû servir de ces formules pour la rédaction de ses livres, mais a certainement éprouvé le besoin de rassembler l'essentiel de ce qu'il a pu cogiter dans une suite de réflexions très claires. En tout cas, elles constituent le vadémécum de ce qu'il a pu développer dans des domaines aussi différents que la philosophie, l'histoire, les sciences ou la politique. Elles n'ont été publiées pour la première fois qu'en 1899.




Géologie d'un père, Valerio Magrelli, traduit de l'italien par Marguerite Pozzoli, Actes Sud, 256 p., 20 euro

Ce livre a une indéniable saveur gidienne. On y retrouve en palimpseste sa fameuse formule : « famille, je vous hais ! » L'auteur s'est contenté de s'en prendre à son géniteur, mais avec une rare violence. Les vieux mythes sur la question volent en éclat. L'image qu'il donne de cet homme à différent moment de sa vie et dans sa relation avec son fils. Le livre a été construit par une succession de chapitres assez courts. C'est plus un jour décousu qu'un roman au sens strict du terme, même si tous ces éléments finissent par constituer un récit à mesure qu'on progresse dans la lecture du livre. Il ne concerne pas que la relation du fils avec cet homme qui lui a donné le jour. Non, il remonte plus loin dans le temps, sous le fascisme et pendant la guerre. Valerio Magrelli a choisi le parti-pris de mettre l'individu nu devant nous, de le dépeindre sans la moindre concession, sans jamais lui trouver une vertu. Ce qui donne à l'ensemble un ton aigre et douloureux. Le déclin et la mort du père sont décrits comme une atroce dégénérescence. Si la question traitée par l'auteur est un coup violent donné à ceux qui vouent un culte à leur parent, c'est aussi une façon d'être particulière de mettre en scène cette seconde mise à mort. C'est un procès en coupe réglée qui s'accompagne de méditations selon les thèmes ou les moments dont il est alors question. Je dois avouer que Magrelli ne m'a pas vraiment convaincu. Le trait est trop gros, les citations trop nombreuses et la perspective de sa fiction trop monocorde. Il a désiré choquer le lecteur et aller jusqu'au bout du jeu de massacre. Très bien, c'est son droit le plus strict. Mais, au bout d'une centaine de pages, on n'arrive plus qu'à distinguer qu'une vendetta post mortem ! Il ne manque pas de talent, mais sans doute il a abusé ici d'une théâtralité moins grandguignolesque. Comme on disait à l'école, le fond ne colle pas entièrement avec la forme.




Le Mal noir, Nina Beerberova, traduit du russe par Luba Jurgenson, « Les inépuisables », Actes Sud, 98 p., 13 euro

Les éditions Actes Sud ont acquis leur réputation à leurs débuts en particulier grâce à la découverte de Nina Beerberova (1901-1993). C'était en effet une belle découverte. Ce n'était pas une inconnue car elle avait connu le succès aux Etats-Unis, pays où elle avait passé la dernière partie de sa vie. Mais la France, où elle avait vécue à partir de 1925 ne s'était guère intéressée à elle. Ce petit livre est une merveille. Il nous relate les mésaventures d'un jeune veuf russe qui se trouve à Paris après la Première guerre mondiale et qui rêve de partir s'installer aux Etats-Unis. Il a des bijoux qu'il compte vendre pour payer son voyage et le reste des semaines qu'il doit passer dans la capitale française. Il mise toutes ses espérances sur des boucles d'oreilles ornées de deux gros diamants. Mais voilà, le joailler à qui il les proposent lui dit qu'un des diamants est frappé par le « mal noir »  et que sa valeur est nulle. A partir de là, notre héros va être entrainé dans un maelström de malversations et d'escroqueries savamment montées. Ses mésaventures sont incommensurables. Et puis il fait des rencontres, surtout celle d'une femme russe qui commence par l'aider et qui semble s'intéresser à lui. Et son rêve d'aller à Chicago devient une sorte de nébuleuse vague et omniprésente... C'est un très joli livre, avec beaucoup d'esprit, un humour subtil et une sorte de douce amertume.




Entre les livres, Virginia Woolf, traduit de l'anglais par Jean Pavans, « Minos », Editions de la Différence, 288 p., 15 euro

L'oeuvre critique de Virginia Woolf est considérable. Ce recueil précieux nous administre la preuve de la qualité de ses articles et essais sur la littérature. Le premier texte que nous pouvons lire donne le ton : elle fait le distinguo entre l'homme qui veut savoir et l'homme qui lit, qui sont, selon elle, deux être complètement différents. La jeunesse est le moment d'une « orgie de lectures ». Elle croit qu'il faut lire ses contemporains et que même les mauvais livres sont riches d'enseignement. C'est paradoxalement parce qu'ils peuvent être imparfaits (et même dépourvus d'intérêt) qu'ils nous mettent en relation critique avec le monde où l'on vit. Ensuite, dans un autre article, elle se demande si la fiction moderne est une amélioration de l'ancienne. Mais cette question est un piège malicieux. En fait, elle en arrive à s'interroger sur la question du réalisme. Elle s'interroge ensuite sur la méthode de Joyce pour composer Ulysse, dont elle ne paraît très enthousiaste. Mais ce livre hardi révèle quelque chose que les grands livres précédents n'ont pas pu mettre en avant. Enfin, elle insiste sur la réciprocité des influences entre les littératures : celle des Russes sur les Anglais, par exemple. Et d'ailleurs, ce volume contient un grand nombre de pages sur Tolstoï et Tourgueniev et, bien sûr, Dostoïevski. Du côté les Anglo-saxons, il y est question de Melville, de Henry James, de Conrad, de Thomas Hardy, de Kipling. Ce qui est vivifiant dans la manière que Virginia Woolf a d'aborder la littérature, c'est qu'elle choisi toujours un point de vue inattendu et déroutant. Elle souhaite que le lecteur soit dérangé dans ses habitudes intellectuelles. Et elle possède un sens de l'humour très insidieux !




Cris, Laurent Gaudé, « Les inépuisables », Actes Sud, 160 p., 15 euro

Ce livre a été publié en 2001. Les éditions actes Sud l'ont certainement fait paraitre de nouveau sous une autre présentation à l'occasion des commémorations du début de la Grande Guerre. Ce roman posse un véritable problème : ce n'est pas un document romancé, comme, par exemple, le Feu d'Henri Barbusse. C'est la reconstitution de l'existence quotidienne sur le front de quelques uns de nos valeureux poilus. Jules, Barboni, Marius, le Gazé, entre autres, incarnent les souffrances qui ont été vécus par ces soldats qui ont combattu dans des conditions abominables. Chacun de ces individus nous raconte ce qu'il ressent, ce qu'il a vu, ce qu'il en retire. Ce n'est d'ailleurs pas mal fait et peut donner une représentation assez juste de ce qu'a été ce conflit titanesque. Cela sonne juste et c'est assez bien composé avec cette alternance des expériences d'un combattant ou de son ami. Mais c'est comme un film qui tenterait de nous remettre dans les conditions d'alors. Cela est concevable, bien sûr. Mais il existe tant de lettres des jeunes appelés qui ont été publié sous différentes formes que ce livre semble une sorte de pastiche. C'est écrit d'une manière sensible et intelligente, on sent bien les personnages, ils vivent devant nos yeux. Mais ce ne sont que des acteurs. Alors mon coeur balance entre une admiration pour le tour de force de l'auteur et la méfiance par rapport à une théâtralisation des drames individuels.




Mémoires de Fanny Hill, femme de plaisir, John Cleland, traduit de l'anglais par Isidore Liseux, « Minos », Editions de la Différence, 320 p., 100 euro

Ce livre est sans doute l'un des plus connus du second rayon. Mais personne ne s'interroge sur la personne a été son auteur. John Cleland (1709-1789) a d'abord été consul à Smyrne (aujourd'hui Izmir) puis a travaillé pour la Compagnie des Indes à Bombay. Il a été l'ami d'Alexander Pope et d'Horace Walpole. Il est arrêté et condamné à un an de prison pour dettes. C'est dans la prison de Fleet qu'il a écrit Fanny Hill, or Memoirs of a Woman of Pleasure written by herself. Le livre paraît anonymement en 1749. Mais son éditeur, son imprimeur et lui-même sont traînés devant les tribunaux. Le livre a été interdit, et le restera pendant cent. Mais il y a eu des versions pirates dont certaines étaient expurgées. Il a essayé de faire croire à Boswell qu'il a écrit son ouvrage à Bombay et qu'il a pu parler de la prostitution sans être vulgaire - Boswell en conclu que c'était un «  mécontent très sournois » ! Il a écrit plusieurs autres livres, dont la Mémoire d'un fat en 1751, où il pastiche la célèbre Lady Montagu (il la surnomme « Lady Bell Travers », des contes les Surprises de l'amour (1764), puis la Femme d'honneur en 1768. Il a même composé une tragédie et deux comédie. Mais elles ne seront jamais représentées. En somme, Fanny Hill a été sa seule réussite en dehors de sa collaboration au Dictionnaire d'amour (1753). Aigri, il a attaqué Laurence Sterne pour son Tristram Shandy, le qualifiant de pornographe ! Bien plus tard, Guillaume Apollinaire écrira une préface pour ce petit chef-d'oeuvre de l'érotisme. Le reste, je laisse le soin au lecteur de le découvrir !
Gérard-Georges Lemaire
27-11-2014
 
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Verso n°122

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