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[verso-hebdo]
08-05-2014
La chronique
de Pierre Corcos
Honoré par sa liberté
L'exposition érudite qui jusqu'en octobre se tient au Musée de la Franc-Maçonnerie, Daumier ou la caricature au service de la liberté, donne l'occasion de repenser, avec une certaine amertume, à l'état préoccupant du dessin de presse aujourd'hui.
Et, avant de parler du dessin satirique et de cette intéressante exposition, il serait bon de rappeler que la presse quotidienne payante, généraliste et politique (française en particulier), se porte vraiment mal. Ce qui pour une démocratie est grave. Les causes, historiques, économiques, sociologiques, technologiques, sont trop nombreuses pour qu'on puisse les exposer ici... Mais, conséquemment, le dessin de presse et la caricature en pâtissent beaucoup : aujourd'hui, il y a de moins en moins de supports d'expression pour les épigones d'Honoré Daumier ! De plus, cet art contestataire est menacé par le fanatisme religieux (épisode récent des caricatures danoises et françaises concernant Mahomet), enfin le « politiquement correct » incite le dessinateur - craignant que son journal, déjà fragilisé, subisse un coûteux procès ou simplement perde quelques lecteurs, offensés - à atténuer plus souvent que jadis sa charge, par une douloureuse autocensure. Et avec cela, le dessinateur de presse européen ne peut pas trop se plaindre quand il se compare à ses amis ou pairs qui, dans les nations où le niveau démocratique reste faible voire nul, se retrouvent emprisonnés, voire sont torturés pour un simple dessin satirique !
Or, bouffée d'oxygène irremplaçable dans le monde actuel, suffocant par le sérieux rasant de son « business », sa « pensée unique » rabâchée, ce flot « tsunamique » d'informations insignifiantes et publicitaires continuellement déversé, le dessin de presse satirique reste le témoignage immédiat d'une démocratie encore alerte, vigilante, d'une société civile qui n'est pas totalement dupe des pouvoirs qui la manipulent... En outre, comme en témoigne la créativité réjouissante du trait stylisé, de l'humour choisi et de la traduction elliptique de faits de société ou politiques mis en scène, des ancêtres Forain, Caran d'Ache, Daumier, Granville, etc., aux modernes Cabu, Reiser, Willem, Pétillon, Plantu, etc., le dessin de presse témoigne d'un art admirable ; même si sa mise au service d'une contestation, d'une idée, d'une pointe, le fait considérer encore - de l'exigeant point de vue de la « gratuité » absolue de la création esthétique - comme un art mineur ou un graphisme artisanal.

« Avec quelques coups de crayons, Daumier nous fait mieux comprendre que Marx ce qu'est la bourgeoisie montante de la révolution industrielle. Ses chroniques dessinées du Charivari nous en disent autant sur la grandeur et les mésaventures de la II ème République que les Souvenirs de Tocqueville », affirme Daniel Keller, président du Musée de la Franc-maçonnerie. Sans aller jusque là, il est certain qu'Honoré Daumier (1808-1879), observateur critique aigu des moeurs politiques en ce siècle de révoltes sanglantes et de révolutions avortées (1830, 1848, 1870), demeure un témoin privilégié de son temps, un mémorialiste, un sociologue avant même la naissance de cette discipline, et donc une source inestimable pour l'historien. Acteur social pris lui-même dans l'Histoire, Daumier crée, dessine au nom de valeurs éthiques, politiques. Athée, démocrate et républicain, pour lui la liberté reste synonyme de résistance, d'émancipation, elle concerne tout le monde et non quelques privilégiés. L'esprit libre doit surtout se méfier des nantis et puissants, de leurs poses, de leurs sophismes, de leur cabotinage, de leurs manipulations. Enfin les puissants se trahissent par leurs travers, leur ridicule. Et le ridicule, comme disait spirituellement Paul Valéry, est « une sorte de Jugement avant-dernier ». En même temps que les dessins satiriques de Daumier, l'Histoire a jugé les liberticides odieux et grotesques.
Le parti pris de consacrer seulement cette petite exposition à l'oeuvre lithographique et politique de Daumier suffit à montrer à la fois l'intelligence graphique, l'imagination scénique et le courage politique de l'artiste qui fut condamné, rappelons-le, à six mois de prison. La censure supprima le journal La Caricature qui fut tout de suite remplacé par Le Charivari. Le directeur de journal Charles Philippon et Honoré Daumier formaient une belle équipe d'esprits frondeurs à l'impertinence pertinente. Ensuite, à travers le personnage de Ratapoil, Daumier fustigea les travers du Second Empire... Cela suffit à ce que la presse politique soit honorée par ce « caricaturiste » (par ailleurs peintre et sculpteur), dont Baudelaire tout de suite célébra « le sérieux de sa pensée », montra dans cette oeuvre « lenobr> point de vue moral » et comment « l'idée » se dégage de ces dessins indignés.

En nous proposant une féconde mise en perspective historique, en nous montrant la fragilité de la presse et le poids de la censure, cette exposition sur le Daumier politique résonne comme un rappel sur une liberté qui s'use toujours si l'on oublie de s'en servir.
Pierre Corcos
08-05-2014
 
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Verso n°121

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