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[verso-hebdo]
22-05-2014
La chronique
de Pierre Corcos
Culte phallique
Comme un touriste en Italie apercevant, inattendu reflet d'une vitrine « branchée », la statue antique d'un athlète surgissant de ruines proches, le visiteur de l'exposition Robert Mapplethorpe (1946-1989) peut entrevoir aux galeries nationales du Grand Palais derrière les photographies de « gays » new-yorkais, apollons des clubs underground, les éclats lointains et magnifiques de la statuaire gréco-romaine... New York bohême des années 70-80, versus idéal antique européen : saisissant raccourci spatiotemporel ! La fréquente confrontation photographique de statues (Eros, Hermès) et de corps humains virils accentue d'ailleurs la régularité de ce lien, Mapplethorpe ayant, par ailleurs et toujours, reconnu avoir utilisé la photographie pour faire de la sculpture. Et cette photographie/sculpture exalte sans réserves la splendeur phallique du corps masculin. Et ses blasons : le torse, les fesses, le sexe.
Il n'est pas inutile, alors, de s'offrir un petit détour historique sur les récurrences de cette thématique...

Lorsque Homère évoque la beauté masculine, elle est associée à la force, au courage (Achille), également à certains mouvements du corps, du bras, chez l'archer et le discobole. Pour Platon (Banquet, 210-211), Eros nous guide dans l'amour de la Beauté, s'élevant de la beauté des corps, masculins par exemple, à celle de l'esprit, puis des sciences. Et cette ascension conduit jusqu'à la Beauté elle-même, le « Beau en soi »... Platon a, on le sait, largement inspiré la Renaissance et surtout Michel-Ange sculpteur, à la recherche de cette idéalité à travers le corps d'éphèbes, d'athlètes. Ensuite, lorsque l'esthéticien allemand Winckelmann (1717-1763) affirme la précellence de l'art grec (qu'il conviendra de prendre comme modèle), il évoque les corps splendides des jeunes Grecs sculptés par la gymnastique et les jeux athlétiques... Enfin, nous ne pouvons omettre, dans ce rappel historique succinct, l'esthétique fasciste qui réserve une place privilégiée (cf. La sculpture italienne au temps du fascisme d'Yves-Alain Bois, Jacques Damase éditeur) au corps masculin puissant et musclé. Ces références multiples ne peuvent faire défaut à l'historien d'art qui observe les nombreuses photographies en noir et blanc, signées Mapplethorpe, de ces mâles nus, au sombre corps athlétique et à l'étonnante plénitude... Mapplethorpe vénère - il avoue clairement cette dimension religieuse, et mettre en scène l'objet photographié comme un autel - le corps masculin nu. Ou alors féminin « bodybuildé » : en 1980, sa rencontre avec Lisa Lyon, première femme championne de « bodybuilding », se traduit par une série d'impressionnants portraits.
A nouveau, à travers toutes ces figures de force et de plénitude, incarnées par des corps jeunes et puissants, à travers surtout ces photographies provocantes et impudiques d'énormes verges en érection, à travers enfin son exaltation du sexe (Mapplethorpe déclare : « Il y a plus d'énergie dans le sexe que dans l'art »), il est tentant de citer une autre référence historique : ces antiques phallophories, processions rituelles dans le monde grec classique en l'honneur de Dionysos, durant lesquelles on transportait, accompagnant le cortège sonore et chantant, un énorme phallus de bois, symbole de la vie jaillissante et indestructible...
Force, pouvoir, désir, puissance : par sa dimension symbolique, le « phallus » a été repensé comme un concept (Freud), un signifiant (Lacan) majeurs par la psychanalyse. Alors, historiquement et psychanalytiquement, on pourrait dire que la photographie de Robert Mapplethorpe fonctionne comme une liturgie célébrant, en l'actualisant, la figure phallique. Une liturgie qui se doit d'être parfaite, sans écart ni accroc. Mapplethorpe : « Je cherche la perfection dans la forme. Dans les portraits. Avec les sexes. Avec les fleurs. »

Cependant, aujourd'hui, l'oeuvre de Mapplethorpe (on peut la juger ici dans sa globalité, puisqu'il s'agit de l'une des plus importantes rétrospectives muséales le concernant) pèche par trois biais au moins : d'abord en tant que travail photographique, elle reste plombée par un pompeux néo-classicisme, des effets de composition académiques, une virtuosité technicienne sans démarche inventive véritable ; ensuite, au niveau des thèmes qui firent scandale vers la fin des années 70 (le sadomasochisme gay et ses représentations plus ou moins stylisées), force est de constater aujourd'hui que ces sulfureuses émanations se sont évaporées ; enfin, sa quête naïve de perfection apparaît de plus en plus comme un fréquent recours aux formules éprouvées du kitsch.
Reste donc cette méticuleuse liturgie phallique, qui peut toujours virer en « art d'assouvissement » auprès de publics spécifiques. Oui, pourquoi pas ? Il est des formes actuelles de religiosité bien moins sensuelles et beaucoup plus fanatiques. Partant funestes...
Pierre Corcos
22-05-2014
 
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