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[verso-hebdo]
25-09-2014
La chronique
de Pierre Corcos
Dali street
L'histoire de l'art retient de Salvador Dali la grande figure surréaliste, les influences d'Yves Tanguy et de Max Ernst sur le peintre espagnol, cette facture virtuose, détaillée, minutieuse devant beaucoup à Meissonnier, que Dali (assez seul dans son cas) admirait tant. La psychanalyse quant à elle, à la fête bien sûr avec le père de la méthode « paranoïaque critique », pointe sans difficultés une thématique perverse (voyeurisme, coprophilie, etc.), névrotique (complexe de castration, onanisme, obsession de l'impuissance), et diverses hantises plus ou moins morbides... Mais un sociologue pourrait à bon droit noter que si Salvador Dali a pu aussi aisément toucher au cinéma (Bunuel, Hitchcock), à l'illustration, au graphisme, à la mode, fabriquer des objets-signes reproduits en masse, si son art est populaire, exportable et tant repris, c'est que l'artiste catalan est aussi (surtout, diront ses détracteurs...) un grand fabricateur d'images choc, à partir d'idées à la fois surprenantes et simples, pouvant meubler rapidement l'imaginaire collectif. Qui n'a pas en mémoire la montre molle, l'éléphant spatial ou le canapé lèvres ? Il n'est pas étonnant que la publicité se soit ruée sur Dali, car elle aime bien cette expression étonnante, drolatique et populaire, qui piège l'attention du plus grand nombre et trouve illico une place dans la mémoire. Que le Street Art ait quelque sympathie pour ce grand imagier n'est pas plus étonnant, car le Street Art produit le plus souvent des images insolites, souvent drôles et assez rebelles, devant être saisies par tous et rapidement.

L'initiative de l'Espace Dali qui a invité une vingtaine d'artistes urbains à dialoguer avec le Surréaliste moustachu, en croisant les codes, techniques et images de l'art urbain avec l'imagerie dalinienne, dans cette exposition, Dali fait le mur (jusqu'au 15 mars 2015), était logique et presque attendue. Akiza, Artiste Ouvrier, Valeria Attinelli, Fred Calmets, Codex Urbanus, Hadrien Durand-Baïssas, Jadikan, King's Queer, Kool Koor, Kouka, Levalet, Thomas Mainardi, Manser, Jérôme Mesnager, Nikodem, Arnaud Rabier, Nowart, Paella, Pioc PPC, Sack, Speedy Graphito, Zokatos... Tous ne sont pas connus, ne produisent pas des pièces intéressantes, mais ils contribuent à jeter un nouveau regard sur le statut de l'imagerie dans l'art, et sur Salvador Dali. Vivant encore aujourd'hui, on le verrait facilement se prêter au Street Art. D'autant plus, comme il nous est rappelé dans l'exposition, que Salvador Dali, dès 1956, « partait à la conquête de la rue » : « Deux cornes de rhinocéros remplies de mie de pain et trempées dans l'encre de Chine lui servent d'outil pour réaliser une édition révolutionnaire du chef d'oeuvre de Cervantès Don Quichotte, le Chevalier Errant, sur la place Jean-Baptiste Clément à Montmartre. (...) Quelques années plus tard, dans les années 1963-1964, dans les rues de New-York, Dali accomplit des happenings singuliers et détonants, utilisant de la bombe aérosol et de la mousse à raser pour recouvrir un modèle vivant ou jouant avec les lignes horizontales et verticales de ce nouveau territoire urbain jusqu'alors peu exploité par les artistes. Ces événements sont des tableaux vivants dont la toile est la rue, offerts à tous ».

Il serait abusif, malhonnête de faire du peintre surréaliste l'ancêtre des Street artistes, et la commissaire d'exposition, Véronique Mesnager, entend surtout nous montrer une similitude dans la démarche, provocatrice et iconoclaste. Certes, l'Espace Dali, lieu éminemment touristique dans un quartier qui ne l'est pas moins, montre une tendance marquée à l'hagiographie racoleuse, facile : Dali aurait tout vu et prévu... Les oeuvres sont entassées de façon étouffante et les explications laissent parfois à désirer. Tout cela est vrai, mais le raccord Dali/Street Art fonctionne bien, séduit. On se prend à penser qu'avec Dali, le Pop Art, la Figuration libre et le Street Art, l'image a repris tous ses droits et ses pouvoirs dans l'art. On se dit également que le succès de toute cette imagerie de recyclage (Dali recyclant les grands maîtres, les Street artistes recyclant Dali, etc.) reste ambivalent.

D'un côté, l'image du Street Art ludique, marrante, inventive, irrévérencieuse allège le quotidien, interrompt un moment la course aliénée, insensée du piéton des grandes villes, fait clignoter une sorte de micro-utopie. Mais de l'autre, on voit cet art en liberté vite encagé dans les galeries, cet art pour tous récupéré par la spéculation financière de l'art-placement... Il en fut de même pour Dali, capable d'une subversion explosive à l'égard du christianisme, du stalinisme, d'une ravageuse iconoclastie, certes, mais (« avida dollars » anagramme de Salvador Dali », persiflait Breton) aussi bien tenté par des gadgets publicitaires, des productions faciles et lucratives, sur la base d'un strict académisme pictural.
Décidément, le Street Art et Salvador Dali avaient bien des choses à se/nous dire !
Pierre Corcos
25-09-2014
 
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Verso n°121

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