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[verso-hebdo]
23-10-2014
La chronique
de Pierre Corcos
Une adresse à Freud
Belle adresse à Freud que l'exposition L'Ombilic du rêve (jusqu'au 4 janvier 2015 au Centre Wallonie-Bruxelles à Paris), contribuant à nous montrer en quoi le désir (Wunsch), impliquant son objet déterminé par la culture et ses modèles, l'Histoire - donc désir changeant - contraste nettement avec la pulsion (Trieb), anhistorique, indépendante de son objet, soumise en dernière analyse au double régime : Eros et pulsion de mort (Thanatos)...
Belle adresse à Freud perceptible déjà dans la citation placée en épigraphe de l'exposition, extraite de Traumdeutung ; également dans le fait qu'un psychanalyste, Guidino Gosselin, soit l'un des commissaires d'exposition, et enfin dans les cinq thématiques freudiennes (associée chaque fois à une couleur et un parcours) guidant le visiteur : le rêve, le féminin, l'Eros, Thanatos, l' « Unheimliche » (l'inquiétante étrangeté). Les quatre artistes choisis ne sont pas tous belges comme Félicien Rops ou Armand Simon : Max Klinger est allemand, Alfred Kubin autrichien. Mais ce qui les réunit dans cette exposition, outre les thèmes, on l'a compris, et en quoi ces artistes illustrent à leur manière le pansexualisme freudien, c'est leur talent graphique. En effet, ne sont exposés ici que gravures de types variés et dessins. Le dessin, vecteur privilégié du théâtre fantasmatique...

La dimension du désir (Wunsch) inscrit la plupart des oeuvres, au risque de l'obsolescence, dans leur époque.
C'est ainsi que les dessins de Félicien Rops (1833-1898) témoignent à l'évidence des hantises érotiques de la société bourgeoise d'alors, puritaine, hypocrite, pervertie par des obsessions, obsédée par des perversions ne trouvant leur assouvissement, enfin, que derrière les tentures cramoisies des bordels. Scénarios pervers, parties fines, puissantes courtisanes dominatrices en bas noirs... Des pratiques sexuelles, aujourd'hui banalisées, ont dû alors se masquer sous le satanique (telle cette eau-forte intitulée Agonie) pour trouver une figuration érotique acceptable. Situation aujourd'hui dépassée : notre moderne pornographie contribue à rapidement assécher le marécage fantasmagorique et capiteux de l'érotisme...
Dessinateur imaginatif, graveur d'une éblouissante finesse, à l'aise dans la pointe sèche, l'aquatinte ou l'eau-forte, Max Klinger (1857-1920) - influencé par Goya, Puvis de Chavannes, Gustave Doré, lecteur de Zola et Flaubert - met en scène un érotisme sublimé par des archétypes, des figures animales et mythologiques enrichissant une « oeuvre qui se peuple d'elfes,d'ondines, de sorcières et de toutes sortes d'être imaginaires à la sexualité débridée » (dossier de présentation). Les scènes érotiques, plutôt classiques, passent la rampe de la censure grâce à l'emphase de leur mise en scène et la subtilité de leur érudition.
Alfred Kubin (1877-1959), tant il a su passer de L'Autre côté (son seul roman, illustré de 52 dessins) et caresser la folie, échapperait plus que les autres au vieillissement de son imagerie fantasmatique. Enfant spirituel de Bosch, Goya, Ensor, il pourrait illustrer à sa façon, à la fois morbide et visionnaire, la théorie freudienne de la sexualité, par le biais du sadomasochisme ou du complexe de castration. Ses dessins évoqueraient également les analyses de Freud sur la névrose, ses angoisses et ses régressions : on observe par exemple des images de mères omnipotentes (Kubin a perdu sa mère alors qu'il n'était âgé que de dix ans). Un certain nombre d'oeuvres, lugubres, effrayantes, ouvriraient à une figuration troublante, sans âge, des thèses tardives de Freud sur l'écrasante pulsion de mort.
Armand Simon (1906-1981) est, si l'on peut dire, le « maillon faible » de cette passionnante exposition. Si sa vie est entaillée de traumatismes précoces, si, comme les trois autres créateurs, sa démarche reste à la fois littéraire et graphique (il tombe définitivement sous le charme des Chants de Maldoror et de Lautréamont), si son surréalisme de méthode (il a fondé avec d'autres le « Groupe Surréaliste du Hainaut ») l'incline à la démarche onirique ou de libre-association, inspirée par Freud, ni dans l'ampleur de son imagination ni dans la qualité de son travail, Armand Simon (par ailleurs une personnalité attachante et aux dimensions multiples) ne peut être comparé à Rops, Klinger ou Kubin.

Dans L'Ombilic du rêve, le visiteur sera sans nul doute intéressé par cette adresse artistique à Freud. Il admirera sans doute la théâtralisation fascinante de maintes gravures, par la mise en scène minutieuse du fantasme. La dentelle fine d'un dessin parfaitement maîtrisé va l'enthousiasmer également... Mais demeure l'énigme tenace de certaines oeuvres, comme, au final, ce qui résiste étrangement à l'analyse des rêves. La citation initiale de Freud était : « chaque rêve comporte au moins une partie qui ne peut être creusée jusqu'à son fondement, comme un nombril, un ombilic qui le met en relation avec l'inconnu. »
Pierre Corcos
23-10-2014
 
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Verso n°122

L'artiste du mois : Valérie Rauchbach

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