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[verso-hebdo]
18-12-2013
La chronique
de Pierre Corcos
Découvrir, défaire le sens
Dans son livre La symbolique du rêve (1814), G.H. Schubert écrivait, à propos du langage du rêve : « Ce langage possède un autre avantage sur le langage ordinaire. Le cours des évènements de notre vie semble en effet s'organiser selon une loi d'association propre au destin, à peu près semblable à celle qui régit l'enchaînement des images oniriques. En d'autres termes, le destin en nous et en dehors de nous (qu'on le nomme comme on voudra) parle le même langage que notre âme dans le rêve ». Notre vie écrite comme un rêve : fabuleux !... Que les humains croient toujours aux rêves prémonitoires, ou que les devins aient prêté aux songes une capacité euristique éclairant notre destin, ou encore que Freud ait vu dans le rêve « la voie royale » ouvrant à notre inconscient, une incontestable fascination pour l'activité onirique, en tant que signification à déchiffrer, existe chez les hommes.

La belle exposition « La Renaissance et le rêve », qui va durer jusqu'à la fin janvier au Musée du Luxembourg à Paris, séduit beaucoup, et notamment parce que le travail subtil d'iconologie effectué par Chiara Rabbi-Bernard (historienne d'art), les interprétations culturelles globales d'Yves Hersant (professeur à l'École des hautes études en sciences sociales) et les choix judicieux effectués par Alessandro Cecchi (directeur de la Galleria Palatina et du Jardin de Boboli au Palazzo Pitti à Florence) placent le visiteur dans cette posture stimulante de découvrir le sens possible du rêve, des oeuvres et des mythes... Si les hommes de la Renaissance, tout comme ceux du Moyen Âge, croient que la barque du songe peut voguer, sur le fleuve opaque du sommeil, jusqu'aux territoires ensorcelants ou effrayants de l'Au-delà, les hommes modernes, eux, s'interrogent encore et toujours sur le sens caché de ce délire nocturne, ces mystérieuses associations, ces drames hiéroglyphiques, cette langue innée de l'esprit. Et comme bien des artistes (dans cette exposition, Bosch, Veronese, El Greco, Dossi et bien d'autres), en de nombreux styles et époques (Renaissance, mais aussi art fantastique, romantisme, surréalisme, etc.) ont trouvé dans le dormeur (admirons ici les belles endormies), et ses rêves énigmatiques (ou cauchemars grouillants), motifs à oeuvres picturales, la communication qui s'établit entre les spectateurs curieux, les artistes inspirés et la source étrange, profuse des rêves s'avère dense, complexe, passionnante, portée par un questionnement soutenu sur les significations latentes à découvrir.

Cependant le rêve nous fait d'abord échapper au réel. On peut fuir des significations verrouillées, statiques en s'immergant dans le flux du rêve, dans ses images protéiformes, insaisissables. Dès lors, le rêve est moins appréhendé comme une langue à déchiffrer au moyen des clés freudiennes (condensation, déplacement, dramatisation, symbolisation, etc.), que comme ce lieu fluide où le sens et la forme se défont...
Jusqu'à la mi-février, à la Maison de Victor Hugo, une passionnante exposition, intitulée La Cime du rêve, montrant la continuité entre les Surréalistes et l'oeuvre graphique, poétique de Victor Hugo, nous incite à considérer le rêve comme tache, chaos, nuit, informe, démesure, déconstruction. Peut-être se souvient-on de cette remarquable exposition, organisée par Annie Lebrun l'année dernière dans ce même lieu, une exposition au nom troublant : Les arcs-en-ciel du noir. Par dessins encrés, taches sombres et propos émouvants (en 1864, Hugo écrit : « Nous n'avons que le choix du noir »), on y montrait l'horizon nocturne, plus exactement le « devenir-nuit » de l'oeuvre hugolienne. Une galaxie qui semble irrésistiblement aspirée par un trou noir... En montrant en plus les parentés entre Hugo et les Surréalistes, la présente exposition va dans la même direction : on y voit se défaire le sens par le non-sens et le signifié par les jeux de mots, les contours se dissoudre dans l'informe et la tache. On y voit comment Hugo puis Ernst cherchent à échapper aux images fixes par de nouveaux procédés graphiques : frottis, pochoir, empreintes, décalcomanies, etc. Il s'agit alors moins de produire des rébus oniriques, une imagerie du rêve que d'échapper à la perception du monde et de ses significations. Max Ernst se définit comme « nageur aveugle », comme s'il répondait à la formule précitée d'Hugo.
Dans cette exposition, contrairement à l'autre, nous n'apprendrons rien sur le rêve, ses liens avec le mythe, son iconologie, ses significations culturelles et psychologiques. Non, ici, juste d'éblouissants phosphènes repris artistiquement, et une incitation à la fantasmagorie romantique, fantastique, surréaliste.
Une échappée sans destination : le rêve est aussi cela.
Pierre Corcos
18-12-2013
 
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Verso n°122

L'artiste du mois : Valérie Rauchbach

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Peintures 2007 - 2012
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Christophe Cartier / Gisèle Didi
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Christophe Cartier

"Rêves, ou c'est la mort qui vient"
édité aux éditions du manuscrit.com