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[verso-hebdo]
09-01-2014
La chronique
de Pierre Corcos
Absurde mais tonique
Au moment où, feux d'artifice étincelants d'espoirs, les voeux de bonne année se croisent joyeusement, il y aurait sans doute quelque incongruité à choisir pour cette première chronique 2014 une pièce de théâtre totalement absurde, désespérée, nihiliste. Oui, agir ainsi serait fâcheux, inconvenant ! Mais, comment dire ?... Il y a un pessimisme gai, un tragique tonifiant, portés par cet esprit dionysiaque que Nietzsche exaltait. Et l'on trouvera au contraire certains bons sentiments d'un kitsch suspect (pensons à ce qu'en disait Milan Kundera) et un optimisme de commande aussi convenu qu'étouffant.

Perplexe vient de s'achever il y a quelques jours au Théâtre du Rond-Point, rencontrant un franc succès. La pièce, signée de l'Allemand Marius von Mayenburg, mérite toute notre attention. Le metteur en scène, Frédéric Bélier-Garcia, dit de Perplexe (et il ne valorise pas exagérément l'oeuvre) que c'« est un jeu radieux de métaphores (...) un colin-maillard existentiel, un jeu virtuose avec le spectateur ». Tout commence avec deux couples de quadragénaires middle-class dans un pavillon, ou un petit chalet : éloquentes scènes de ménage, remugles du théâtre de boulevard, effets hilarants. L'histoire démarre sur le fait anodin qu'un couple loue son lieu à un autre couple. Des chamailleries et crispations domestiques variées en découlent... Il faut être un subtil connaisseur des codes théâtraux pour, à certaines récurrences, pressentir dès le début qu'on est subrepticement passé du théâtre de boulevard à une sorte de vaudeville déjanté, un Feydeau XXIème siècle.
Mais voilà que, sur une transition à peine sensible, on s'aperçoit que les mêmes comédiens sont devenus d'autres personnages et avec d'autres histoires ! Télescopage de rôles, mais aussi de situations... Le spectateur (mais sans doute aussi le metteur en scène et le comédien) se gratte la tempe et s'interroge : qui joue quoi ? Qui est qui pour l'autre ? Point de réponse certaine. On ne pourra plus s'installer dans une classique narration ou distribution de rôles désormais. Les ricanements boulevardiers s'éclipsent, leur succède l'humour corrosif de la déconstruction... Alors, perplexe, soucieux de retrouver une nouvelle assise, le spectateur réinterprète la pièce comme un ironique et audacieux exercice de style, se rappelant que Marius von Mayenburg est aussi un metteur en scène, un traducteur, un savant dramaturge, un érudit travaillant dans la prestigieuse Schaubühne berlinoise avec le grand Thomas Ostermeier. Et cet exercice de style, loin d'être gratuit, aurait une portée critique, brechtienne. Elle éveillerait une prise de conscience sur l'inanité des soucis, espérances, distractions, mythologies des classes moyennes. Von Mayenburg ne s'est-il pas attardé sur les monstruosités (cf. Haarman, Monsterdämmerung, Call me God) de notre société ?...
Mais voici que, par trois incises philosophiques et tirades interposées, Darwin, Platon et Nietzsche sont invités au spectacle, qui se mue en parabole nihiliste : nous ne sommes que le fruit des hasards de l'Évolution, prisonniers dans la caverne de nos illusions (et aujourd'hui du spectacle médiatique), dans un univers vidé de toute transcendance. Et pour finir, la pièce de théâtre elle-même est mise en évidence comme dispositif artificiel qui n'a même plus lieu d'être ! Le décor est alors démonté, les personnages s'effacent au profit de comédiens désemparés nous apostrophant, nous les spectateurs qui pensions nous planquer dans la quiète obscurité de la salle... Elle s'est autodétruite, la rassurante consistance boulevardière du début, et il ne reste plus rien à la fin de Perplexe. Pas même un spectacle !

Pour reprendre la distinction de Nietzsche, le nihilisme de Perplexe est actif, non passif. Il nous confronte vigoureusement à l'absurdité du monde. Les mythes, les « grands récits » nous racontaient de fastueuses histoires sur notre Destin. L'idéologie, elle, nous propose ou impose un prêt-à-porter du sens, un surcroît de sens. Or, comme le dit justement Bélier-Garcia, « Mayenburg (...) propose au contraire d'en perdre, comme on perd du poids ou le Nord, parce que le monde souffre plutôt de trop de sens, trop de prévision, trop de précaution ». A travers toute la pièce, cette destruction de sens procède, à l'évidence, non pas d'un affect négatif, déprimé, d'un ressentiment, mais d'un humour dévastateur ne voulant pas s'en laisser conter, d'une énergie pléthorique rejetant tuteurs, étais qui l'encombrent. Perplexe, dans l'heureuse mise en scène de Bélier-Garcia, vous débarrasse des vieilles nippes de l'illusion, vous fouette les sangs, vous file la pêche.
Perplexe est bien sûr un spectacle tragique, mais au sens où D.H. Lawrence l'entendait : « Le tragique devrait être comme un grand coup de pied au malheur ».
Pierre Corcos
09-01-2014
 
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Verso n°122

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