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[verso-hebdo]
09-01-2014
La chronique
de Lara Tournemire
Le carnaval de l'horreur
Le musée d'art et d'histoire du judaïsme consacre actuellement une rétrospective à Pinchas Burstein, surnommé Maryan, véritable artiste marginal et oublié de son temps. Dans une salle annexe du musée, Robert Combas a été convié à lui rendre hommage à travers une dizaine d'oeuvres.

Ce que l'on retient de Pinchas Burstein, artiste juif d'origine polonaise, né dix ans après la révolution russe de 1917, avant même son art engagé, c'est son parcours singulier. Il connaît une longue errance entre la Pologne, la Russie et l'Allemagne où il est victime des remous de l'Histoire, des pogroms russes aux persécutions du nazisme allemand. Déporté à Auschwitz durant la guerre, Pinchas Burstein est le seul survivant de sa famille. Il rejoint la terre sainte en 1947 et entreprend des études d'art à Jérusalem. Paris, destination de prédilection pour les artistes, l'accueillera sous un nouveau nom, celui de Maryan Bergman. Dans l'atelier de Fernand Léger, il reçoit une formation à la lithographie et appréhende le monde de l'art de façon alternative.
En effet, à une époque où règnent les mouvements abstraits, Maryan préfère revendiquer la figuration, au même titre que Francis Bacon, à qui il sera associé dès 1961. Ce refus des formes abstraites, positionnera l'oeuvre de Maryan, bien qu'inclassable, dans la nouvelle figuration.

Le début de l'exposition répertorie ses premiers travaux picturaux en 1960, oeuvres fondamentales vers l'accomplissement de son art engagé. La création incongrue de personnages absurdes, êtres bioniques aux configurations mécaniques, retranscrit un certain cubisme dans l'apparition ciblée de formes géométriques. Cependant, il s'agit avant tout de mise en scène théâtralisée, et le théâtre chez Maryan est une source d'inspiration incessante, ces robots claquemurés et ces hommes-animaux prennent place dans des lieux fermés, semblables au milieu carcéral. Mise en abîme de l'horreur de l'enfermement des camps, ces huiles sur toile, au fond inégalement monochrome, donnent naissance à des êtres déshumanisés au trait simple, voire grossier. Cette simplification du trait et ces couleurs dispersées irrégulièrement produisent un certain effet rendu par le fauvisme, bien que la couleur dans cette série d'huile sur toile ne soit pas pimpante mais sombre, terne et même éteinte.

La deuxième salle regroupe ses travaux à l'encre de chine sur papier fort ainsi qu'une série de peintures à l'huile. A nouveau, nous assistons à une vulgarisation des personnages, cette fois-ci plus humains que les premiers. Nous retrouvons des appartenances religieuses, idéologiques et politiques au travers de costumes et uniformes : SS, Ku Klux Klan, Viêt-Cong, Franquiste, armée coréenne et japonaise. Décrédibilisés, ces figures niaises rappellent surtout des acteurs de la commedia dell'arte. L'illustre exemple du Personnage daté 1963 qui servit de couverture de catalogue, est une caricature poussée d'un soldat, au sourire naïf et la tête affublée d'oreilles d'âne. Il est vrai que ces portraits incarnent tous le pouvoir, l'injustice et la brutalité. L'oeuvre de Maryan cherche incontestablement à provoquer, sa peinture figurative étant allégorique, satirique, mais aussi tragi-comique.
Ce peintre contestataire puise de nombreux thèmes dans le théâtre de l'absurde, précisément celui de Kafka, Beckett ou encore Ionesco. Il consacre une série d'encres de chine au Procès de Frank Kafka, et s'inspire probablement dans la plupart de ses portraits satiriques, de La métamorphose et de l'oeuvre magistrale de Ionesco, Rhinocéros.

Lassé de la vie parisienne, il s'installe à NY en 1975, sous l'influence de son mécène et collectionneur Herman Spertus. C'est ainsi que l'utilisation de l'acrylique va apparaître rapidement, les formes se déstructurent et s'entrelacent et les couleurs apparaissent beaucoup plus pop. Le thème de la crucifixion est fortement présent, l'emblématique Ecce homo étant cité plus d'une fois. L'inventaire des figures du pouvoir, des tyrans et des dictateurs touche à sa fin, bien qu'il consacre sa dernière série d'oeuvres à Napoléon. Encore une fois totalement caricaturé, l'empereur se voit défiguré et ridiculisé. Sans oublier que ces figures tyranniques font référence aux Désastres de la guerre de Goya, grand maître de Maryan avec Grosz et Soutine.

Une dernière salle est dédiée à ses nombreux carnets de dessin. Les multiples traumatismes du passé vont le plonger dans une dépression nerveuse. Alors qu'une véritable incapacité à parler s'installe, son psychanalyste lui conseille de se plonger dans le dessin. Sentiments lâchés à vif, pensées torturées, ces croquis au trait primaire et grotesque témoignent du besoin omniprésent de création dans l'esprit de Maryan.
« S'il n'y avait pas de grotesque dans la vie, on se suiciderait » témoigne-t-il ! L'exposition intitulée La ménagerie humaine de Pinchas Burstein, révèle la dimension de toutes ces créatures à l'obscénité cocasse, qui constituent notre monde, notre Histoire, et peut-être une part de nous-mêmes.

Après avoir contemplé l'oeuvre fascinante de Maryan, comment voulez-vous trouver un intérêt à l'hommage rendu par Robert Combas ?
Cet artiste de la figuration libre connu depuis les années 80, nous lasse par ses formes et motifs répétés, surexploités. Combas qualifie le travail de Maryan de pop et brut, la référence pop est mal choisie, bien qu'elle puisse être justifiée pour certaines oeuvres. Quant à la qualification d'art brut, cela apparaît de façon évidente. Comment peut-il rendre hommage à un artiste brutalement pop et populairement brut ?

Véritablement, Robert Combas se limite à retranscrire son style immuable par le biais de brèves références thématiques. Quelques figures bioniques par-ci et quelques clowns par-là feront l'affaire. Et pourquoi pas coller des nez rouges et de véritables grandes chaussures sur les personnages, pour bien insister sur l'aspect cocasse ?
Certes, nous sommes face à un carnaval de l'horreur dans les oeuvres de Burstein mais les confettis, les clowns et les serpentins sont inappropriés dans ce contexte. L'emploi récurrent des tuyaux épuise le regard du spectateur et ces motifs à connotation sexuelle semblent superflus. Explorer le ridicule ne devrait pas conduire à se rendre risible soi-même. Sans oublier que notre adepte de la figuration libre s'auto-représente à maintes reprises, ce qui dénote d'un narcissisme exacerbé.

En total désaccord avec l'esprit de Maryan, les oeuvres de Combas ne sont qu'antithèses. Ce grand représentant de la figuration libre ne s'autorise aucun risque, et se cantonne bien gentiment à un style vu et revu depuis les années 80.
Le peintre se contente d'expédier une dizaine d'oeuvres commandées par le musée d'art et d'histoire du judaïsme. Il semblerait que nous soyons face à une exposition consacrée exclusivement aux travaux de Robert Combas, et non à l'hommage de l'un des plus méconnus, mais talentueux, peintre de la nouvelle figuration.
Il est temps de laisser place aux artistes désireux de création et en phase avec notre époque. Il est préférable de faire un tour à la galerie itinérante Arts Factory, actuellement exposée chez Lavignes-bastille, pour comprendre que la relève des artistes libres de figuration est en marche.
Lara Tournemire
09-01-2014
 
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Verso n°122

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