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[verso-hebdo]
16-01-2014
La chronique
de Pierre Corcos
Crever les belles images
Icônes léchées, pommées, glacées de la mode, de la publicité, photographies numériques bonifiées, retouchées par logiciels, et ruisselant sur nous, sans cesse... A ces belles images correspondent des corps féminins et masculins bodybuildés, bronzés, lustrés, rasés, des visages souriants et inexpressifs, aux dents éclatantes de blancheur. Ce flot d'images rassurantes, confortables, nous baigne de sa tiédeur suave, métaphores du monde intemporel et hypnotique de la Consommation. Les belles choses, les beaux modèles... Les belles images, lénifiantes bien sûr, mais desquelles se dégage insidieusement un ennui profond, déprimé, suscitant une incoercible indifférence.

De cet ennui, de cette indifférence générés par le gavage écoeurant des belles images, les 320 photographies en noir et blanc, présentées sans cadre, les unes serrées contre les autres, du Suédois Anders Petersen - dont la grande exposition se tient à la BNF Richelieu, Galerie Mansart, jusqu'au 2 février - vous libèrent immédiatement. Elles secouent, réveillent, et choquent souvent. Mais ces jets brûlants et glacés revigorent, dessillent le regard. « On en prend plein la gueule » dit en sortant une visiteuse, l'oeil allumé.
Âgé de 70 ans, le photographe a tenu toute sa vie, lui-même, à en prendre plein la gueule pour se concéder le droit de faire de la photographie. Dès 18 ans, Anders Petersen quittait sa Suède natale, une famille et une société ressenties comme étouffantes et lisses, et il s'installait dans le port germanique de Hambourg (on connaît la réputation sulfureuse du quartier de Sankt-Pauli !) où, à ses risques et périls et pendant cinq ans, il se mêlait aux marginaux, exclus, déviants, s'immergeait dans les abysses de la vie nocturne, fréquentait assidûment tripots et bars, se frottait à une contre-culture qui commençait à poindre... Sa vocation de photographe prend corps avec cette longue confrontation à d'autres corps. Des corps loin d'être modélisés comme ceux de surfers californiens ou de starlettes hollywoodiennes ! Petersen scrute aussi des visages qui sont des blessures, et des regards qui sont des cris. Ces visages, ces corps, ces regards, il ne les aurait pas cherchés s'il ne les avait déjà trouvés en lui, figures spectrales, expressionnistes, émergeant de sa mémoire artistique, de sa sensibilité, de son imagination... Des faces à la Munch ou Kollwitz, des silhouettes de Grosz, Dix ou Beckmann. Et, entre les murs enfumés du Café Lehmitz, tous ces ivrognes, paumés, petits escrocs, laiderons, maquereaux, tous ces loubards tatoués, toutes ces prostituées décaties donnent une corporéité à des hantises émotionnelles, des obsessions intérieures... De retour en Suède, Petersen rencontre un grand maître de la photographie suédoise fasciné également par les êtres marginaux (cf. ses photos de transsexuelles), Christer Strömholm, et il en devient l'élève, l'assistant. Son inspiration en sort confirmée, renforcée.
Jusqu'au 12 janvier, parallèlement à l'exposition Petersen, nous avons eu la chance de voir à l'Institut suédois de Paris, une exposition de Strömholm et une autre de J.H. Engström, lequel deviendra à son tour l'élève de Petersen. Une filiation esthétique saute aux yeux : l'usage d'un noir et blanc contrasté, une photographie directe, abrupte, expressive, sans apprêt, un journal intime fait de rencontres, d'instants et de visages, une tendresse authentique, dégagée enfin des sucreries multicolores de la belle image sur papier glacé.
Petersen continue son travail en se colletant à la faune populaire d'un parc d'attractions, puis il s'enferme carrément dans une prison, une maison de retraite, un hôpital psychiatrique. Séries de photos coups de poing... Le sexe, la folie, la laideur, la violence, la perversion, la décrépitude, la solitude insondable, il les regarde courageusement. Puis il les photographie sans la moindre mise en scène, sans une once d'embellissement. Mais point de complaisance morbide, pour autant, et encore moins de voyeurisme. Ce qu'il cherche, comme tous les grands artistes expressionnistes, c'est le cri, les fureurs et torsions de la vie. Observez combien de visages grimacent, tirent la langue ! Un bonhomme de neige a une tête de mort, un modeste chat ou de simples champignons semblent noircis par l'enfer, le moindre nu féminin devient troublant, obscène (c'est-à-dire, étymologiquement, « de mauvais présage »), une scène banale semble hallucinatoire par un excès de présence...

Toutes ces photographies en noir et blanc, au contraste saisissant, crèvent les belles images des « sociétés libérales avancées ». Tous ces personnages si peu conformes nous hèlent, et prononcent juste ce titre du recueil des puissantes nouvelles d'Erskine Caldwell : « Nous les vivants ».
Pierre Corcos
16-01-2014
 
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Verso n°122

L'artiste du mois : Valérie Rauchbach

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