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[verso-hebdo]
30-01-2014
La chronique
de Gérard-Georges Lemaire
Chronique d'un bibliomane mélancolique

Goethe se mheurt , Thomas Bernhard, traduit de l'allemand par Daniel Mirsky, Gallimard, 128 p., 13,50 euro.

Sur la trace de la vérité , Thomas Bernhard, sous la direction de Wilham Bayer, Raimond Fellinger & Martin Huber, traduit de l'allemand par Daniul Mirsky, « Arcades », Gallimard, 22,50 euro.


Le recueil intitulé de manière énigmatique Goethe se mheurt rassemble quatre nouvelles de l'auteur de Gel et de Maîtres anciens . La première raconte d'une manière tragique et coasse à la fois les derniers jours de Goethe, entouré de deux fidèles, qui semble des sangsues, Kräuter et Riemer. Le vieil écrivain attend impatiemment la visite de Wittgenstein qui revêt une importance fondamentale pour lui. Mais il meurt avant d'arriver à Weimar. Ce récit sacrilège montre comment l'auteur se comporte à l'égard des piliers de sa culture, avec une haute dérision et qu'il brûle sans doute parce qu'il l'a trop aimé. Puis, dans les autres textes, il met en scène les rapports violents entre parents et enfants, en affirmant que les premières ne se reproduisent que pour annihiler le fruit de leur union. Le narrateur voit sa famille comme l'agent de sa persécution. Voilà en tout cas une manière de mettre en scène ces conflits au-delà du petit cri de Gide : « Famille, je vous hais ! » et il profite pour égratigner sans pitié l'Autriche, « un désert morne et perverti où règne l'abrutissement le plus effroyable. »
Quant aux entretiens et articles réunis dans le volume baptisé Sur la trace de la vérité , nous suivons l'écrivain de ses débuts jusqu'à ses dernières années. On sent son embarras croisant à parler de son écriture, qui n'a d'égal que sa détestation, elle aussi croissante, à l'encontre de Salzbourg et l'Autriche. Mais il laisse de temps en temps transparaître quelque chose entre deux manière de fuit les questions ou de donner un coup de patte à ceux qui ose l'interroger. L'auteur de la Cave se révèle parfois, mais s'esquive sans tarder. Il y a au moins une chose qu'il n'hésite pas à répéter : sa vision de son art : « tout est dérisoire quand on songe à la mort ». Il y a chez lui une démarche kierkegaardienne qui fait toute l'activité de l'humanité une marche forcée vers la mort.




L'Album de l'art à l'époque du « Musée imaginaire »,
Georges Didi-Huberman, Hazan/Louvre éditions, 208 p., 25 euro.


A l'invitation du musée du Louvre, Didi-Huberman a été invité à se pencher sur le Musée imaginaire d'André Malraux. Il entreprend une réflexion sur la méthode de l'auteur de l'Espoir et tente d'en révéler les principales lignes de tension. Il le fait avec une science consommée de l'analyse et parvient à donner une idée de la logique (le mot est peut-être excessif) qui a guidé Malraux dans la conception de ces trois livres où il met en relations des oeuvres d'art en dehors de leur histoire et de leur temporalité, telles qu'elles nous sommes parvenues, parfois mutilée, parfois énigmatiques. Dommage qu'il ait sacrifié trop souvent à un langage qui est devenu un défi à la raison. Il n'en reste pas moins un observateur fin, habile, compétent et capable de décrire avec intelligence un projet aussi singulier que celui de cet auteur qui s'est faite une idée transcendante et personnelle de ce que peut-être un musée intériorisé - un musée pour soi seul qu'on veut néanmoins faire partager aux autres. Un seul regret : que Didi-Hubermann n'est pas mis en perspective toute la pensée sur l'art de Malraux, en commençant par son Goya , qui demeure un des écrits les plus inspirés et surtout l'un des plus intense pour marquer le rapport de l'histoire et de l'être artiste.




Réveille-toi, la Vie du Bouddha , Jack Kerouac, présenté par Robert A. F. Thurman, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par C. & J. Demantelli, Gallimard, 19,50 euro.

Et les hippopotames ont bouilli vif dans leurs piscines , William S. Burroughs/Jack Kerouac, « Folio », Gallimard, 240 p.

Lettres choisies , Allen Ginsberg, édition établie et présentée par Bill Morgan, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Peggy Pacini, Gallimard, 462 p., 29,50 euro.


Les inédits de Jack Kerouac que les éditions Gallimard publient depuis un moment, sont plus surprenants le uns que les autres. Cette vie de Bouddha a été publiée aux Etats-Unis bien après sa mort alors qu'il paraît avoir été achevé au début des années 50. Quand on songe à Big Sur, le petit récit relatant son séjour dans la maison que Lawrence Ferlinghetti lui prête dans le sud de la Californie, un lieu idyllique au bord du Pacifique, il ne peut que constater son incapacité à la méditation. Le livre qu'il en tire en 1962 est le constat à la fois drôle et amer de cet échec. Pourtant, le bouddhisme apparaît dans certains de ses titres, comme dans les Clochards célestes ou dans ses recueils de poésies, tel Mexico City Blues . Cette biographie très sage, qui a été rédigée dans un style appliqué, sérieux, qui ne ressemble en rien à la prose qu'on connaît de l'auteur de Sur la route , est d'ailleurs plaisante à lire. Et elle révèle avec quel ferveur Kerouac a abordé cette question religieuse, toujours en la reliant au christianisme de son enfance.
Parlons en deux mots du roman écrit à deux mains avec Burroughs en 1944, chacun écrivant un chapitre (un tamuscrit que Burroughs, quand je l'interrogeais, me disait avoir été perdu sans verser une larme), c'est expérience dérivée d'un événement grave quand un de leurs amis assassine son ami par jalousie. Les deux personnages principaux sont bien ceux-là, Al et Phil, et donne lieu à un thriller dont on peut dire qu'il est plutôt de guingois ! Ce n'est pas une oeuvre immortelle, mais c'est une tentative qui montre à quel point le jeune Kerouac (il n'a que vingt-deux ans) éprouvait le besoin de se jeter à corps perdu dans l'aventure de la littérature. Son premier roman, The Town and the City a été composé peu après cette collaboration sans lendemain entre 1946 et 1948 et a paru en 1950.
Le volume contenant un choix de correspondance d'Allen Ginsberg avec son père et surtout ses amis (Burroughs, Neal Cassady, Kerouac, Ferlinghetti, Corso, etc.) constitue un précieux guide pour comprendre l'évolution de la personnalité de l'auteur de Howl et aussi de sa personnalité (il a éprouvé la plus grande difficulté à comprendre qui il était et aussi à trouver sa voie dans la création poétique). Le choix qui a été fait dans l'énorme masse de ses lettres (Ginsberg était un graphomane ! ) est excellent puisqu'il parvient à dégager ces questions qui ne sont pas minces. Ginsberg est aux prises avec son aspect physique, son homosexualité mal assumée au début, la folie (l'internement de sa mère Naomi dont il évoque sa mort dans son second recueil, Kaddish), tout cela n'est pas étranger à cette longue période de doute de sa prime jeunesse. Ce volume est indispensable pour comprendre quel homme et quel écrivain a été Ginsberg, mais aussi la vérité de la Beat Generation au-delà de tous les poncifs.




L'Esthétique des situations , Jacqueline Germé, Edilivre, 138 p., 17,50 euro.

Rarement, par les temps qui courent, quelqu'un n'a écrit un livre aussi pertinent et en même temps aussi divertissant que Jacqueline Germé, dont c'est pourtant le premier livre. Ce dernier est constituer d'une suite d'historiette, qui peut être lue comme un fabliau révélateur de quelque chose de significatif dans l'esprit de la mode (dans tous les domaine, du vêtement aux rites du café parisien). Et il faut dire que ces pages sont délicieuses. Sous leur apparenté futilité et leurs récits qui semblent aussi simples que bonjour, se cachent les mécanismes les plus profonds de nos comportements quotidiens. Cela va de la question du raffinement et même du dandysme modernes, jusqu'aux us et coutumes les plus triviaux, dans le souvenir de ce qu'avait fait Barthes avec ses Mythologies du quotidien . C'est écrit avec beaucoup de grâce et avec une sorte d'humour léger. Jacqueline prend la mode (ou les modes) très au sérieux. Mais elle en connaît les limités absurdes et les travers qui le sont encore plus. Cette fiction qui est aussi une réflexion sur le monde gel que nous le percevons hic et nunc , change la vision que nous en avons : et nous nous voyons soudain dans ce miroir comme l'un de ses personnages dont nous rions sans pitié. A lire sans attendre.
Gérard-Georges Lemaire
30-01-2014
 
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Verso n°122

L'artiste du mois : Valérie Rauchbach

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Christophe Cartier au Musée Paul Delouvrier
du 6 au 28 Octobre 2012
Peintures 2007 - 2012
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Christophe Cartier / Gisèle Didi
D'une main peindre...
Préface de Jean-Pierre Maurel


Christophe Cartier

"Rêves, ou c'est la mort qui vient"
édité aux éditions du manuscrit.com