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[verso-hebdo]
06-02-2014
La chronique
de Pierre Corcos
Jeux et sentiments
En 1966, Michel Foucault donnait une conférence radiophonique intitulée Le corps utopique. Il jouait brillamment sur les paradoxes et les possibles du corps avec, en filigrane, une visée (prémonitoire) d'utopie... Deux ans plus tard, Mai 68, puissante révolte collective libertaire, gauchiste, frondeuse et festive débridait la parole et les corps. Puis, l'année qui suivit, dans l'État de New York et à soixante kilomètres de Woodstock, se déroulait un éblouissant festival de musique qui, censé accueillir 50 000 personnes, fut envahi par un demi million de jeunes, libérant leur corps au son du rock, de la soul music, du folk. Danses, nudité, érotisme et, dans l'euphorie, jeux joyeux, y compris dans la boue qui avait couvert le champ après un violent orage. La fameuse « contre-culture des sixties » trouvait là son acmé.
Il est clair que le collectif féminin F71 fut animé, galvanisé par cette « grande rage utopique » (sic) dans son spectacle Notre corps utopique, monté à partir de la conférence de Foucault, mais aussi de textes de Deleuze et Guattari, Artaud, Burroughs, etc., et il y a peu représenté dans ce lieu stimulant, audacieux, riche en trouvailles : le Théâtre de la Bastille.
En général, pour que des textes non théâtraux puissent vivre sur la scène, il faut beaucoup d'imagination et un sens aigu de la transposition. Et voilà que par la chorégraphie, la pantomime, et différents moyens plastiques (dont... une reprise inattendue des Anthropométries d'Yves Klein !), les six comédiennes ont mis leur corps en jeu, secoué la pesanteur des conventions scéniques et retrouvé l'Enthousiasme, dans son merveilleux sens étymologique de « transport divin ». Vers la fin, des « spectateurs » (en fait d'autres membres du collectif) furent conviés sur scène à participer à des jeux figuratifs du corps, comme pour signifier que le prolongement de ces expériences libératrices, hors du théâtre, ne dépendait que de nous. Retrouver notre corps comme « bon conducteur d'intensités » (Lyotard).
Comment ne pas opposer, aujourd'hui hélas, tous ces jeux du corps, à la fois adolescents, enfantins, comiques, innocents et inventifs au ressentiment comminatoire, chargé en culpabilité, de ce néo-conservatisme et ce néo-puritanisme - d'inspiration politique droitière et religieuse intégriste - qui font retour ? A l'évidence ce collectif y a songé, en nous offrant, avec une conviction réjouissante, ce spectacle d'expression corporelle créative, inspiré par le meilleur des utopies d'il y a un demi-siècle bientôt.

Si le jeu, comme élément à la fois inventif (« faire des coups ») et libérateur (parce que débarrassé du fonctionnel, de l'utile), reste l'un des attributs essentiels du théâtre, l'émotion, le sentiment qu'il arrive à produire en nous est une caractéristique partagée avec d'autres arts, dont bien sûr le cinéma. Mais c'est encore au théâtre qu'un rendez-vous avec un sentiment, ici la tristesse, creusée si profondément, se produisit : La Mouette d'Anton Tchekhov, dans une bouleversante mise en scène d'Arthur Nauzyciel. Un spectacle créé dans la Cour d'honneur du Palais des Papes, pour le Festival d'Avignon 2012, et repris en janvier au Théâtre de Gennevilliers... Cette oeuvre nous installe dans la Perte. Perte des illusions, des autres, espérances rompues. Se joint à cette accablante perte un sentiment cruel de solitude (les amours ne sont pas réciproques) et de finitude (médiocrité, limites de chacun), où même l'art reste une aventure coûteuse et incertaine. Les vrais artistes souffrent et peuvent mourir inconnus, les imposteurs peuvent bien sûr faire florès.
Pour extraire de tous ces thèmes le bitume noirâtre, visqueux et lourd de la tristesse, Arthur Nauzyciel a pleinement utilisé tous les moyens d'un spectacle total. Du décor impressionnant à la danse hiératique, en passant par des costumes insolites, des projections de films et de poignantes musiques. Sa formation de cinéaste et de plasticien se perçoit dans les références filmiques (Arrivée d'un train à la Ciotat des frères Lumière, et le Judex de Georges Franju), dans ce flash-back inscrivant le chef d'oeuvre de Tchekhov dans une boucle temporelle ; et sa « peinture » de la scène ressemble fort à une réplique des oeuvres de Soulages...
La chair des espérances s'est désagrégée dans une inconsistance fantomatique, les illusions se sont évaporées. Il ne reste que l'affliction, et cette mise en scène la rend presque matérielle, déclenchant les sanglots de maintes spectatrices. Était-ce exactement le propos de Tchekhov ? Pas sûr. Mais qu'importe ici ? A une deuxième vocation du théâtre, il a été pleinement répondu. Et tout fut mis au service d'un sentiment. Profonde catharsis de la tristesse... pour que de nouveaux jeux joyeux puissent revenir .
Pierre Corcos
06-02-2014
 
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Verso n°122

L'artiste du mois : Valérie Rauchbach

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