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[verso-hebdo]
21-11-2013
La chronique
de Pierre Corcos
Écriture scénique
L'écriture scénique, au faîte de sa puissance, va bien au-delà du théâtre pur. Pour créer une espèce d'art total, elle utilise tous les langages du spectacle vivant : jeu des acteurs, musique, danse, cirque, lumières, mime, arts plastiques, etc., et même des éléments empruntés au cinéma. Elle peut également s'inspirer de traditions théâtrales extraoccidentales, d'esthétiques lointaines... Mais, pour maîtriser tous ces langages, inventer d'heureuses interactions entre ces multiples éléments, il faut du génie. C'est-à-dire que l'inspiration soit encore plus ample que la grosse boîte à outils !

Les grands maîtres en écriture scénique, peu nombreux, aimantent les foules, bien au-delà d'une spécialisation artistique. Pippo Delbono, par exemple, attire à lui des passionnés, qui n'aiment pas forcément le théâtre. Bob Wilson également suscite la curiosité, l'attente, non point pour un message théâtral particulier, un « contenu » (c'est un formaliste invétéré, « l'ennemi acharné du naturalisme », comme il le dit clairement dans un entretien récent avec Jean-Pierre Leonardini), mais sans doute pour une étonnante magie de la scène, débordant le théâtre, et qui nous fait probablement remonter, avec ravissement, à nos premiers émois enfantins de spectateurs. Au cirque par exemple...
Avec cette toute dernière création, The Old Woman - dont une oeuvre du poète russe Daniil Harms constitue non pas le texte mais le prétexte -, présentée triomphalement au Théâtre de la Ville en ouverture d'un beau cycle (on goûtera du Bob Wilson aussi bien au Théâtre du Châtelet qu'au Musée du Louvre) que lui consacre le Festival d'Automne, Bob Wilson nous offre une magnifique leçon sur l'art de l'écriture scénique.

Et tout d'abord, en préambule à la leçon, cette règle de ne pas partir avec une idée toute faite, mais plutôt de se fier à son intuition lyrique et à une sorte de rêverie éveillée. Dans un entretien avec Thierry Grillet, diffusé sur France-Culture il y a une vingtaine d'années, Bob Wilson s'écrie : « Je ne veux pas savoir pourquoi je fais une chose. Je ne veux jamais savoir pourquoi. Si tu sais pourquoi tu fais quelque chose, ne le fais pas ! Et je ne dis pas ça à la légère : ne le fais PAS ! ». Or, ce qui frappe dans son dernier spectacle, c'est la présence discrète de choses insolites qui ne font pas corps (mais peut-être sens, et après coup) avec le propos d'ensemble, marqué par un absurde tragique, de Daniil Harms. Sans aucun doute, Bob Wilson serait incapable de justifier, clairement expliquer leur présence !... Ensuite, il convient d'être attentif et accueillant à l'égard d'éléments qui surgissent peu à peu de la mémoire artistique, même s'ils semblent composites. On doit affiner cette étonnante capacité à se saisir d'esthétiques variées et, toujours selon une intuition globale, à les croiser... Ici par exemple, le comique merveilleux du cartoon rencontre les inquiétantes distorsions de l'expressionnisme allemand ; et les télescopages oniriques du surréalisme, les géométries du constructivisme font bon ménage avec l'esthétique du cabaret, du cirque et du music-hall ! Bien plus : voici que de suaves musiques coexisteront avec de sèches ponctuations sonores inspirées des claquements du Nô... Collage, observera-t-on. Mais le collage reste l'impression de surface, car en profondeur tous ces éléments interagissent en une savante partition. Enfin, il est préférable de laisser la « pensée plastique » (Francastel), plus que la démarche intellectuelle, symbolique, guider l'élaboration du spectacle. A la question sur sa méthode générale de travail, Bob Wilson répond sans hésiter : « Je commence toujours par une page blanche où dessiner ».

Alors voici le grand danseur Mikhaïl Baryschnikov et le talentueux acteur de cinéma Willem Dafoe sur la scène bleu nuit, dans The Old Woman, cette oeuvre confuse, ambivalente, et souvent marquée au sceau du non-sens, signée Daniil Harms. On ne s'attarde guère sur le propos vraisemblable de l'auteur : se défendre par l'absurde contre le stalinisme (le texte fut écrit en 1939) ou témoigner métaphoriquement des aberrations du système... Bob Wilson a oublié ces intentions pour leur préférer ses intensités. Et au final, il est vrai, ce que le spectateur retient, c'est la stylisation minutieuse de tous les langages de la scène convoqués ici, ces trouvailles d'un burlesque grinçant comme un affreux crissement de frein, ou cette ambiance lunaire crevée par une boule de feu, ou encore ces mouvements complexes, étranges des acteurs.
Donc pas vraiment de morale, de concept, de message, juste la prise de risque d'une écriture scénique à fulgurations, plasticienne. Pas vraiment un dessein, plutôt un dessin.
Pierre Corcos
21-11-2013
 
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Verso n°122

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