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[verso-hebdo]
05-12-2013
La chronique
de Pierre Corcos
Le son minimaliste
Le soir du samedi 23 novembre, au Collège des Bernardins, le Festival d'Automne de Paris avait programmé l'un de ces précieux moments où l'esthétique frôle le mystique, sans jamais heureusement s'y brûler… Riche de ses belles voûtes acoustiques et de sa longue histoire conventuelle, le lieu est coutumier de ces expériences intérieures portées par la musique. Un autre samedi, il n'y a pas si longtemps, le 5 octobre et dans le cadre de la Nuit Blanche, on avait pu écouter ici quelques chefs d'oeuvre du minimalisme musical.
Par son dépouillement, la suppression de la divertissante mélodie, l'immersion qu'il propose dans la substance sonore, l'attention religieuse qu'il exige pour écouter ses nuances subtiles, dès ses débuts le minimalisme musical doit se comprendre aussi comme démarche créative où la méditation, le recueillement ont toute leur place. Et nous aurions eu tort de négliger qu'Éliane Radigue, à l'honneur ce soir-là, se soit en 1974 convertie au bouddhisme tibétain et qu'elle suivit l'enseignement du grand maître Pawo Rinpoché.

Beau parcours minimaliste que celui de cette musicienne française, âgée de 81 ans, qui passa de la musique concrète (auprès de Pierre Schaeffer, puis de Pierre Henry dont elle fut l'assistante, elle apprend l'art de la manipulation expérimentale, et comment le support déjà fait oeuvre) à des recherches assidues sur synthétiseur et magnétophone, privilégiant - leçon minimaliste oblige - la restriction de la gamme, les temporalités étirées et les variations quasi-imperceptibles, et enfin se tourna en 2001 vers les pièces instrumentales, en s'intéressant à des instruments aussi rares (qui connaît vraiment le birbyne lituanien ?) que les sons qu'elle entend produire, dans les harmoniques et les sub-harmoniques tenus à faible niveau… « Souvent, l'enjeu c'est moins de faire émerger du silence un son, mais de faire en sorte que le silence reste présent, qu'il devienne lui-même d'abord vibration et puis son », dit-elle dans un entretien avec Pierre-Yves Macé. On trouve là sans doute l'une de ses originalités, car s'il est pertinent de comparer ses oeuvres à celles d'autres minimalistes de l'école américaine comme La Monte Young ou Phil Nilblock, ces derniers ne sont pas comme elle préoccupés par le risque qu'une note fondamentale prédomine sur d'infimes variations sonores.
Pourrait-on voir quelque chose de « féminin » dans cette délicatesse et réticence extrêmes ? Et, comme peu de femmes sont connues et reconnues dans la sphère de la composition musicale, serait-ce là une esquisse « genrée » de ce qui, dans l'acte de création musicale, caractériserait la touche féminine ?… Ou alors doit-on interpréter ces variations ténues aux confins du perceptible comme l'un des effets de la méditation avec support visuel ? Après tout, Éliane Radigue confie, dans le même entretien : « Chaque solo est guidé par ce que j'appelle une «image». Cette image peut être un lieu que les musiciens connaissent, ou bien un espace imaginaire ; dans tous les cas, elle établit la structure de l'oeuvre ». Et de citer comme exemple une cascade, ou bien la mer venant s'étaler sur une plage de sable : deux exemples classiques en méditation thématique, exigeant une attention soutenue aux délicates et multiples variations.

Dans le Collège des Bernardins, pour ce concert d'Éliane Radigue (Naldjorlak I, II et III), autour d'un petit espace pour un maximum de trois musiciens, des rangées de transats rayés et, le long des murs, d'étroits bancs de pierre couverts de coussins. Vaut-il mieux être assis dans l'abandon d'une chaise-longue pour bien recevoir ce genre de musique ? Pas sûr ! La raideur de la posture assise pourrait davantage inciter à une contention d'esprit. En tous cas, ce genre de musique de l'infra, de l'infime, où les musiciens, par l'extrême maîtrise de leur instrument exigée, sont soumis à rude épreuve, ne tolère pas le bruit, le parasitage. Une auditrice qui toussait un peu a très vite quitté la salle… Entre le son et le silence, les harmoniques et leurs modulations, le jeu des interprètes et la réponse acoustique de ces voûtes, quelque chose de fragile se trame qu'un rien peut déchirer. Il en va de même pour nos pensées vagabondes qui peuvent interférer avec cette frêle émission sonore. Et c'est là un problème sans doute général du minimalisme musical qui, réduisant au maximum la succession attractive des événements musicaux, ne jouant pas sur les séductions du chromatisme, répétant ou étirant un même motif, requiert une attention soutenue à laquelle notre époque nous déshabitue hélas.
Mais lorsque nous maintenons tendue notre perception des infimes nuances, nous éprouvons un sentiment de triomphe. Sous la répétition se tramait la différence. Leçon minimaliste…
Pierre Corcos
05-12-2013
 
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Verso n°122

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