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[verso-hebdo]
11-12-2013
La chronique
de Pierre Corcos
Mémoire résistante.
Par leur possible prolongement en esprit d'utopie et conscience historique, deux facultés humaines aiguisent le sens critique : l'imagination et la mémoire. Aussi les régimes totalitaires détestent-ils ce qui met en question le présent qu'ils imposent - supposé "meilleur des mondes" - par le juste rappel du passé ou la projection en un futur alternatif. Les régimes totalitaires vont même jusqu'à gommer ou réécrire des séquences entières de l'Histoire... Mais, sans aller jusqu'au totalitarisme, il suffit qu'une idéologie soit dominante, et veuille le rester, pour qu'elle pose le système qu'elle représente comme seul possible : on connaît le fameux et arrogant T.I.N.A de l'ultralibérale Thatcher : There Is No Alternative... Par ailleurs, il suffit d'attendre patiemment que les anciennes générations disparaissent, et que les médias aux ordres aient accompli leur tâche quotidienne d'effacement et de divertissement, pour qu'une nouvelle génération entière ne puisse même plus concevoir qu'un autre monde ait existé, avec d'autres pratiques et d'autres valeurs.

Le film documentaire de Gilles Perret, Les jours heureux, redonne une mémoire sociale à ceux qui ne l'ont pas, sont en train de la perdre ; ou encore à la minorité agissante qui veut gommer certaines pages de notre Histoire. Entre mai 1943 et mars 1944, en pleine occupation nazie du territoire français, seize hommes, des résistants issus de différents bords politiques et syndicats, rédigèrent le programme, largement oublié aujourd'hui, du Conseil National de la Résistance... Le premier volet de ce programme, un plan d'action immédiate, préparait l'insurrection nationale. Mais le second exposait les « mesures à appliquer dès la libération du territoire ». Comme le rappellent avec force certains vieux résistants interviewés dans le film, ces mesures procédaient d'un idéal social et humaniste, offrant une raison supplémentaire de libérer la France, mourir pour le bonheur des générations à venir. Ce programme s'intitulait d'ailleurs... Les jours heureux ! Et l'on y décèle aussi bien le sens gaullien de l'État, inspiré du colbertisme, qu'une solidarité sociale, sous forme de redistribution économique, marquée par les programmes socialo-communistes. Et dans cette utopie concrète, on trouvait pêle-mêle le plan complet de notre sécurité sociale, l'instauration d'une véritable démocratie économique, le contrôle de la finance et des sources d'énergie par l'État, une planification concertée, la retraite assurée pour les vieux travailleurs, les comités d'entreprise, la liberté de la presse, etc. C'était la reprise et l'effectuation, en les modernisant, des grandes valeurs républicaines: liberté, égalité, fraternité. C'était aussi la naissance d'un État social offrant protection et sécurité à tous les citoyens. État social que la grande réaction néo-libérale n'a eu de cesse, à partir des années 80, de systématiquement démanteler.
On sait que le livre, à l'immense succès, Indignez-vous ! de Stéphane Hessel (présent dans le film de Gilles Perret) nourrit cette indignation de la mémoire vive de ce programme conçu par le CNR. Raymond Aubrac, Stéphane Hessel, Robert Chambeiron, Léon Landini, etc. s'adressent à nous dans l'émouvant film de Gilles Perret, et leurs évocations parlent autant de leur douloureux passé que de notre incertain futur. Si le monde a profondément changé depuis l'après-guerre (mondialisation, économie ouverte), l'esprit de résistance est de tous les temps, nourri d'exemples passés (conscience historique) et d'esprit d'utopie (imagnaire social). Il ne faut jamais croire que tout est joué.

Autre exemple de film documentaire mémoriel à visée résistante : L'esprit de 45 signé Ken Loach, et sorti sur nos écrans il y a quelques mois... A partir des récits de témoins, d'archives nationales britanniques, le réalisateur nous rappelle l'idéal social de justice et solidarité qui a émergé à la fin de la guerre, se traduisant par l'élection d'un gouvernement travailliste sous la direction de Clement Attlee, et par la construction progressive d'un Welfare State. C'est à la fois une leçon d'histoire et un manifeste politique, l'une étayant l'autre. Un rappel de l'amélioration rapide du niveau et de la qualité de vie des Anglais entre 1950 et 1960. A ruminer sans cesse...

Dernier exemple : le film Holdomor, le génocide oublié de Bénédicte Banet, racontant cette famine artificielle, génocidaire, provoquée par Staline dans les années 1932-33 en Ukraine. Un immense silence était tombé sur ce génocide indirect. Il fallait que les Ukrainiens oublient ! Mais la mémoire refoulée, bien longtemps après fait retour et de façon tapageuse... Étonnez-vous ainsi de la révolte actuelle des Ukrainiens qui préfèrent mille fois une association entre leur pays et l'Europe que ce qu'ils appellent la « trahison de Ianoukovitch » les plaçant sous la férule de Moscou !
Pierre Corcos
11-12-2013
 
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Verso n°122

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