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[verso-hebdo]
26-09-2013
La chronique
de Pierre Corcos
Comédies italiennes
Varier la tension de la corde et, pour que l'esprit tressaute dans le rire, en bien tenir les deux bouts. À un bout le sens de la fête, le vertige, la confusion, et à l'autre, du malheur, de l'absurde ou de l'interdit. Au théâtre, au cinéma, la comédie dévoile toujours cette ambivalence. Et les comédies italiennes nous séduisent d'autant plus que cette culture s'est, avec une vivacité remarquable, illustrée dans le genre.

Carlo Goldoni s'est à la fois inspiré du burlesque de la commedia dell'arte et du réalisme de Molière, nourri de l'observation aiguë des mœurs, des sociotypes, et des situations complexes auxquelles son expérience de juriste l'avait ouvert. Avec La Locandiera (Théâtre de l'Atelier), Goldoni nous offre une comédie raffinée, où l'analyse psychologique croise la compréhension des rôles et des classes… Mirandolina tient un hôtel à Florence, et tous ceux qu'elle loge l'apprécient, sauf un bourru misogyne, le Chevalier Ripa'Fratta, qui la méprise. Ulcérée dans son amour-propre, l'image de son sexe étant dégradée, elle va relever le défi de la séduction et, en devenant le miroir valorisant du Chevalier, faire craquer sa misogynie et même finir par le rendre amoureux. Mais Mirandolina s'est prise au jeu : une inclination pour le Chevalier est furtivement née. Bien sûr elle a gagné son pari, mais si elle finit par épouser Fabrizio, un homme de sa condition, c'est parce qu'on ne sort pas facilement de sa classe… On rit de la grossière misogynie du Chevalier, certes, de la mécanique de séduction enclenchée par la logeuse, des grotesques rivalités de rang entre le Marquis Forlipopoli et le Comte d'Albafiorita - personnages secondaires et significatifs -, mais tragique demeure le fond de l'histoire : l'amour est peu de choses confronté au mur des classes sociales. Et, par le jeu de Dominique Blanc et André Marcon, l'éclairage et la musique d'accompagnement choisis, la mise en scène de Marc Paquien rend bien compte de l'ambivalence propre à la comédie, réussissant à nous amuser avec un état des choses (social, psychologique) pour le moins regrettable et critiquable.

Dans Homme et galant homme, le dramaturge napolitain Edouardo De Filippo (1900-1984), auteur d'un abondant répertoire de comédies populaires en dialecte napolitain, qu'il adaptait parfois au cinéma, mêle le comique de « répétition » (au double sens du terme, puisque l'on rit, entre autres choses, des foireuses répétitions théâtrales d'une troupe de comédiens sans le sou), à l'intrigue amoureuse tordue avec adultère (un riche comte plus âgé que son épouse, qui le trompe avec l'impresario de la troupe théâtrale) et au dérapage dans la folie (en galant homme et pour sauver l'honneur de sa maîtresse, l'homme en question feindra la démence), jouant ainsi avec les grands ressorts du comique. Ressorts grinçants qui, hors l'ambiance festive et légère de la comédie, peuvent générer un sentiment pénible d'absurde ou au moins d'anxiété… La mise en scène, parfois brouillonne, de Patrick Pelloquet rend bien cette contagion de la folie comique, feu courant sur une traînée de poudre sinueuse, déroutant l'esprit critique ou la quête de vraisemblance, et allumant le dionysiaque bouquet final de l'énergie libérée. La comédie, jouée d'abord en 1926 à Naples, représentée aujourd'hui pour la première fois à Paris (Théâtre 14), si elle témoigne de mœurs révolues, nous montre que les procédés comiques résistent bien à l'Histoire. La commedia dell'arte n'est jamais très loin. Enfin l'on imagine avec regret ce qu'en napolitain, et avec la gestuelle d'une expressivité réjouissante qui l'accompagne, aurait donné la pièce !

Minable escroc, cabotin vantard, indolent séducteur, fanfaron cupide… La galerie de mâles italiens filmée par Dino Risi dans Il signo di Venere (1954) offrirait, dans une kermesse de féministes radicales, une abondante réserve de balles de son pour jeu de massacre ! A côté, les deux héroïnes, Agnese (Sophia Loren), douce, aimante, débordante de compassion, et surtout Cesira (Franca Valeri), intelligente, fine, désespérée par tant de masculine médiocrité, paraissent sublimes… Si, ouvrant la série talentueuse des « comédies à l'italienne », dont Risi fut l'un des grands maîtres, le film sort du néo-réalisme, il en porte les marques grises et noires. On va rire sans doute des tares masculines, des braillements familiaux, de scènes dérisoires et répétées (cette tentative de vendre une voiture, en fait volée, par tous les moyens possibles et imaginables). Mais le destin de ces femmes piégées par une condition familiale puis matrimoniale étriquées, mesquines, des rêves sentimentaux à vingt Lires, un quotidien maussade, tire trop sur un bout de la corde dramatique. Et là, on ne rit plus du tout.
Pierre Corcos
26-09-2013
 
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Verso n°122

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