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[verso-hebdo]
05-02-2015
La chronique
de Pierre Corcos
Alcool
Étonnante alchimie de l'alcool qui, à juste dose, allège l'humain de ses fardeaux, lève ses blocages, stimule son inspiration jusqu'à même divinement l'exalter (« l'homme ivre s'entretient avec les dieux », affirme un proverbe chinois) mais qui, en grande quantité, l'assomme de désespoir, plombe son organisme et le pousse, titubant, jusqu'au bord du gouffre... Un spectacle et une pièce de théâtre contribuent à offrir, de l'ivresse, deux représentations justes et complémentaires : l'une, émoustillée, papillonne sur les vapeurs éthyliques, et l'autre enfonce les beuveries jusqu'au dégoût de vivre...

Le charmant spectacle d'Alexis Armengol et de sa compagnie « Théâtre à cru », Sic(k), s'est achevé il y a quelques jours au Théâtre Monfort. Un spectacle en goguette, fusant de citations d'auteurs (Deleuze, Duras) mêlées de conversations, de témoignages anonymes glanés ici et là. Une démarche tout à fait démocratique, un peu chaloupée, où nos hiérarchies flageolent, chancèlent... Interruption musicale ici à la guitare électrique, sketches humoristiques de comédiens là, et différents points de vue saisis sur le vif. L'ambivalence, les interrogations, les doutes prévalent sur les assertions, et il s'en suit une représentation contrastée de l'ivresse, plutôt affirmative. « Ce paysage en considère les territoires les plus obscurs comme les plus lumineux : répéter ses excès et dégrader son corps, mais aussi huiler nos rapports sociaux, échapper aux conventions et à la linéarité du temps, éclairer nos recherches existentielles », écrit Alexis Armengol, qui a réalisé les entretiens avec toutes ces personnes ayant parlé de leurs désirs, sensations, plaisirs en toute liberté, et déployé le voile rutilant de leur ivresse. Oui, les gens racontent ainsi (sic) leur ébriété, oui les gens peuvent finir par être malades (sick) de leur addiction. Et voilà Sic(k), un puzzle textuel qu'une main folâtre n'a pas voulu reconstituer, un kaléidoscope tournoyant qui vient griser les spectateurs... Les questions, pétillantes, remontent à la surface : quel trou on creuse ? Qu'est-ce qu'on remplit ? Il est où le fond ? Est-ce que quelque chose se cache derrière ? A quoi on a accès ? Etc... S'il prétendait résoudre ces problèmes ardus - somme toute philosophiques -, le spectacle d'Alexis Armengol aurait une prétention didactique. Mais son propos est festif, de pure convivialité. Dans le genre : quatre copains se retrouvent dans un bistro et parlent à bâtons rompus sur le thème « quels rôles divers a joué, dans notre existence, la dive bouteille ? »... Amours, extases, chutes, délires... On éclate de rire, on raconte, on s'interrompt, on se verse à boire. Voici ce qui nous rassemble, voilà ce qui nous distingue... Rien ne fut tranché. On est reparti un peu éméché, ce fut une excellente soirée. Comme Sic(k).

Greta Garbo interprétait le rôle d'une prostituée dans son premier film parlant (signé Clarence Brown), adapté d'une pièce éthylique, désespérée d'Eugene O'Neill : Anna Christie. Veine maritime, naturaliste de l'auteur dramatique américain. Mais aussi symbolique, où la dure condition des marins au long cours, les poisseux brouillards, l'océan duquel on ne réchappe jamais composent, avec les continuelles bitures des personnages, un mauvais genre de musique de l'âme. Cette déploration à laquelle jamais il n'est possible de se soustraire...
À l'affiche du théâtre de l'Atelier, dans une pertinente mise en scène de Jean-Louis Martinelli (mais dans une adaptation un peu limitative de Jean-Claude Carrière), la pièce d'O'Neill raconte l'histoire d'un père qui retrouve sa fille après l'avoir abandonnée, puis la reperd, mais aussi l'histoire d'un grand amour qui se brise sur une révélation. Dans ce bar minable de New-York où les mots, tant ils sont gorgés d'alcool, montent à peine à la bouche, la désolation est aussi grande qu'au milieu de l'océan verdâtre. Elle est aussi longue que l'attente des femmes guettant le retour de leur mari, frère ou fils partis en mer... La pièce se déroule, rappelle Martinelli, dans « des brouillards portuaires, des mers agitées, des bars où les alcooliques côtoient les prostituées ». O'Neill, qui fut aussi marin, a connu les affres de l'alcool. Et, au-delà de l'intrigue frisant le mélodrame, toute sa pièce évoque le cauchemar d'une mauvaise cuite. On sait que le vin triste inspire les pensées galériennes du taedum vitae... Par les musiques, le décor qu'il a choisies, le metteur en scène a bien rendu l'atmosphère oppressante, pathétique où se reconnaît le théâtre d'O'Neill. Mais si Fédor Atkine (le père) est bien dans son rôle de brute définitivement malheureuse, Mélanie Thierry (Anna Christie), sans doute plus à l'aise au cinéma (on l'avait appréciée dans La Princesse de Montpensier de Bertrand Tavernier), ne parvient guère à être bouleversante, comme si elle ne prenait pas assez de risques, soucieuse de plaire au plus grand nombre. Tant pis...
Restent la brume, les sirènes, les flots d'alcool où se noient les espérances, où le désir perd ses contours.

Bref, qu'ils l'aient eu gai ou triste, comme disait l'humoriste et acteur américain W.C. Fields, « plus d'hommes se sont noyés dans l'alcool que dans la mer ».
Pierre Corcos
05-02-2015
 
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Verso n°122

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