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[verso-hebdo]
05-03-2015
La chronique
de Pierre Corcos
Futurs enjeux du street art
Jusqu'au 1er mars, l'Espace Fondation EDF a mis à l'honneur le street art : #Streetart, l'innovation au coeur d'un mouvement. Une tentative supplémentaire pour expliquer au plus grand nombre (l'exposition était gratuite...) l'art urbain, tenter également d'anticiper ses nouvelles techniques et formes d'expression. L'exposition bruissait de tous ses visiteurs, des médiateurs remplirent très bien leur office, les classes se sont succédées avec leur instituteur ou professeur, tous les âges ou presque communiaient dans l'exaltation de cet art furieusement à la mode. Le commissaire de l'exposition, Jérôme Catz, était sûr de jouer gagnant.

Un consensus si uniforme domine en la matière que, paradoxalement, des éléments de dissension rénoveraient tous ces discours lénifiants et convenus sur le street art. Citons alors quelques propos discordants... Il existe encore - on en rencontre de temps en temps, tout de même - des individus réservés sur la chose, voire hostiles à cette forme d'expression. Quand ils ne se bloquent pas sur le vandalisme et les déprédations dont les tagueurs se font les héros, ils moquent le kitsch des « bubble letters », les stéréotypies de formes, les médiocres images clichés, ou tous ces traits criards à l'inspiration niaise. Bien loin de s'extasier devant les lignes géniales des graffeurs, ces gens-là parleraient volontiers de... stries tartes !
Mais il existe un autre dissensus, plus fécond. Il concerne l'institutionnalisation et la marchandisation empressées du street art... Transposé dans le cadre officiel du musée ou l'espace commercial des galeries, ne cesse-t-il pas illico d'être un mode transgressif, spontané, ludique d'appréhender l'espace urbain ? Récupéré par la publicité (une section de l'exposition s'appelle « street art et communication »), les jeux vidéo (Ubisoft a commandé au street artiste Christian Guemy, alias C125, vingt illustrations pour ses jeux vidéo), les grandes entreprises (EDF, dans cette exposition, se vante de faire travailler des street artistes dans certains de ses sites), le street art ne perd-il pas en autonomie ce qu'il gagne en reconnaissance généralisée, via son instrumentalisation ?
Voilà quelques éléments de discussion, débat, parmi d'autres (quid de certaines innovations technologiques faisant entrer l'art urbain dans de savants « process » d'arts numériques ?) ; ils visent surtout à laisser au street art son alacrité insolente, son inscription vivace dans une dialectique porteuse, signifiante, et son inventivité à la dimension critique, protestataire, utopique.
Mais cette exposition, elle, pariait plutôt sur les innovations techniques du street art - Fondation EDF oblige - pour lui garantir vitalité et avenir fécond.

Tout de suite, le Water Light Graffiti, au rez-de-chaussée de la Fondation EDF, nous montrait comment, avec un pinceau mouillé, on peut sur un mur noir, allumer des micro-ampoules LED et réaliser des graffitis lumineux. Au sous-sol, une cabine de Light Graff révélait la manière dont, à partir d'une petite lampe de poche, il est possible de dessiner en couleur sur sa photo numérisée. D'autres exemples, du même acabit, suggèrent que la créativité du street art se nourrira de ses innovations, surtout technologiques. C'est, après tout, le titre de l'exposition... Cependant un historique de ce phénomène d'ampleur, dans une longue vitrine, montrait qu'à la succession des techniques correspond une variation des pratiques et de leurs significations : affiches, calligraphies au marqueur, pochoirs, peintures murales, bombe aérosol, etc. n'ont pas la même portée. Par exemple, on peut opposer des graffitis à dimension politique, sociale, de forme sobre, à tout un street art baroque, esthétisant, boursouflé. Jusqu'au fameux « wild style », étonnant de complexité... Il faut s'interroger aussi sur les effets croissants d'internet : par sites web, blogs, magazines « on line », on partage instantanément les photos et vidéos numériques des créations du street art, d'un bout à l'autre du monde. Le virtuel et le global supplantent le réel et le local. Ce qui laisse songeur : que reste-t-il alors de l'investissement fondateur sur la rue, cette rue ? De la mise en valeur de son histoire, de son espace propre, ou de la subversion d'une signalétique ?
Le commissaire d'exposition a choisi de mettre largement en valeur deux street artistes : Shepard Fairey (USA) et JR (France), soit... Mais ne sont-ils pas plus consensuels que l'ironique et délirant Banksy (Royaume-Uni), inscrit avec insolence dans cette dialectique de négativité créatrice dont il est fait mention plus haut ? Mais, au-delà du choix des street artistes, de la glorification inconditionnelle du street art en général, on voit bien que les questions posées dépassent l'innovation technique ou les seules questions d'esthétique.

Le mérite (involontaire ?) de l'exposition tient en ce qu'elle nous incite à nous interroger également, de multiples façons, sur des enjeux sociopolitiques à venir : quelle ville et quels rapports à la ville, en effet, désirons-nous ?... Une ville où les espaces sont divisés, cloisonnés en fonctions multiples ? Une ville dominée par la circulation continuelle - l'espace public n'étant plus alors qu'un lieu de passage où la publicité règne en impératrice de l'image -, la voiture, la vidéo-surveillance, et bien sûr l'omnipotent commerce ?
A l'évidence, ce n'est pas ce « meilleur des mondes » dont rêve le street art !
Frondeur, coloré, marginal, populaire, ludique, offert à tous, parfois contestataire, souvent humoristique, le street art en appelle à un rapport alternatif à l'espace urbain. Et sa reconnaissance officielle, commerciale, pompeuse risque de biaiser des enjeux bien plus significatifs globalement que ceux de sa muséification ou de sa cote dans telle galerie...
Pierre Corcos
05-03-2015
 
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