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[verso-hebdo]
31-03-2016
La lettre hebdomadaire
de Jean-Luc Chalumeau
L'affaire Arnolfini
Les célèbres époux Arnolfini ne faisaient plus guère problème depuis longtemps, mais voici que Jean-Pierre Postel nous rappelle qu'il s'agit d'une affaire au sens des romans policiers, et d'ailleurs il définit son livre qui vient de paraître, L'affaire Arnolfini, comme un « roman d'investigation » avec pour sous-titre : « enquête sur un tableau de Van Eyck » (Actes Sud, 160 pages, 18 euros). Notons que Van Eyck n'avait pas donné de titre, ce qui fait que, pour Elie Faure, il s'agissait simplement d'un « Marchand flamand et sa femme » qui lui inspirait, vers 1909, une belle envolée sur ces « marchands avides et probes » accompagnés de « femmes résignées à leur tâche et dont les flancs portent presque toujours leur fardeau pesant et profond... ». A propos du tableau lui-même, aucun commentaire, aucun repérage de quelque uns des innombrables détails qui défient l'amateur depuis 1434 : Elie Faure affectionnait les idées générales. Le grand Ernst Gombrich, en 1972, donnerait une identité au marchand flamand : un italien en fait, Giovanni Arnolfini, venu pour affaires aux Pays-Bas, en compagnie de sa femme que l'historien d'art nommerait sans hésiter Jeanne de Chenany. Du tableau, Gombrich ne trouverait à s'émerveiller que de sa précision réaliste : « comme par miracle, un coin du monde réel se trouvait fixé sur un panneau... ». Quant à H.W. Janson dans sa monumentale histoire de l'art, il voit surtout dans le tableau un aspect qui n'avait pas non plus échappé à Gombrich : il s'agit d'un « Portrait de mariage » et, dans le fameux miroir convexe du fond de la chambre nuptiale, il insiste sur les deux personnes dans l'embrasure de la porte dont « l'une d'entre elles devrait être l'artiste, à en croire l'inscription en lettres fleuries au-dessus du miroir : « Johannes de Eyck fuit hic » (qu'il traduit par Jan Van Eyck se trouvait ici ) portant la date 1434 ». Et Janson de conclure ce qui sera pour longtemps l'universelle explication du tableau jamais remise en question : « Jan a donc servi de témoin ; sa peinture, exacte représentation de ce qu'il a vu, équivaut à un certificat de mariage ».

Cette dernière observation n'est en rien contredite par le regretté Daniel Arasse, quand il s'intéresse à ce miroir et à cette signature pour signaler que « le cas des Epoux Arnolfini confirme que signature nominale et signature figurée sont investies de fonctions différenciées. Nous ne sommes pas sûrs que l'une des personnes du miroir est bien Jan, si bien que « le corps représenté de l'auteur n'a pas le même statut que le « corps historique » du signataire : il a celui d'un « corps fictif » qui, à des titres divers, participe de la fiction représentée ». (Le sujet dans le tableau, Flammarion, 1997, p. 36). Tout cela est bien intéressant, mais ne nous fait pas véritablement entrer dans « les secrets du tableau de Van Eyck » comme l'annonce l'éditeur de Jean-Philippe Postel. Ce dernier, médecin, a défini son livre comme « l'application à une oeuvre picturale des méthodes de l'observation clinique attentive ». Le résultat est proprement stupéfiant, comme le note Daniel Pennac dans sa préface. Il croyait bien connaître le tableau de la National Gallery, eh bien « ces pages que je tournais à toute allure, me démontraient clairement que je n'avais pas vu ce que j'avais vu, que je n'avais rien vu de ce qu'il y avait à voir ! »

Pour commencer, l'observateur clinique note que Van Eyck a écrit « Johannes de Eyck fuit hic 1434 » et non pas « fecit » ou « complevit ». Non pas « fit » ou « acheva » ce tableau en 1434, mais : « Jan Van Eyck fut celui-ci en 1434 ». Phrase doublement ambiguë qui ne dit pas que le tableau date de 1434, mais que la scène représentée a eu lieu cette année-là. « Et elle se garde bien de nous informer si, de cette scène, Van Eyck fut le témoin ou le protagoniste. Elle place le tableau sous le signe du double sens ». On a déjà deviné que l'impeccable démonstration de ce livre haletant fait bien de Jan Van Eyck lui-même (et non pas l'hypothétique Arnolfini) le protagoniste d'une scène peinte dont les multiples double sens sont révélés un à un. Mais pourquoi, mais comment ? Pas question de donner ici au lecteur la clé d'un « roman d'investigation » superbement construit, étayé par une connaissance parfaitement documentée de l'ensemble de l'oeuvre de Van Eyck. Un livre qui aurait fort réjoui Daniel Arasse, lui qui attachait tant de prix aux détails, un livre qui aurait certainement déconcerté Gombrich ou Janson et franchement abasourdi le bon Elie Faure...
J.-L. C.
verso.sarl@wanadoo.fr
31-03-2016
 
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Verso n°108

L'artiste du mois : Marie Morel

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