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[verso-hebdo]
17-04-2014
La chronique
de Pierre Corcos
Tout public
Les spectacles de Miet Warlop ressemblent au rêve agité d'un clown féru de Pollock, ou d'un peintre surréaliste hanté par le cirque. Miet Warlop est une artiste belge d'arts visuels qui s'est convertie au spectacle vivant. Il y a une dizaine d'années, elle a obtenu son Master en arts visuels de l'Académie royale des Beaux-Arts de Gand. Comme elle y a étudié l'art tridimensionnel, l'inspiration de croiser scène et arts visuels s'est suffisamment imposée à elle pour que sa créativité nous ait coup sur coup offert le spectacle surréaliste Big Heap/Mountain et fantaisiste Springville. Largement diffusés, ces deux spectacles témoignent d'une langue neuve, universelle, dont l'étrange, l'onirique font la grammaire...
Avec Mystery Magnet, qui s'est joué au Théâtre de la Cité internationale jusqu'au 15 avril, nous avons eu droit à ce que l'artiste a défini comme (sic) « une boucherie de tendresse » ! Le sang des couleurs se répandait sur la scène, s'écoulant de tout ce que les protagonistes découpaient ou crevaient. Des femmes sans tête (référence à la femme 100 têtes de Max Ernst ?), un hirsutisme à la Meret Oppenheim, des giclées de couleurs pollockiennes, une soudaine pluie de dards (clin d'oeil à l'oeuvre dard ?) composaient une série de performances inspirées, érudites. Mais aussi (car c'est du théâtre), ce personnage d'obèse absurde, omniprésent, symptomatique de notre monde, puis des installations vivantes et des sculptures animées, mugissantes, de très hauts pantalons marchant tout seuls, une saynète grotesque, mais qui rappelle une crucifixion, des accessoires kitsch pouvant valoir comme symboles sexuels, une étonnante composition sonore... Tout ce micmac insolite proposait aux spectateurs un rébus à déchiffrer. Miet Warlop nous racontait-elle quelque chose d'épouvantable avec un langage féerique, ou alors de merveilleux dans une inquiétante écriture plastique, scénique ? Quelle que soit la réponse, il se trouve qu'aussi bien des enfants, des adolescents que des adultes applaudissaient à ce beau spectacle, dit « tout public ».

Certains spectateurs adultes, n'ayant pas ou plus d'enfants à charge, se croient avisés en fuyant a priori les spectacles dits « tout public ». Si on les interroge sur cette attitude, ils répondent d'un air entendu que cette formule désigne de façon détournée, euphémistique, les spectacles pour enfants et n'a qu'une fonction commerciale, puisqu'elle vise à ce que le maximum de parents puisse venir. Et, ajouteront peut-être ces spectateurs très mûrs, qui ne perdent jamais leur temps, un spectacle pour enfants reste souvent niais, simpliste et immature pour un adulte, qui va s'y ennuyer à mourir. Le seul plaisir, éphémère, qu'à l'extrême rigueur ils concèderont, serait celui d'entendre les rires des enfants dans la salle...
Certes, il est exact qu'un certain nombre de spectacles pour enfants, donc cryptés « tout public », semblent avoir été conçus avec des oeillères, des idées fausses ou limitées sur l'enfance, ce qui les rend soporifiques ou horripilants. Mais Catherine Dasté hier, se nourrissant bien en amont de la création, de l'imaginaire enfantin, Joël Pommerat aujourd'hui, ayant pleinement développé la dimension initiatique des contes pour enfants - pour citer juste ces deux exemples - ont montré que ce théâtre-là n'était pas du tout un genre mineur !
Par ailleurs, il existe des spectacles véritablement tout public et de grande valeur : ceux-là interrogent avec profondeur les arts du spectacle vivant. En effet, pour être compris et appréciés par tous, quel que soit l'âge, ils ont souvent recours à la langue universalisante de l'imaginaire, c'est-à-dire aux mythes et aux symboles. D'où cette poésie les nimbant de mystère... En outre, ces spectacles travaillent finement sur le monde des objets, qui fascine les enfants et intrigue les adultes, ils ont tendance à intégrer d'autres arts sur la scène (mime, arts plastiques, danse, cirque, etc.), ils soignent davantage le choix des costumes, des accessoires et de la musique. Aussi, de très grands spectacles, appréciés il n'y a pas longtemps, se trouvèrent codés « tout public »... Il suffit de se rappeler ce summum de l'expressivité burlesque que fut le création collective Semianyki par la troupe russe du Teatr Licedei, ou Le cirque invisible de Victoria Chaplin (digne fille de son père !) et Jean-Baptiste Thierrée : l'humour, la poésie, l'inventivité, une grâce qui, à certains moments, accédait au sublime... Il suffit également d'évoquer tout ce qui s'invente aujourd'hui dans le « nouveau cirque » ou les arts de la rue. Une ligne de fuite sinueuse traversant les âges...

Alors, ami adulte, n'évite pas a priori les spectacles estampillés « tout public », et n'oublie pas ce que disait le poète Wordsworth : « l'enfant est le père de l'homme ».
Pierre Corcos
17-04-2014
 
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Verso n°124

L'artiste du mois : Daniel Authouart

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