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[verso-hebdo]
18-11-2021
La chronique
de Gérard-Georges Lemaire
Chronique d'un bibliomane mélancolique

Il mito di Venezia, da Hayez alla Biennale, sous la direction d'Elisabetta Chiodini, METS, Novara, 336 p., 35 euro.

Pour tout un chacun, l'image que nous aimons et que nous cultivons de Venise, est celle que nous ont laissé les peintres du XVIIIe siècle, comme Canaletto ou bien Guardi. A une époque où cette grande puissance de la Méditerranée a déjà bien amorcé son déclin, on a le sentiment que ces artistes ont voulu retenir toute sa beauté avec l'intuition qu'elle est désormais menacée. Le choix qui a été fait pour l'exposition présentée au sein du château de Novara jusqu'au 13 mars 2022 est quasiment l'opposé de cette vision : les artistes retenus ont presque tous du milieu ou de la fin du XIXe siècle et, à l'exception de Hayez, sont plus ou moins liés à une conception naturaliste de la peinture. Les grands monuments, les somptueux palais et les magnifiques architectures qui se reflètent dans les eaux de la lagune ou sur celles des canaux sont relégués au second plan ou souvent n'apparaissent même plus. Avec eux, nous découvrons une cité qui est celle des habitants les plus modestes, celle des marins, des pêcheurs, des artisans -, en somme du petit peuple. A de rares exceptions près, nous sommes conviés à pénétrer dans les quartiers déshérités ou à contempler des paysages qui n'ont pas grand chose de pittoresque.
Cette exposition nous fait comprendre qu'un certain nombre d'artistes ont voulu donner de Venise une vision plus discrète, plus cachée, pas le moins du monde destinée à séduire le voyageur étranger. Leur sujet est d'abord la vie quotidienne et donc les habitants les plus humbles. Prenons l'exemple de Guglielmo  Ciardi  (1842-1917), qui a fait ses études artistiques à l'Académie de Venise, mais qui a choisi de représenter avec indépendance la navigation  dans la lagune avec beaucoup de réalisme et sans jamais chercher des effets spectaculaires. Il semblerait qu'il se soit inspiré de la peinture hollandaise du XVIIe siècle en essayant de capter une réalité qui n'est pas extraordinaire mais qui n'en a pas moins ses lettres de noblesse. C'est la cité laborieuse qui est mise en avant dans une sorte de paix où le temps est suspendu. Une certaine poésie est présente dans les scènes qu'il décrit avec des paysages  qui ne sont pas dépourvus de charme. Mais rien dans son style ne paraît déroger à la traduction du réel.
Avec le temps, il s'est    orienté vers des tonalités plus soutenues, mais toujours  avec tempérance. A partir de années 1890, il donne plus de mouvement à ses compositions en donnant une majeure  accentuation du mouvement de son écriture, comme on peut le remarquer dans Soleil d'automne  (1891). La plupart des peintres qu'on découvre dans ce florilège artistique  se sont appliqués à traduire le mode de vie des Vénitiens. Ettore Toti (1859-1941)  a aimé peindre les lavandières qui travaillent et même dans des scènes plus légères, comme Rayons de soleil (1892), il montre au second plan des femmes laborieuses. Alessandro Milesi (1856-1945) traite la scène de marché, populaire et très animée, et Giacomo Favretto a lui aussi un penchant pour ce genre de sujet   avec Le Marché de Campo San Polo (circa 1883).
La plupart font preuve d'un excès de pittoresque ou de réalisme surjoué.   Luigi Nono en est l'exemple même quand il signe en 1884 Idylle.  Angelo Dall'Oca Bianca  (1856-1942), d'origine fort modeste, parvient à l'exposition de l'Académie de Brera à Milan en 1877. Il peut passer de scènes exagérément pittoresques à une construction de son oeuvre plus élaborée et synthétique, comme c'est le cas dans Paysage sur le pont Nouveau (circa 1893).  Dommage que l'anecdote l'emporte   sur l'invention picturale. Les différentes versions de Refugium peccatorum de Luigi Nono   est la manifestation exemplaire de cette tendance qui concerne presque tous ces artistes (à l'exception d'Ippolito Caffi (1809-1866), originaire de Padoue, qui appartient à une génération précédente). A noter enfin la présence insolite d'un grand tableau de Francesco Hayez (1791-1882), qui fut le directeur de l'Académie de Brera à Milan,  et qui s'est trouvé à mi-chemin entre le romantisme et l'académisme : Il s’agit de Vénus qui joue avec deux colombes (en réalité un nu en pied, vu de dos, de la danseuse Cecilia Chabert), achevé en 1830, qui surprend par l'audace de la figure dénudée et un déséquilibre marqué dans la construction du corps. Sans doute aurions-nous préféré voir des vues de Venise d'une plus grande portée, de Turner à Manet, en passant  par Whistler et Monet. Mais c'est l'occasion de connaître ce qu'a été l'école vénitienne de cette fin de siècle à l'écart des grandes révolutions dans le champ de la peinture




Art & Cultures, « La Transmission », n° 22, sous la direction de Laurence Mattet, Editions in fine, 296 p., 30 euro.

Ce nouveau numéro d'Arts & Cultures a pour thème « la transmission », terme ayant de multiples interprétations. Il commence par un lieu célèbre, le musée Barbier-Mueller de Genève. Cette collection impressionnante commence en 1907, quand Josef Mueller, alors âgé de vingt ans,  achète son premier tableau : La Jeune fille à la capucine de Cunot Amiet, un peintre suisse déjà réputé. Cette passion dévorante va aboutir en 1977 à la création du musée à Genève, qui acquiert rapidement une réputation internationale pour ses collections d'art africain et océanien (mais il y a aussi entre ses murs bien autres choses). Un tel sujet ne pouvait pas faire l'impasse sur l'aube de la création artistique. Un article présente les méthodes adoptées par les hommes de la préhistoire. A partir de méthodes très rudimentaires, nos lointains ancêtres sont parvenus à produire des objets de plus en plus raffinés, comme cela se vérifie aussi dans la fabrication des outils et des armes. Néanderthaliens et homo sapiens ont échangé leurs savoirs (contrairement à ce qu'on a longtemps cru : les homo sapiens aurait supplanté ces êtres jugés à tort inférieurs - dans notre ADN, il a une petite partie issue des Néanderthaliens).
Le long article de Marylène Patou-Mathis fait le point sur ce vaste problème et fait tomber bien des idées reçues. L'Egypte ancienne est ensuite étudiée et cet article nous montre comment les formes ont évolué dans un système qui semble être très codifié et même figé. Si les représentations sont souvent répétitives (on réalise les peintures murales à partir de pochoirs), cela vaut pour une époque donnée. Les normes adoptées par cette culture n'ont pas freiné l'invention. Jacques Chamay nous fait comprendre le passage de l'art grec à celui de la Grande Grèce en choisissant comme exemple la céramique attique. Si la Grèce offre des modèles qui sont reproduits, de nombreuses variations sont apportées. Mais ces grands principes sont conservés, comme dans l'iconographie funéraire, en particulier avec la représentation d'une végétation exubérante. Cette forme de céramique disparaît vers 300 avant notre ère.
Dans les diverses cultures amérindiennes, la revue propose de nous arrêter sur l'usage des plumes chez les Indiens Kayapo au Brésil lors des grandes cérémonies. Puis nous allons en Afrique pour découvrir les techniques mises en oeuvre pour la construction des cases et de mobiliers. Les masques africains font aussi l'objet d'une étude très précise ne concernant que quelques tribus pour voir de quelle façon ils ont pu évoluer. Le problème est ici leur conservation : les magnifiques exemples qui ont été reproduits ne remontent qu'au premier tiers du siècle passé.
En ce qui concerne la Chine, un cheval funéraire en terre cuite de la dynastie Tang (VIIe-Xe siècle), est cité en exemple pour prendre la mesure des traditions de cette époque. Le cheval est un moyen de transport entre le monde réel et l'au-delà, entre celui de la vie et celui de la mort. Pour l'Inde d'autrefois, ce sont les bijoux qui sont mis à contribution. Ils ont été le véhicule de bien de contaminations techniques et iconographiques. Leur élaboration savante n'a jamais cessé d'évoluer et ce sont ces influences réciproques constantes qui ont donné à cet art tant de beauté et de variété. Le lecteur tourne la page et se retrouve en Indonésie devant des figures chamaniques ou des effigies d'ancêtres en bois de l'île de Nias. Et il ne tarde pas à se rendre en Nouvelle-Guinée pour apprendre ce que sont les traditions artistiques des Papous.
Et le périple s'achève dans le grand Nord, dans le Taïmir oriental où l'on travaille l'ivoire avec beaucoup de dextérité et de grâce. Mais avant de refermer la revue, on découvre un essai brillant sur la relation d'Oscar Wilde avec la pensée sauvage -, un sujet des plus inattendus que résume avec précision  Nigel Barley. Et j'ai laissé de côté, sans esprit de discrimination, quelques articles tout aussi intéressants. Ce numéro est magnifique et passionnant. Ce thème est toujours traité avec soin et donne la possibilité de contempler de quelle manière un type d'art a pu métamorphoser tout ou partie dans une culture donnée. 




Quignard, sous la direction de Mireille Calle-Gruber, L'Herne, 288 p., 33 euro.

Pascal Quignard est sans le moindre conteste l'un des meilleurs écrivains français de notre temps. Il représente néanmoins un cas des plus singuliers : la majeure partie de ses ouvrages sont remarquables, il y a un domaine où il a échoué : celui du roman. De cette question épineuse, nous éviterons de parler dans cet article. Voyons plutôt de quelle façon ce nouveau Cahier de L'Herne a été construit. La partie concernant la biographie de l'auteur (album photographique et chronologie familiale) ne paraît pas d'un intérêt de premier plan pour découvrir la personnalité de ce personnage par ailleurs fort discret sur  ses origines et sur son histoire personnelle. Mais cela est bien secondaire.
Ce qui nous intéresse le plus, ce sont les textes qui ont été produits à propos de la littérature. Le premier et un long essai de Jean-François Lyotard intitule « Musique mutique ». L'auteur de La Condition potmoderne a choisi de traiter de la question musicale chez guignard - une affaire de première importance. Il examine la question du geste, qui est considéré comme le moyen de provoquer l'émotion. Pour lui, le geste sonore est une trace au coeur de l'audible. Il analyse avec finesse ce qui précède le son - une  préfiguration. Il entend examiner Le Petit traité publié en 1990 pour tenter de rendre compte de la relation que peut avoir la philosophie avec ce geste qui donne forme à l'oeuvre sonore.
Il est question ensuite d'une de plus belles oeuvres de l'écrivain : Tous les matins du monde, qu'il  compose en 1991. La même année, le cinéaste Alain Corneau lui propose de rédiger avec lui le scénario du film qui était tiré du livre. Leur idée a été d'utiliser le texte en voix off, Il relatait le déroulement de l'action. Le grand musicien Jordi Savall l'interprète des morceaux de Marin Marais et de Sainte-Colombe, les deux héros de  la fiction (qui ont bel et bien existé). Un bel entretien entre Quignard et Savall relate leur collaboration (cet échange a été enregistré en 2011). Pascal Quignard a collaboré à la réalisation d'oeuvres musicales comme le Requiem de Thierry Lancino ou encore Le Nom au bout de la langue de Michèle Reverdy. Pour Medea il a collaboré avec la chorégraphe Carlotta Ikeda.
Il a aussi ralié La Rive dans le noir ) Performance de ténèbre ur une musique de Pierre Avia, et encore Boutè avec Aline Piboule et Effacer le pae, en collaboration avec Enrico Morricone, Le Grave, concert en re majeur pour violon, piano et quatuor à corde, op. 1, Le Petit Cupidon, écrit en 1981 et repris en 2006, dont nous avons ici le manuscrit avec les corrections. Une nouvelle partie de ce Cahier est dédiée aux images. Elles nous révèlent le peintre qui sommeille en lui et nous découvrons en couleurs un cahier où ont été reproduites certaines de  ses créations. Au fond, ce volume s'est intéressé surtout aux aspects les moins bien connus de son imaginaire prolifique. La littérature tient ici une place très mineure, où l'on a quelques essais (dont celui d'Alain Veinstein et de Jérôme Garcin), de lettres, et de quelques documents. Tous ceux qui aiment les livres si singuliers de Pascal Quignard auront plaisir à glaner dans ce volume la manifestation de son vaste et complexe univers musical et graphique, qui se pare de tous les atours des lettres antiques et de sa  rhétorique baroque.
Gérard-Georges Lemaire
18-11-2021
 
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"Rêves, ou c'est la mort qui vient"
édité aux éditions du manuscrit.com