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[verso-hebdo]
15-12-2022
La chronique
de Pierre Corcos
Cartier-Bresson versus Parr
Finalement l'exposition de photographie Henri Cartier-Bresson avec Martin Parr - Réconciliation (jusqu'au 12 février à la Fondation HCB) est dialectique... La thèse d'origine serait que ces deux grands photographes restent diamétralement opposés ; l'antithèse de l'exposition, quant à elle, tendrait à les réconcilier ; mais au final la synthèse approfondit leurs différences tout en conservant les sujets communs traités (la société du nord de l'Angleterre, au travail comme dans ses loisirs) et un regard aussi intrigué et inspiré sur l'humain. L'exposition, pourtant de taille réduite, recèle un avantage immense : par la comparaison bien nous faire comprendre que la photographie, bien avant d'être une affaire de technique, consiste en un regard avec un rectangle dans chaque oeil. Comment ce regard, qui est une intention particulière tournée vers le réel, parvient à se matérialiser et faire sens dans les photographies, en cela réside le talent (voire, selon l'ampleur, le génie) du photographe.

François Hébel, qui est directeur de la Fondation HCB et commissaire de cette exposition, nous relate d'abord la petite histoire, assez drôle, de cet antagonisme. Lorsqu'en 1989, Martin Parr avait souhaité intégrer l'agence Magnum, Henri Cartier-Bresson, furieux, s'y opposa. Alors Martine Franck, à la fois épouse de ce dernier et photographe dans la même agence, joua les Madames Bons Offices, et un déjeuner de « réconciliation » fut organisé. Si Henri trouva Martin fort sympathique, il déclara dans un fax : « Nous appartenons à deux systèmes solaires différents ». Et Martin répondit : « Il y a un gouffre entre votre célébration de la vie et mon regard implicitement critique [mais] pourquoi tirer sur le messager ? ». Lucidité de ces deux artistes ! Parr dut attendre cinq ans pour intégrer l'agence Magnum, dont il deviendra d'ailleurs le président de 2013 à 2017... Mais, lorsque l'année dernière la Cinémathèque française ressort un film méconnu (Stop Laughing - This is England) dans lequel Cartier-Bresson photographiait, en 1963, la cité balnéaire de Blackpool, puis les villes de Liverpool, Manchester et Sheffield, on le découvre animé d'une ironie (certes affectueuse), soulignée par ses propres commentaires annotés sur les photos. Mais tiens donc, Henri ne serait pas alors si loin du sarcastique Martin, qui en 1986 (The Last Resort) photographiait la « middle-class » sur les plages du nord de l'Angleterre ? De même le photoreportage de Parr sur le Black Country (2010) ne croise-t-il pas quelque part celui de Cartier-Bresson sur les travailleurs de l'industrie anglaise datant de 1962 ? L'exposition - et par la même occasion un ouvrage co-signé Les Anglais/The English - naît en somme de ce questionnement. Et les visiteurs vont probablement se livrer au petit jeu des ressemblances/dissemblances, avec les limites inhérentes aux comparaisons dans le domaine artistique, les oeuvres d'un certain niveau gardant le statut exceptionnel de pures singularités...
Si l'on se prête de bonne grâce à ce jeu « Henri Cartier-Bresson versus Martin Parr », que découvre-t-on ?... Chez le premier, usage exclusif du noir et blanc, couleurs (parfois criardes) chez le second ; souci de composition chez HCB, jeu avec le fouillis chez Parr ; quelques télescopages étranges chez HCB, mise en valeur du kitsch chez Parr ; thèmes industriels classiques (métallurgie, confection) chez HCB, industries inhabituelles (usine de bonbons, fabrication de selles) chez Parr ; représentation de l'« humain moyen » chez HCB, complaisance pour différentes laideurs chez Parr. C'est déjà pas mal, et il n'en faudrait pas plus pour qu'un historien d'art s'écrie : voici tout simplement face-à-face un représentant du classicisme et un baroque ! Si l'on se rappelle que le portugais « barroco » désignant une perle irrégulière est à l'origine du mot baroque, il est vrai que la malfaçon ordinaire de notre monde inspire largement Martin Parr. Par exemple ce couple, aux faces rubicondes et aux cheveux roux, en vacances à Blackpool et photographié en 1993 : l'homme tient dans ses bras un énorme ours blanc en peluche avec un ballon violet en forme de coeur sur sa bedaine, et sa femme corpulente est vêtue d'une veste criarde contrastant avec un pull rose fluo. En un sens, c'est de la photographie vernaculaire ou documentaire banale, mais un second regard (à moins que ce soit le premier) nous dévoile la folie, la laideur, l'absurdité de cette scène. Comme si la société de consommation mondialisée avait, sur une humanité abrutie, dégorgé le kitsch de sa production de masse... Par opposition, cette photographie en noir et blanc prise par Cartier- Bresson, également à Blackpool mais en 1962, semble au contraire rehausser par l'amour et la tendresse qui s'en dégagent une scène à première vue anodine : blottis dans un ensemble harmonieux de gris variés et de noir, un couple âgé et leur chien dorment sur la plage.

Bien sûr il n'est pas inutile de rappeler que, dans cette exposition/confrontation, jusqu'à un demi-siècle peut séparer les photographies de Cartier-Bresson et celles de Parr. Les temps ont changé : la middle-class a explosé, le monde ouvrier, le travail et les loisirs ne sont plus les mêmes. Mais ces remarques historiques ne résorbent pas les profondes différences de regards entre les deux artistes. Et sans doute ont-ils en commun, ces deux regards-là, ce qui finalement se retrouvera chez tout photographe inspiré, conséquent : une capacité à nous rendre le banal, le familier étonnants.
Pierre Corcos
corcos16@gmail.com
15-12-2022
 
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Verso n°136

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