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[verso-hebdo]
02-02-2023
La chronique
de Gérard-Georges Lemaire
Chronique d'un bibliomane mélancolique

Le Village dans la jungle, Leonard Woolf, traduit de l'anglais par Bernard Kreise, « domaine étranger », Les Belles Lettres, 232 p., 15 euro.

Les Vierges sages, Leonard Woolf, traduit de l'anglais par Michel et Michela Grisbinski, « domaine étranger », Les Belles Lettres, 272 p., 15 euro.


Leonard Woolf (1880-1969) est une des figures les moins bien connues et appréciées du groupe du Bloomsbury. Fils d'un avocat londonien, Leonard Woolf a fait des études soignées et est entré au Trinity College de Cambridge en 1999. Il y a connu Lytton Strachey, John Maynard Keynes et E. M. Forster, ainsi que les deux frères de Virginia Stephen, Thoby et Adrian. Comme eux, il a fait partie du cercle très fermé des disciples de George Edward Moore, un philosophe qui se recommande d'Aristote, au sein des Cambridge Apostles. A la fin de ses études, il part pour Ceylan pour devenir administrateur de cette colonie britannique insulaire où il arrive en 1904 avec un volume de Voltaire sous le bras. Il y est promu assistant du gouverneur britannique.
Il retourne en Angleterre en 1911. Il s'est inscrit au parti travailliste et a collaboré à divers journaux dont The New Stateman. Il décide de renoncer à sa carrière et un an plus tard, il a épousé Virginia Stephen. Le couple habite alors The Green Richmond puis bientôt The Hogarth House dans Paradise Street. Il doit retourner à Ceylan, et c'est alors qu'il a écrit The Village in the Jungle, qui paraît en 1913 à l'University of Sussex. Avec cette oeuvre de fiction (qui a néanmoins un aspect autobiographique), il a fait découvrir cet univers inconnu de la majorité de ses compatriotes.
L'action débute à Beddagama, au coeur d'une jungle épaisse et difficilement impénétrable. Même s'il a choisi l'un des habitants du lieu comme héros, son livre est plus une étude pointue et sans compromission de la misère que connaît cette région et aussi une critique acerbe de la manière dont les Anglais la gère. L'intrigue lui permet de montrer comment ces paysans survivent dans des conditions difficiles, avec de surcroît toutes les difficultés relatives au système des castes. Ce livre est l'antithèse de toute la littérature coloniale et est aux antipodes de Rudyard Kipling, qui donne ses lettres de noblesse non à un pays, mais à ses mythologies, anciennes ou récentes. Il nous fait découvrir le revers de la médaille, une réalité que les maîtres qui se sont emparés de cette très vieille civilisation ne cherche même pas à comprendre. Seul compte pour eux l'ordre qu'ils ont l'intention d'y établir en prenant bien soin de rien y changer.
Ainsi, son Village dans la forêt est une sorte de récit ethnographique, tel qu'on n'en lisait pas à l'époque. Il ne veut pas néanmoins faire de son histoire une dénonciation en coupe réglée d'un système oppresseur. Bien sûr, il n'est pas compliqué de comprendre la situation dans sa crue dureté, mais il n'a pas tenu à dénoncer ou à condamner. Il ne veut pas non plus être de Dickens de l'empire lointain sur laquelle la reine Victoria a longtemps régné sans le connaître le moins du monde. C'est un livre captivant bien qu'il demeure d'une facture assez conventionnelle. Et c'est surtout un livre merveilleux ou ses humbles personnages prennent tout d'un coup un relief et une force étonnante dans ce recoin perdu du vaste univers. Son modeste cultivateur, qui connaît bien des avanies, appartient à cette communauté qui donne la sensation d'être figé dans une autre époque et qui mène une existence laborieuse et exténuante. Leonard Woolf, tout en n'étant pas un auteur de tout premier plan, n'est pas dépourvu de talent et son oeuvre mérite des louanges, peut-être encore plus aujourd'hui, car la distance temporelle rend plus accentué les traits de ses croquis très appliqués et très instructifs, où il faire preuve d'un profond intérêt et d'une véritable empathie pour ces populations oubliées. Ces Vierges sages a paru après son voyage de noce avec Virginia en 1914.
Les Vierge sages n'avaient encore jamais été traduit en français. Cette fiction a paru un an après The Village in the Jungle, c'est-à-dire deux ans après son mariage avec Vanessa Stephen. Le roman n'a pas beaucoup plus dans son entourage.
Sa soeur Bella lui a même demandé de ne pas le publier, car il y a trop d'allusion à sa vie privée. Sa mère est bouleversée par le portrait qu'y a fait d'elle. Mais toutes ces remontrances ne l'ont pas arrêté. Le livre paraît en 1914. Son jeune héros, un Juif comme lui, Harry Davis (sa judéité est vécue comme une tare), est passionné par les beaux-arts. Il suit des cours dans une école spécialisée. Il est timide et tourmenté, pas du tout fait pour la vie sociale anglaise, d'autant plus qu'il est d'origine modeste. Il s'éprend de la jeune Camilla et son cousin Trévor devient son confident. Mais il est aussi attiré par une autre jeune fille Gwen, et il ne se sent pas capable de choisir entre les deux. Toutes les deux ont des qualités remarquables et très différentes, ce qui rend son choix encore plus difficile. Il dépeint avec grands détails les premières relations de Clive Bell avec sa future épouse, Vanessa Stephen, et également de son rapport avec Virginia.
C'est un livre à clef, assez facile à, déchiffrer qui se situe entre l'autobiographie et la fiction. C'est là sans aucun doute le premier roman écrit dans l'optique du Bloomsbury, mais peut-être avec trop de vérité. Après une longue et grave dépression, Virginia Woolf a écrit peu après (un roman qui paraît en 1919) un livre assez proche - Night and Day. Après cette expérience, Leonard Woolf abandonne le roman et n'écrit plus que des essais. Et surtout son abondante et précieuse autobiographie.




Gérard Philipe, Geneviève Winter, Folio « biographies », 366 p., 10, 20 euro.

Né en 1922 à Cannes, il est le fils cadet de Marcel Philip et de Minou, qui officie comme cartomancienne. Bon élève, obtenant son baccalauréat en 1940, son père espère le voir faire des études de droit ; sa mère, qui est au courant de son intérêt profond pour le théâtre, le soutient. Pendant l'occupation, il cherche des petits rôles. Il suit ses parents à Paris où son père gère l'hôtel Le Petit Paradis. Son père, ancien des Croix de Feu et puis membre du PPF, s'implique dans la collaboration. Mais il doit retourner à Cannes dans l'hôtel de ses parents. Il cherche alors des petits rôles sur la Côte d'Azur. Il postule à l'entrée au Centre artistique et technique des jeunes à Nice et est admis, ayant été remarqué par Marc Allégret. On lui donne un petit rôle dans une pièce de Roussin l'année suivante. Allégret le prend dans on film, La Boîte aux rêves. Il retourne à Paris.
Sodome et Gomorrhe de Jean Giraudoux. Il entre au Conservatoire en 1944, où il obtient un deuxième prix de comédie. Son père est arrêté à la Libération. Des petits emplois lui sont offert pendant qu'il poursuit ses études. Il joue dans le film Le Pays sans étoiles. Au théâtre Hébertot, il est choisi pour le rôle-titre de Caligula d'Albert Camus.
Sa carrière commence à s'esquisser. Claude Autant-Lara le choisit pour Le Diable au corps. Il incarne alors le jeune premier dans un grand nombre de films, mais aussi sur scène. La rencontre qui est fondamentale pour lui est sans conteste possible celle de Jean Vilar dont il rejoint la troupe du festival d'Avignon. Il suit le metteur en scène quand on lui propose la direction du TNP au théâtre de la cité jardin de Suresnes. Il interprète Lorenzaccio et puis Richard II de William Shakespeare. Il fait lui-même des mises en scène, tourne un film et apparaît à la télévision à ses débuts. Il a dominé toute la période qui a précédé la Nouvelle Vague.
Il tombe malade en novembre 1959, est opéré mais décède le 25 d'un cancer au foie. Geneviève Winter a fait un travail des plus corrects. Il manque cependant à son livre quelque chose qui soit plus révélateur de sa culture, de ses ambitions et de ses pensées sur l'art théâtral ou sur le cinéma. Cela étant dit, il n'y a pas beaucoup de choses à lui reprocher et elle a su résumer avec honnêteté sa carrière fulgurante et malheureusement si brève.




Dieu aussi est une chienne, Maria Paz Guerrero, bilingue, Le dernier télégramme, 80 p., 12 euro.

Entre la prose et la poésie (on ne sait qui prend le dessus sur l'autre), dans une perspective qui rappelle de loin Antonin Artaud et également l'Art brut, cette « fiction « dont Dieu fait les frais (il en a perdu sa majuscule) Maria Paz Guerrero nous entraîne dans une sorte de course éperdue avec les mots où le sacré y perd don latin. Je ne suis pas parvenu à me saisir du fil rouge de ce texte et n'ai pas compris ce que l'auteur voulait à dieu. Difficile par conséquent de porter un jugement sur ces pages qui échappent à toute logique et à toute définition. Il faut croire que la poésie expérimentale a touché ici ses confins obscurs, à partir du moment où toute signification échappe à une forme décalée et à un parcours mental que le lecteur ne se sent pas la force de suivre et par conséquent de comprendre. En ce qui me concerne, je ne parviens pas à entrer dans cette sphère qui ne représente pas une véritable métamorphose de la chose écrite.




Casanova franc-maçon, Jean-Claude Hauc, Editions Douro, 64 p., 17 euro.

Né en 1949 à Béziers, Jean-Claude Hauc est l'auteur de nombreuses oeuvres de fiction (romans et récits). Par ailleurs, il s'est consacré à la vie et aux ouvrages de Giacomo Casanova, Il a aussi exploré le monde de figures excentriques et peu reco. De Sade et même des femmes libertines. Cette fois, il nous fait découvrir les relations de Casanova et de la franc-maçonnerie. Il nous rappelle que la franc-maçonnerie est née à Londres en 1717 au sein d'une taverne nommé Goose and Gridiron. En 1723 la grande Loge universelle est créée par James Anderson, un pasteur presbytérien, qui en a rédigé la constitution. Des loges voient le jour un peu partout en Europe. En France, la franc-maçonnerie voit le jour autour de 1737, peu apprécié par les ministres de Louis XV. Il existe dès lors des « loges volantes » qui sont liées aux armées en déplacement (Choderlos de Laclos en a fait partie. C'est dans la loge de Saint-Jean-de-Jérusalem que Casanova est devenu apprenti, puis maître.
C'est Louis de Bourbon, comte abbé de Clermont qui en est alors le Grand Maître. Notre aventurier à fréquenté d'autres loges, en particulier à Paris. Des femmes ont été introduites par la suite dans des « loges mixtes ». Dans son Histoire de ma vie, il parle assez peu de sa fréquentation de la franc-maçonnerie et les documents attestant de son appartenance sont assez rares. L'on n'ignore pas qu'elle lui a permis de connaître des personnages influents. Il y fait cependant allusion au secret de ces communautés dans ses mémoires et en souligne l'importance. Il le compare aux mystères d'Eleusis. En 1755, à Venise, Casanova est surveillé par un espion (confidente) et il est finalement arrêté, jugé et condamné à cinq ans d'emprisonnements sous les Plombs.
Il s'est évadé en 1756 avec le prêtre Balbi. Après un séjour en Allemagne, il s'est rendu en 1757. D'aucuns ont avancé qu'il servait de messagers entre différentes loges, ce qui ne semble pas être exact. On est seulement sûrs qu'il a fréquenté des loges en Hollande. Il est allé en Russie et là encore il a été reçu par des loges. Il s'est lié avec les frères Orlov, proche l'impératrice Catherine II. Il a fait la connaissance de nombreuses figures éminentes de la maçonnerie, en Russie et ensuite en Pologne. Plus tard, il a rencontré le prince Bourtouline à Naples. Il a pu rencontrer le comte de Saint-Germain, alors fort en cours.
Il a également croisé le chemin de Cagliostro, autre aventurier de haut vol, qui voyageait avec sa femme sous le nom de Balsamo. Gracié en 1774, il est rentré à Venise et a tenté de faire une carrière d'impresario. Mais le succès n'est pas au rendez-vous. C'est alors qu'il a écrit son fameux Discoursi sur le suicide. Il est alors reparti aux quatre coins de l'Europe.
A son retour, il s'est lancé dans la rédaction d'un grand roman, L'Icosameron. Après l'avoir traduit en français, il l'a fait publier à Prague. Ce n'a pas été un grand succès : il n'a pas plus de cent quatre-vingt souscripteurs ! Après cet échec, il a décidé de se lancer dans la rédaction de ses mémoires pendant les huit années qui lui restaient à vivre... Cette étude mérite vraiment d'être connue. Ne perdez pas cette occasion rêvée de mieux connaître Casanova.




Les Nus et les morts, Norman Mailer, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Jean Malaquais, « Pavillon poche », Editions Robert Laffont, 560 p., 15 euro.

Quand Norman Mailer (1923-2007) a publié chez Rinehart & Company en 1948 son premier roman, The Naked and the Dead, son succès a été énorme (200.000 exemplaires vendus en trois mois, au point de devenir un bestseller. C'est le grand roman sur la Seconde guerre mondiale qui manquait quand on songe à la richesse de la littérature produite sur la Grande Guerre (on ne peut mettre à cette même hauteur que Kaputt de Curzio Malaparte).
Il parle d'un épisode tragique du conflit contre les Japonais dans le Pacifique, celui des Philippines où les Américains avaient leurs bases. Il n'a pas voulu donner une vision globale des opérations dans ce vaste terrain militaire qui impliquait une grande partie de l'Océan Pacifique (les Japonais ont menacé un temps l'Australie. Il a voulu au contraire dépeindre ce guerre (il a lui-même été cuisinier sur un navire). Il a préféré construire sa longue fiction sur le destin d'un petit groupe de jeunes hommes constituant un peloton. Chacun d'entre eux est caractérisé avec un soin incroyable, au point de connaître ses moindres pensées et réactions, ses qualités et ses défauts, leur manière de se comporter dans cet enfer - l'enfer de la nature et du climat et l'enfer des combats. Mais il ne s'agit pas d'un simple portrait psychologique d'un groupe d'hommes peu expérimentés et pas encore endurcis, mais la mentalité qui s'est enracinée chez eux dans des circonstances vraiment épouvantables.
En réalité, Mailer a architecturé avec grand soin son histoire. Ce n'est donc pas une succession d'épisodes, mais la mise en scène de grands épisodes qui sous-tendent l'aventure de ces G. I.. Tout débute sur l'île d'Anopopel (une île imaginaire). L'écrivain fait en sorte de nous faire entrer dans leur intimité sans attendre. Peu après leur débarquement, ils sont attaqués par les Japonais. Le premier homme du groupe meurt au cours de l'affrontement. Un jeune lieutenant remplace le disparu. Il aime parler de philosophie. Une tempête violente détruit tout ce que les hommes ont édifié pour leur défense. Tout est à refaire sans délai. Un assaut japonais est survenu alors qu'ils dormaient. Ils doivent se défendre à la baïonnette et font deux prisonniers. Les combats ont ensuite cessé pendant quelques semaines.
Chacun des soldats raconte à leurs compagnons quelle a été leur vue avant d'être recrutés. En sorte que nous découvrons les Etats-Unis, dans leur immense diversité à la fin des années trente et au tout début des années quarante. Les officiers dressent un plan de bataille, mais qui doit être abandonné faute de soutien naval. En outre, le lecteur découvre le quotidien des hommes des hommes de troupe. L'offensive américaine semble bien se dérouler de l'autre côté de l'île. Mais les assauts japonais sont redoutables et causent des pertes sérieuses. Le peloton s'enfonce dans la jungle et grimpe le long du versant de la montagne. Mais le groupe se fait assaillir tout au long de son ascension. En fait, peu d'hommes arrivent au sommet. Ils découvrent un dépôt d'armes ennemies qui a été détruit et se rendent compte de la faiblesse de leurs forces. Ils parviennent donc à leur fin après bien des souffrances et pas mal de perte.
Ainsi résumées, les parties principales du livre semblent bien anecdotique. Il ne reste plus que quelques-uns des hommes engagés dans cette opération. Ce qui frappe ici c'est la faculté de Norman Mailer à nous faire participer à l'épopée de ces individus que nous avions appris à connaître par le menu. C'est vraiment un chef-d'oeuvre qui nous fait toucher du doigt la vérité de cette guerre atroce qui a tout d'un cauchemar dantesque. Et jamais le lecteur n'éprouve de l'ennui tant il est captivé par les jours et les nuits de ces gamins qui évoluent dans une végétation terrible en sachant que les ennemis peuvent être tapis à quelques pas d'eux.
Gérard-Georges Lemaire
02-02-2023
 
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Christophe Cartier au Musée Paul Delouvrier
du 6 au 28 Octobre 2012
Peintures 2007 - 2012
Auteurs: Estelle Pagès et Jean-Luc Chalumeau


Christophe Cartier / Gisèle Didi
D'une main peindre...
Préface de Jean-Pierre Maurel


Christophe Cartier

"Rêves, ou c'est la mort qui vient"
édité aux éditions du manuscrit.com