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[verso-hebdo]
09-02-2023
La lettre hebdomadaire
de Jean-Luc Chalumeau
A propos de Caravage au cinéma
Le film de Michele Placido est sorti en décembre 2022. La presse l'a démoli avec ensemble, le jugeant généralement académique, complaisant avec l'obscénité (interminables scènes d'orgies romaines), la saleté et la souffrance (Caravage dans la prison de Giordano Bruno). Il n'empêche : la salle où j'ai vu cette oeuvre à la fin janvier était comble. Les errements de l'acteur Riccardo Scammarcio fuyant la justice pontificale semblent plaire aux foules, mais ce n'est pas cela qui m'intéresse. Je me demande plutôt pourquoi on ne voit pratiquement pas de tableaux du maître. Le cardinal Francisco Maria del Monte fut, on le sait, le protecteur du Caravage qui l'introduisit dans les grandes familles aristocratiques. Au premier rang desquelles la Marquise Colonna, connue pour ses penchants libertins et bientôt maîtresse du peintre (très belle composition d'Isabelle Huppert, née en 1953 !) Eh bien, à un moment del Monte fait visiter sa collection de tableaux du Caravage accrochés sur un mur d'une galerie. La caméra prend la galerie en enfilade et nous ne voyons pas les oeuvres.

Or le cardinal del Monte avait notamment commandé à Caravage l'admirable Sainte Catherine d'Alexandrie (aujourd'hui à Madrid, dans la collection Thyssen). Il s'agit là du « plus grandiose des premiers tableaux de chevalet de Caravage », écrit l'historienne de l'art Catherine Puglisi, qui observe que, malgré la dominante sombre de l'arrière-plan, Le Caravage compose un espace convaincant grâce à d'habiles jeux d'ombre et de lumière et à une savante disposition des objets. Le personnage est monumental, le clair-obscur intense. La sainte, revêtue d'atours somptueux parmi les instruments de son supplice - une énorme rue, menaçante avec ses pics acérés, et une épée qu'elle tient entre les mains -, offre la particularité audacieuse de regarder le spectateur (et non de lever les yeux au ciel comme dans le tableau plus conventionnel de Guido Reni quelques années plus tard). C'est un véritable « portrait » de la sainte, une jeune femme dont Le Caravage entend que la beauté soit éblouissante. Le tableau l'est, à tel point qu'il cesse d'appartenir à la catégorie des images de dévotion, même si le commanditaire était e cardinal del Monte. A l'époque, le pape Clément VIII avait demandé que l'on ne représente pas la fameuse roue puisqu'un miracle l'avait détruite avant le supplice. Le Caravage représente bien l'épée par laquelle Catherine fût exécutée, mais il garde tout de même la roue, dont il tire un effet réaliste impressionnant.

Même chose avec La Mort de la Vierge du Louvre. Le tableau est remplacé par Michele Placido par un groupe de comédiens en pleurs autour de la couche de la défunte. Nous sommes en 1606, à un moment où le maniérisme s'épuise. Le Caravage réagit en pratiquant un réalisme offensif. Sa Mort de la Vierge, commandée pour l'église Santa Maria della Scala de Rome fut refusée par le clergé, scandalisé par le fait que l'artiste ait utilisé pour modèle « une femme morte gonflée ». Le Caravage répliqua en exposant son tableau au public pendant une semaine en 1607. Il y avait eu méprise : ce tableau était, selon Lionello Venturi, « le plus profondément religieux de la peinture italienne du XVIIe siècle ».Certes, Le Caravage, en soulignant la déchéance physique d'un corps mort sans proposer la moindre référence au miracle de l'Assomption, semblait vouloir nier le contenu spirituel de la scène. Mais en fait, le peintre avait une approche directe du surnaturel très proche du peuple de son temps. Peu importait que le modèle de la Vierge ait pu être Caterina Vanini, une prostituée convertie morte hydropique en 1606. Ce qui comptait, c'était que Le Caravage s'en était tenu à l'iconographie traditionnelle de la « mort-sommeil » ou Dormition de la Vierge, avec ses personnages essentiels auxquels il avait ajouté Madeleine, comme c'était l'usage depuis le XIVe siècle. Rien de tout cela n'apparaît dans le film de Michele Placido.
J.-L. C.
verso.sarl@wanadoo.fr
09-02-2023
 
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Verso n°136

L'artiste du mois : Marko Velk

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