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[verso-hebdo]
23-02-2023
La chronique
de Pierre Corcos
Deux chefs-d'oeuvre
La pièce en quatre actes de Tchekhov, La Mouette, créée en 1896 à Saint-Pétersbourg, fut d'abord un cuisant échec, et le public la siffla... Mais, reprise deux ans plus tard par le jeune Théâtre d'Art de Stanislavski, elle devint un énorme succès qui ne se démentit jamais, les Pitoëff allant plus tard jusqu'à faire de ce chef-d'oeuvre une sorte d'emblème de leur esthétique théâtrale ! Plus d'un siècle après sa création, ce drame n'a absolument pas vieilli, ses thèmes et ses personnages continuent à nous parler. L'amour non partagé, les illusions qui se brisent, la fragilité des êtres, les rigueurs de l'art et, par-dessus tout, l'écart tragique entre nos idéaux et la réalité médiocre, voilà qui, transcendant le scénario ou l'anecdote, garde toujours sa charge critique et sa part d'utopie. Prolongeant et rectifiant Stendhal, Adorno écrivait que la beauté est une promesse de bonheur qui se brise... Alors, prise en ce sens, la beauté illumine La Mouette comme un soleil jouant dans les brumes. La mise en scène de Brigitte Jaques-Wajeman (jusqu'au 25 février au Théâtre Les Abbesses) opte pour la sobriété et la vivacité. Sur la scène, rien que des billots de bois brut, un écran aux chatoyantes variations lumineuses (c'est à la fois le ciel et le lac), et des comédiens au jeu intense, très physique. Sans doute grâce à une esthétique procédant quelque peu du cinéma (musique expressive, gestuelle des comédiens), les personnages sont encore plus proches de notre imaginaire : Trigorine, l'auteur célèbre et Treplev, l'écrivain idéaliste (probablement deux facettes du même Tchekhov, qui indirectement se confie à nous), Nina « la Mouette » qui rêve follement de devenir actrice et aime Trigorine (personnage inspirée de Lydia Mizinova, amante puis amie de Tchekhov : cf. le livre de Nicolas Struve, « Correspondance avec la Mouette » aux Éditions Arléa 2022), Arkadina, l'actrice vieillissante, maîtresse de Trigorine (figure typique du microcosme théâtral dans lequel évoluait Tchekhov), etc. Tous ces personnages, ainsi que les considérations réalistes sur le métier, le monde du théâtre, inciteraient à une interprétation psychobiographique de la pièce. Elle est tout à fait pertinente, mais en rester là nous ferait passer à côté de l'essentiel... Car l'on sait aussi combien prévaut la musicalité de ce style. Mais alors qu'exprime cette musique tchekhovienne, à la fois mélancolique et gaie ? Sans doute l'immense douleur de l'échec, d'un monde encore contraint qui peu à peu s'émancipe par le travail, et l'espérance jamais vaincue d'un monde libéré. Et, avec ces comédiens et cette mise en scène, l'extraordinaire musique tchekhovienne, à la fois caractéristique et universelle, glisse tous ses échos au creux de nos oreilles.

Un autre chef d'oeuvre, En attendant Godot de Samuel Beckett... Lui aussi, on a envie de croire qu'il est universel, intemporel. La pièce, l'un des grands succès du théâtre d'après-guerre, ne fut-elle pas traduite dans une vingtaine de langues et jouée dans le monde entier ? Pour autant, comme la pièce précédente, le premier contact avec le public fut détestable, des spectateurs en venant même à huer les acteurs ! Les grandes histoires d'amour commencent, dit-on, par des antipathies. Mais de quoi est-il vraiment question dans En attendant Godot ? De pas grand chose à vrai dire. Cette farce métaphysique en deux actes reste le chef d'oeuvre inaugural du théâtre de l'absurde. C'est dire qu'il ne faut en principe attendre là ni action tendant vers une fin, ni même un quelconque message... Voilà simplement un couple de clochards inséparables, Vladimir et Estragon, qui attendent Godot, un homme qu'ils ne connaissent même pas et dont ils ne savent rien. Dans Godot il y a « God » : un Godot serait-il un Dieu à taille humaine, familier ? Ces deux clochards croisent sans cesse un autre couple, Pozzo et Lucky, enchaîné dans un rapport de maître à esclave. On a par bouffées le sentiment que cette pièce résume la condition humaine. D'autant plus que Samuel Beckett s'entend à merveille pour donner souvent aux phrases un double sens, à la fois trivial et philosophique. Quelque peu inspirée de The Glittering Gate de Lord Dunsany (1909) où deux gueux stationnaient aux portes du paradis en purgeant l'espoir, la pièce archétypale de Beckett surpasse tout ancrage dans le religieux, la misère sociale, l'Irlande ou le psychologisme. Son minimalisme fait toute sa force, comme si elle permettait à tout un chacun d'y projeter ses hantises. Pourtant, ce « degré 0 de l'écriture » ne nous suggère-t-il pas, sans doute à l'insu de l'auteur, une réponse à la sentence d'Adorno pour qui l'on ne pouvait plus écrire de poèmes après Auschwitz ? Or En attendant Godot a été créé en 1953, juste après la guerre... La mise en scène que nous offre Alain Françon (jusqu'au 8 avril 2023 à la Scala) a l'avantage de ne nous imposer aucune lecture univoque de la pièce. Et du coup l'on est tenté de passer en revue tout ce qui peut nous venir à l'esprit en matière d'associations et de connotations, philosophiques ou historiques. André Marcon et Gilles Privat donnent de leurs personnages une interprétation drôle et très humaine. Alors la pièce en acquiert une dimension tragi-comique. Et elle aurait parfaitement convenu à Beckett qui écrivait (dans « Fin de partie ») : « Rien n'est plus drôle que le malheur... c'est la chose la plus comique du monde ».
Pierre Corcos
corcos16@gmail.com
23-02-2023
 
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Verso n°136

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