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[verso-hebdo]
09-03-2023
La chronique
de Pierre Corcos
Une imagerie réconfortante
Très rare, l'unanimité positive en matière de critique cinématographique (selon les journaux en effet, les critères d'évaluation vont jusqu'à être opposés) laisse entrevoir d'autres raisons - conscientes ou inconscientes - que la seule qualité du film. Or, selon le site « Allociné » qui note en étoiles (cinq est le maximum) un film à partir de l'enregistrement d'une quarantaine de titres de presse, The Fabelmans de Steven Spielberg obtient 4,9/5 ( !), réconciliant au passage Les Cahiers du Cinéma et Télé Loisirs, Le Figaro et l'Humanité... On a connu certains critiques de cinéma bien plus exigeants en matière d'innovations formelles, de complexité ou de prises de risques. Qu'est-ce qui, dans cette oeuvre charmante, classique et habilement réalisée, a bien pu susciter un tel enthousiasme et pareils dithyrambes ? C'est que l'évocation de la famille, de la jeunesse et de la vocation du cinéaste se double ici d'un vibrant hommage au cinéma, art en crise actuellement ; et elle se déroule au temps (les années 50-60) d'un monde en pleine croissance, indemne encore des nombreux périls qui le menacent aujourd'hui. En plus, le merveilleux réactualisé - esthétique dominante de Spielberg - parle à l'Enfant indestructible qui cherche toujours son bonheur dans ce septième art duquel Méliès a montré toutes les potentielles magies. Et, en face de tant de films sombres ou graves, cet Enfant cherche toujours à être enchanté. The Fabelmans, par son classicisme de bon aloi, ses chatoyantes couleurs, sa drôlerie bienveillante et son sens du détail illustratif procure sans doute le même réconfort qu'à un critique lessivé par les outrances de l'art contemporain le feuilletage d'un album de Norman Rockwell. Car il ne s'agit bien ici que d'une illustration, soigneusement réalisée, d'une imagerie réconfortante et optimiste qui tombe à point.

Les Fabelman, transposition des Spielberg (on passe du « Spiel » = jeu à « Fabel » = fable en allemand), sont une famille juive intégrée et heureuse du New-Jersey, où Sammy (le double du cinéaste) grandit avec ses deux soeurs, choyé, protégé par une mère pianiste et ménagère (lumineuse Michelle Williams) et un père (Paul Dano) ingénieur dans cette informatique balbutiante et prometteuse. Ce « roman de formation » est l'occasion de scènes familiales joyeuses, cocasses, de jeux inventifs où la création cinématographique d'un amateur qui se perfectionne sans cesse implique camarades et famille, prenant de plus en plus de place dans la vie du héros jusqu'à l'entrée au campus, puis la confirmation définitive d'une carrière de cinéaste. Cette imagerie ronde et allègre s'enrichit de quelques dimensions psychanalytiques, à la manière dont Hollywood a su métaboliser habilement la psychanalyse pour la vulgariser : le trauma infantile d'une image choc d'accident ferroviaire vu au cinéma, trauma maîtrisé grâce à sa mise en scène réitérée puis à sa captation par un filmage ; les émois incestueux à l'égard d'une mère jolie, esthète, et la découverte accidentelle de son infidélité ; le rôle du grand oncle Boris, figure d'identification artistique et incitant Sammy à préférer au confort familial l'aventure solitaire de la création ; la violence d'un camarade antisémite, enfin les premiers émois érotiques... Mais toute cette psychobiographie est traversée, sublimée par les pouvoirs de sidération, de réparation, d'observation, d'illusion et de transfiguration du cinéma démontrés ici, exemples bien didactiques à l'appui. Ce qui réjouit évidemment toute la critique de cinéma, d'autant plus qu'elle perçoit dans le film de Spielberg (et peut-être de façon trop optimiste) un solide argumentaire pour inciter les jeunes générations à revenir en nombre vers les salles obscures. Largement consensuel et clairement cinéphilique, The Fabelmans est supposé réunir tous les publics de tous les âges, comme surent le faire Les Dents de la mer, Rencontres du troisième type, Les Aventuriers de l'Arche perdue, E.T., Jurassic Park, Minority Report, etc. Sauf qu'il n'est pas certain du tout que le film y parvienne en termes de fréquentations dans les salles, en dépit de ses indéniables qualités d'enthousiasme et de réconfort. Car les publics de cinéma se sont fragmentés, et ce genre testamentaire humaniste et unanimiste, s'il convient probablement un public de la génération de Spielberg (76 ans), peut recéler maintes connotations narcissiques, familialistes et nostalgiques pour de jeunes (publics ou créateurs) motivés par d'autres combats.

Après James Gray (Armageddon Time, plus dérangeant, lui), Steven Spielberg avec attendrissement revisite donc ici son enfance... Il rend un hommage appuyé à sa famille, et surtout à la caméra, au cinéma qui ont pu transformer l'enfant émotif Steven-Sammy en grand Spielberg, ce conteur hollywoodien. Un scénario co-écrit avec le talentueux Tony Kushner, une musique émouvante signée John Williams, un filmage démonstratif où, pendant deux heures trente, tout est montré voire souligné. Mais cette imagerie filmée, séduisante et rassurante, ne se creuse d'aucune profondeur... Elle ne donne lieu à aucun questionnement ou débat ou à des différences notables d'interprétation. Enfin, par ses bons sentiments et une candeur souriante, elle décourage le dissensus. On peut donc en rester là et applaudir comme l'ensemble de la critique. Mais alors, si ce film est qualifié de chef d'oeuvre, quid du cinéma ?
Pierre Corcos
corcos16@gmail.com
09-03-2023
 
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Verso n°136

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