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[verso-hebdo]
10-11-2011
La lettre hebdomadaire
de Jean-Luc Chalumeau
Velickovic, le tragique et le grand style
L’exposition rétrospective consacrée par Les Abattoirs de Toulouse à Vladimir Velickovic est de grande importance : en sept salles, on va pouvoir prendre la mesure d’un peintre d’exception, dessinateur génial, qui a exposé dans le monde entier mais qui n’avait pas montré son œuvre avec une ampleur comparable depuis 1970 en France, son pays d’adoption, avec la formidable et bien lointaine exposition du musée d’Art Moderne de la Ville de Paris. www.lesabattoirs.org, jusqu’au 26 février 2012). La première salle est consacrée au thème récent de la Crucifixion avec la série Grünewald, la seconde aux Naissances des années 60-70, et ainsi de suite de manière non systématiquement chronologique : on retrouvera les Poursuites, Hommes de Muybridge, Chiens, Crochets, Blessures, Lieux et Expériences/rat qui ont fait la célébrité de l’artiste. Nomenclature terrible, images de désespoir : Velickovic est à l’évidence un peintre tragique. Encore faut-il bien comprendre ce que cela signifie, qui détermine sa place singulière dans l’histoire de l’art.

Le discours de la nature chez Lucrèce, celui de l’homme sans Dieu chez Pascal ou encore celui de l’homme dionysien chez Nietzsche s’ordonnaient selon une problématique du pire considérée comme point de départ nécessaire : ce qui devait être recherché et dit avant toute chose était le tragique. Le postulat commun à ces philosophes était que, s’il y a de la pensée, elle est forcément d’ordre désastreux. S’il y a une nécessité inhérente à la pensée tragique, elle ne saurait être recherchée ni dans l’angoisse liée à des incertitudes morales ou religieuses (Kierkegaard), ni dans la peur de la mort (Chestov), ni dans l’expérience de la solitude (Unamuno). Il est clair que, depuis Nietzsche, la pensée tragique n’a plus eu d’interprète philosophe. Aujourd’hui, nos penseurs les plus considérables admettent volontiers qu’il y a « du tragique » dans l’existence, mais refusent l’idée qu’une philosophie puisse être tragique en elle-même (car cela voudrait dire qu’elle signifierait la négation préalable de toute autre philosophie). Autrement dit, la pensée tragique est devenue incapable de s’ériger en philosophie, mais elle peut s’incarner dans l’art, et c’est ici qu’intervient Vladimir Velickovic, authentique peintre tragique de notre temps, celui qui ose aborder le mystère de « l’homme qui fait du mal à l’homme ».

Ce qui est recherché et dit par Velickovic par le moyen de son art, c’est le tragique, depuis ce jour de 1952 - il avait seize ans - où, ayant pu sortir de Yougoslavie avec son père, il reçut au Louvre le choc de la Pietà d’Avignon. Le choc fut double : le drame contenu dans l’œuvre, d’une part, et la problématique formelle résolue en un lieu et à une époque où des influences multiples se croisaient, d’autre part. Parisien à partir de 1967, il a pu écrire que « le peintre étranger que je suis, qui vit dans une cité où se retrouvent des artistes venus de partout, ne peut pas ne pas se sentir concerné par une réussite synthétique de styles divers poussée jusqu’à la perfection ». L’impression d’adolescence indélébile créée par la Pietà lui a fait comprendre « que c’est à partir de ce type d’image que je devais chercher à constituer mon propre vocabulaire ».
Soixante ans après la rencontre décisive avec le chef d’œuvre d’Enguerrand Quarton, nous pouvons considérer avec admiration la cohérence du langage plastique de Velickovic, obstinément tendu vers l’expression du caractère tragique de l’existence, c’est-à-dire farouchement requis par la guerre qu’il mène inlassablement contre les différentes formes de l’ordre du monde dans lesquelles il lui a été donné de vivre depuis l’enfance. Cette œuvre impressionnante est avant tout un cri de révolte contre la situation déjà entrevue par Robert Musil : « Imagine-toi maintenant un ordre humain total, universel, en un mot l’ordre civil parfait : parole d’honneur ! C’est la mort par le froid, la rigidité cadavérique, un paysage lunaire, une épidémie géométrique ! » Sur le terrain déserté par les philosophes, certains écrivains ont approché l’indicible : Musil, mais par exemple aussi Maupassant dans La Nuit, dont le narrateur éprouve très exactement l’état de mort, c’est-à-dire l’intuition de la mort considérée, non pas comme un événement pouvant survenir à tout moment, mais comme l’état naturel de ce qui existe. Cette intuition, l’art de Velickovic est en mesure de nous la faire voir par la seule force de son style, et il n’est pas toujours facile de regarder car le peintre n’a jamais cherché à plaire. « Le grand style consiste à mépriser la beauté petite et brève ; c’est un sens du rare et du durable. » (Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, Gallimard, 1947, p. 342).
Aux Abattoirs de Toulouse, le visiteur comprend qu’il est devant un art rare et durable : le moins que l’on puisse dire est que ce n’est pas courant aujourd’hui.
J.-L. C.
jl.chalumeau@usa.net
10-11-2011
 
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Verso n°126

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