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[verso-hebdo]
08-03-2012
La lettre hebdomadaire
de Jean-Luc Chalumeau
Meriem Bouderbala, l’annonciatrice de « l’art des Sud »
Meriem Bouderbala a été de ceux qui ont crié « dégage » à leurs risques et périls dans les rues de Tunis il y a un peu plus d’un an, et ont obtenu le départ du dictateur Ben Ali. Elle fait logiquement partie de l’exposition Dégagements qui rassemble une vingtaine de plasticiens tunisiens à l’Institut du Monde Arabe (jusqu’au 1er avril). Tous témoignent à leur manière, nous faisant part de « leurs implications, leurs interprétations », comme dit la commissaire Michket Krifa, dans le formidable événement historique qu’ils ont contribué à déclencher : le « printemps arabe ». Ces peintures, sculptures, vidéos, photographies ou tags ne sont pas des cris de victoire, mais l’expression d’une créativité en éveil - parfois non dépourvue d’humour - à propos d’une situation toujours mouvante, voire dramatique, qu’ils perçoivent avec une acuité inconnue de ce côté-ci de la Méditerranée. Or Meriem Bouderbala est précisément « des deux côtés ». Artiste franco-tunisienne, commissaire d’expositions, metteur en scène, elle revendique une double identité et la pratique « des liens et des télescopages entre les rives et les cultures » qui ont notamment abouti à la série The Awakened (2010) présentée à l’Institut du Monde Arabe.

C’est dans un sous-sol parisien, il y a plus de vingt ans, que j’ai eu l’occasion de voir des œuvres de Meriem Bouderbala pour la première fois. Elle ne se plaignait pas de l’inconfort, au contraire. Elle peignait alors dans les mêmes conditions dans une cave de Nice et déclarait que la lumière bleutée des néons lui imposait son usage particulier de la couleur. Epurées, restrictives, ses grandes toiles étaient à ce moment riches de nuances « pauvres », en chromatisme comme en matière. Elle a bien entendu évolué par la suite, mettant notamment en jeu son propre corps recouvert de voiles (série Etoffes cutanées, photographies, 2008) et parcourant consciemment un processus entraînant ses œuvres vers un « devenir minoritaire ». Ce concept était emprunté à Gilles Deleuze, il indiquait non pas la mise à l’écart ou la marginalisation, mais au contraire la force contenue dans le minoritaire ou, pour être plus précis, la puissance latente et souterraine de transformation et d’ébranlement du mouvement volontaire vers un « devenir minoritaire ».

Ce mouvement a donc conduit Meriem Bouderbala à ces figures « awakened » - il faut comprendre « éveillées », comme le Bouddha, comme surtout les intellectuels et les artistes tunisiens menacés par la contre-révolution - faites de lavis et de fils rouges. Elles sont nues, le crâne rasé, féminines et masculines, tête en haut ou tête en bas. Toutes emprisonnées dans des réseaux plus ou moins denses de fil rouge. La technique du lavis lui permet de traiter la peau comme si elle était brûlée, nécrosée. Pressentiment, peut-être, (ces œuvres sont de 2010) de l’immolation par le feu de Mohamed Bouazizi, le jeune martyr qui déclencha la révolution le 17 décembre 2010 ? Je ne sais. Mais ce que je sais, au-delà de la force émotive dégagée par cette série, c’est que Meriem disait vers 1990 que le Saint Suaire de Turin était à ses yeux la plus belle toile du monde. L’évidence de la trace d’un homme supplicié sublimée par une combinaison minimaliste de blancs, de gris et de rouge : telle est la puissance latente et souterraine de transformation qui établit un lien, me semble-t-il, entre le Suaire de Turin et la figure Awakened de Meriem Bouderbala, annonciatrice de « l’art des Sud » qu’elle appelle de toute la force de sa créativité.
J.-L. C.
verso.sarl@wanadoo.fr
08-03-2012
 
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Verso n°129

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