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[verso-hebdo]
28-09-2017
La lettre hebdomadaire
de Jean-Luc Chalumeau
Actualité de Cézanne
Les habitués du musée Jacquemart-André vont être contents : l'exposition qui vient d'ouvrir, et qui durera jusqu'au 22 janvier, présente tout ce qu'ils aiment. Sous le titre Le Jardin secret des Hansen, la collection Ordrupgaard, sont réunis des tableaux de premier ordre essentiellement impressionnistes (Monet, Sisley, Pissarro, Berthe Morisot) mais aussi des oeuvres de Manet, Degas, Gauguin et Cézanne. Ah, Cézanne ! Les organisateurs ne se sont pas trompés en reproduisant sur la couverture du catalogue les exceptionnelles Baigneuses acquises par un riche ménage danois (Wilhelm et Henny Hansen) passionné de peinture française et voulant faire partager son amour au public danois. A elles seules, ces baigneuses méritent la visite toutes affaires cessantes. Lorsque John Rewald et Bill Rubin ont organisé leur grande exposition Cézanne au MOMA de New York et aux galeries nationales du Grand Palais à Paris en 1982, ils avaient emprunté celles de la National Gallery de Londres prudemment datées « 1894-1905 », une huile sur toile de 130 x 193 cm. Lorsque le musée Granet d'Aix-en-Provence, la même année, avait voulu rendre hommage à l'enfant du pays méprisé de son vivant par les aixois, il lui fallait bien des baigneuses. Son conservateur, Denis Coutagne, fit venir celles de l'Art Institute de Chigago, un peu moins grandes (51 x 61,7 cm) et datées avec non moins de prudence « 1900-05 ». De toute façon, lorsqu'il est question des Baigneuses de Cézanne, essentielles dans l'histoire de la peinture, on parle toujours des « grandes », celles de Londres et de Philadelphie (fondation Barnes et Philadelphia Museum of Art), très rarement des autres. Or Cézanne a peint cinquante tableaux sur ce thème pendant toute sa vie de peintre, et voici que vient à Paris sans doute le plus beau, même s'il est franchement petit : Baigneuses, 47 x 77 cm, daté avec un peu plus de précision : « vers 1895 ».

Il est vrai que Cézanne ne datait pas ses oeuvres, d'où les difficultés des historiens de l'art que ce détail intéresse beaucoup. La responsable de la notice du catalogue, Birgitte Anderberg ( de la National Gallery of Denmark) tranche ainsi : « Les Baigneuses d'Ordrupgaard peuvent, sur la base de leur manière proche de l'aquarelle, de leur palette froide et du traitement du sujet, être datées tardivement dans la production de Cézanne. » Elle remarque aussi que « cette toile n'a été peinte ni in situ, ni en atelier à l'aide de modèles, mais à partir d'éléments repris d'autres toiles, de photographies, de reproductions de nus venant du Louvre, de dessins antérieurs de Cézanne et même d'esquisses réalisées au Louvre d'après des artistes comme Michel-Ange, Rubens, Delacroix ou Pierre Puget. » Sans doute, sans doute, tout cela est bien vrai, mais cette spécialiste de Toulouse-Lautrec aime-t-elle vraiment Cézanne ? Rien dans son texte parfaitement descriptif ne cherche à nous communiquer des raisons de nous enthousiasmer pour ce tableau incomparable.

C'est Philippe Sollers qui a observé que les Baigneuses sont le grand secret de Cézanne, qu'il se tait à leur propos et que « tout le monde est embarrassé pour en parler ». Pourquoi donc ? Ces femmes sont schématiques, n'expriment aucun sentiment, ne se livrent à aucune activité et pourtant, celles de Londres vues en 1922 ont arraché à Henry Moore cet aveu : « Si l'on me demandait de nommer les dix moments d'émotion visuelle les plus intenses de ma vie, celui-ci serait l'un d'eux. » (Discours de réception à l'académie des Beaux-Arts, novembre 1973). Alors ? Cézanne ne s'inspire évidemment pas d'Ingres, grand amateur de nudités. Le Bain turc, c'est très fort, a lâché un jour Cézanne, « mais c'est emmerdant ». Les Baigneuses de Courbet ? Elles « manquent d'élévation ». Quant à lui, Cézanne ne s'inscrit dans aucune filiation, il trompe son monde, veille à ce qu'on ne puisse lui mettre « le grappin dessus » (grappin social, financier, sexuel, psychologique). Ecoutons Sollers qui me semble avoir tout compris : pour lui, les Baigneuses sont les déesses énigmatiques de Cézanne. « On ne les a jamais vues. Elles n'ont aucun trait d'identité d'époque, impossible de les identifier par la toilette, le caractère, l'anecdote biographique. Leur visage sans visage n'est marqué d'aucun souci d'être soi. On ne peut pas non plus les réduire à une mythologie connue... » Pour Picasso, Cézanne était un dieu : lui seul avait solidifié l'impressionnisme évanescent. Matisse possédait une Baigneuse et la vénérait en silence. On demandait à Cézanne quel était son délassement préféré. Réponse : la natation. Comprenez qu'il faut être dans la peinture comme un poisson dans l'eau, et c'est ce qui est arrivé pour les Baigneuses en général, et pour celle d'Ordrupgaard en particulier. Il faut la voir pour le croire, bien sûr.
J.-L. C.
verso.sarl@wanadoo.fr
28-09-2017
 
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Verso n°106

L'artiste du mois : Christian Renonciat

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