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[verso-hebdo]
08-01-2015
La lettre hebdomadaire
de Jean-Luc Chalumeau
L'art contemporain est-il nul ?
C'est peut-être pour secouer la torpeur de ce que l'on appelle la trève des confiseurs que l'Obs, dans son édition 24 décembre-7 janvier a posé la question de savoir si l'art contemporain est nul dans sa rubrique « Débats » avec même un sous-titre : « polémique ».
Il s'agissait donc d' « opposer » un défenseur officiel de l'art contemporain, en l'occurrence Jean de Loisy, président du Palais de Tokyo et auteur de grandes expositions mémorables comme La beauté in fabula à Avignon en 2000, et un auteur ayant une réputation de contempteur dudit art, le romancier et essayiste Jean-Philippe Domecq, qui signa notamment Artistes sans art ? et Misère de l'art en 1994 et 1999. Las ! De polémique, il n'y a pas eu, et de réponse à la question posée, pas davantage. Erreur de casting, peut-être ? On imagine ce qu'aurait donné la même question posée à l'académicien atrabilaire Jean Clair, pour qui l'art contemporain est une triste manifestation de la décadence de la civilisation, et au marchand international Emmanuel Perrotin, celui qui a su faire triompher sur les plus prestigieuses cimaises du monde un quidam répétant sans cesse qu'il n'est surtout pas un artiste, à savoir Maurizio Cattelan... En fait, Jean de Loisy et Jean-Philippe Domecq ont gentiment répondu aux questions des journalistes, chacun à son tour, sans heurt et même pratiquement sans opposition. Que s'est-il donc passé ?

Notons que les protagonistes ont tous deux évacué la notion d'art contemporain telle qu'elle est vécue socialement aujourd'hui : Domecq évoque « l'usage intempestif du mot 'contemporain', brandi comme valeur esthétique alors qu'il n'est qu'un curseur chronologique » et de Loisy déclare que « le marché de l'art n'a rien à voir avec l'art ». Autrement dit, il y a tout et son contraire dans l'art dit contemporain, et chacun peut donc parler de ce qu'il veut tranquillement, sans risque de s'opposer à l'autre ! Tout juste marquent-ils une différence à propos de l'inévitable Jeff Koons : il est bien entendu nul pour Domecq (mais le mot n'est pas prononcé) qui pense que la spéculation financière est drainée, dans son cas, par des oeuvres qui ne tiendraient pas le cap de l'investissement « sans la spéculation intellectuelle des critiques et institutions qui les cautionnent ». C'est accorder beaucoup d'importance aux critiques, une importance qu'ils n'ont plus depuis longtemps (hélas). Quant aux institutions, parfaitement représentées par Jean de Loisy, elles se manifestent par la justification réjouissante que ce dernier accorde aux oeuvres de Koons. C'est que, voyez vous, elles sont vides ! Je cite exactement : « L'importance du vide à l'intérieur de toutes les oeuvres, du ballon de basket aux jouets gonflables, exprime avec compassion ce que nous tentons ainsi de combler. » Incroyable, non ? Le plus fort, c'est que le président du Palais de Tokyo dit cela sérieusement. C'est même la raison qu'il donne pour qualifier Jeff Koons de « grand analyste du visible de notre société. »

On sait que c'est Jean-Philippe Domecq qui initia le débat sur l'art contemporain en France avec un dossier remarqué de la revue Esprit, en juillet 1991, intitulé L'art d'aujourd'hui, dont le sous-titre était tout un programme : « Y a-t-il encore des critères d'appréciation esthétique ? » Question intéressante, qui entraîna notamment un débat avec moi à travers nos revues respectives, au cours de l'année qui suivit. Nous nous sommes disputés en particulier à propos de Buren (nul et non avenu pour Domecq, mais évidemment pas pour moi !). Vingt-trois ans plus tard, la pseudo-polémique de l'Obs montre que Domecq n'a pas changé de position : il défend le droit d'apprécier les oeuvres selon des critères (et il est évident qu'il y a une hiérarchie dans les productions qui sont présentées comme artistiques, et qu'il importerait donc de faire le tri). Or il n'a pu que répéter devant l'homme de l'Institution, co-détenteur du pouvoir de nommer aujourd'hui ce qui est de l'art et ce qui n'en est pas, que « le meilleur filtre, à vrai dire, a toujours été le débat critique sur la qualité des oeuvres ». Il n'y a pas eu de réponse. Jean de Loisy s'est contenté de déplorer que les musées résistent mal à la tentation de « faire du public » en négligeant les artistes qui feraient peu d'audience. C'est un problème, en effet, mais ce n'était pas la question.
J.-L. C.
verso.sarl@wanadoo.fr
08-01-2015
 
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Verso n°118

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