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[verso-hebdo]
31-03-2016
La chronique
de Pierre Corcos
Éclats du réel
Devinette : quel est cet événement culturel international et parisien, annuel et durant une dizaine de jours, intéressant à la fois les cinéastes, les sociologues, les curieux, les anthropologues, les cinéphiles et les voyageurs, qui en est à sa 38ème édition, proposant des petits-déjeuners avec les créateurs, une table ronde thématique et un salon de lecture, animé enfin par une belle effervescence, perceptible dans les débats ou dans l'ambiance journalière, signe d'une passion qui ne trompe guère chez tous ses participants ? Quel est donc cet événement qui cumule quatre compétitions, cinq thématiques, et se déroule dans six salles ?... Plutôt que donner sa langue au chat, applaudir pour oublier ensuite, mieux vaut l'an prochain, dès la mi-mars, se réserver quelques bonnes heures, le soir en semaine (si l'on travaille) ou toute la journée le week-end, pour aller voir, à un prix très abordable, quelques étonnants films du Festival Cinéma du Réel, un cinéma documentaire qui possède l'avantage d'amplifier notre monde, donner substance, images et voix à la phrase célèbre de Térence : « Je suis homme et rien de ce qui est humain ne m'est étranger ». Et plus encore...

Constater qu'un certain nombre de questions d'épistémologie se retrouvent dans la démarche documentaire, transposées, sous-entend qu'approcher le réel ne va pas de soi.
Ainsi, de même que le fait scientifique reste un fait construit (« Les faits sont faits » disait un épistémologue), le réel appréhendé par le documentaire est élaboré à partir d'une pensée, de techniques et d'un langage efficient. De même qu'en physique, l'observateur par sa seule présence peut modifier ce qui est observé (exemple : éclairer un électron pour l'observer c'est, en le bombardant de photons, altérer son mouvement), le documentariste et sa caméra peuvent altérer de différentes façons ce qui doit être appréhendé du réel. De même, enfin, que telle recherche scientifique a des retombées ambivalentes sur la vie sociale, approcher par le documentaire certaines réalités peut faire polémique...
Les débats animés, qui ont lieu après la projection de chaque film, rappellent que la saisie du réel ne fait pas toujours consensus. Danielle Arbid (Allo chérie) revendique une totale subjectivité (court-métrage sur sa mère libanaise), quand Georgi Lazarevski prétend montrer « l'envers de la carte postale » dans son Zona franca (film sur la province de Magellan, au bout du Chili). Certains ont reproché à Florence Jaugey (De niña a madre) une démarche pas assez critique dans son documentaire sur le Nicaragua, « Mère au sortir de l'enfance » (400 enfants naissent chaque jour et 100 ont pour mère une gamine...), quand ce qu'elle nous montre, son questionnement fouillé n'ont besoin de rien d'autre. D'autres réserves de spectateurs sous-entendaient que tel ou tel film projeté ne dépasse pas le niveau du reportage - forme journalistique (commentée, télévisée, formatée) du documentaire -, mais elles ne s'avisent pas qu'il existe différents niveaux de journalisme. Si la cinéaste Yi Cui n'a pas adopté un point de vue prégnant dans Of shadows (quotidien, en Chine du Nord, d'une troupe ambulante de théâtre d'ombres), ce retrait partiel laisse émerger une ambiance provinciale, une douce mélancolie de la désaffection.
Tandis que la fiction reste impérieuse dans la maîtrise nécessaire du récit filmique, la réalité, elle, a une propension à déborder de tout ce qui prétend la saisir. Et c'est tant mieux... La donner à voir dans son foisonnement, sa pléthorique diversité, voilà à quoi le grand documentariste italien Franco Pavioli (Voci del tempo) s'est attaché. Marqué par Eisenstein (visages expressifs en gros plans qui se succèdent), Robert Bresson (fine observation du geste, des mouvements) et d'autres grands cinéastes, alternant avec brio gros plans et plans généraux, Piavoli propose une vision lyrique, sensuelle, humaniste de la réalité sociale ou naturelle. De paroles il n'a pas besoin, ou alors, simple brouhaha, elles ne sont plus qu'un bruit de fond... Aucun mot, aucun humain, le bruit de la pluie sur une ville fantôme dans la méditation grave (Homo sapiens) de l'autrichien Nikolaus Geyrhalter... Au contraire c'est une parole unique, étonnante qu'a recueillie l'espagnol Andrès Duque (Oleg y las raras artes), celle du pianiste russe illuminé, génial, Oleg Karavaichuk (88 ans), comme pour la préserver de la disparition. Et c'est toute une langue qu'Eugène Green nous donne à entendre (Faire la parole) à travers chants, dialogues et poésie, une langue curieuse, méconnue, persécutée : le basque. Par ailleurs il est frappant de constater que des points de vue latéraux, indirects ici adoptés sur notre actualité la mettent en perspective et enrichissent son appréhension. Par exemple sur l'islamisme... Campant un portrait politique d'un éditeur syrien vivant en France, dans Mouhassaron Mithli, le syrien Hala Alabdalla dévoile le regard des intellectuels arabes sur la révolution et sa répression en Syrie, tandis que l'italien Marco Santarelli, dans Dustur, nous montre, à l'occasion d'un simple atelier d'écriture sur la Constitution dans la prison de Bologne où est enfermé le jeune détenu Marocain, Samad, la pesanteur de certains dogmes coraniques.
Une vertu supplémentaire de ce festival international de films documentaires - dont ce compte-rendu reste très lacunaire - consiste à nous rappeler, par comparaison, ce qu'on oublie régulièrement : l' «événement », qui s'impose dans les médias et s'y ressasse, fut sélectionné, comprimé, formaté. Et d'autres points de vue libèrent sa polysémie... Notons également que dans maints documentaires (par exemple Hôtel Machine d'Emanuel Licha), c'est plus le ressenti global qui compte, à l'égard d'une réalité, qu'une somme d'informations.

Enfin, à côté de cette saisie patiente et multiforme du réel par enquête, analyse et documentation, par des filmages zélés, concentrés, se manifeste, ça et là, dans tel film où à des instants de tel autre, un poétique dessaisissement par un accueil sans but préétabli à l'égard d'un réel, qu'il conviendrait alors, sans emphase et plus justement, d'appeler Être.
Pierre Corcos
31-03-2016
 
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Verso n°110

L'artiste de l'été : JonOne

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