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[verso-hebdo]
30-01-2014
La lettre hebdomadaire
de Jean-Luc Chalumeau
Le mystère Twombly
La galerie Karsten Greve, située en plein Marais, rue Debelleyme, est l'une des plus belles de Paris. Une immense salle d'accueil est reliée à des espaces intimes, ce qui permet de moduler les expositions selon les formats des oeuvres présentées. En ce moment, et jusqu'au 8 février, la galerie rend hommage à Cy Twombly avec une importante série de travaux sur papier sous le titre On Paper. Le néophyte qui entre respectueusement dans ce lieu prestigieux sait peut-être que le grand Américain, né en Virginie en 1928, passa l'essentiel de sa vie à Rome où il mourut en 2011. Peu avant, il avait eu le temps d'honorer une fabuleuse commande du Louvre : un plafond peint pour la salle des Bronzes. C'est-à-dire une immense surface de 350 mètres carrés. Il succédait ainsi de son vivant, dans le plus grand musée du monde, à Le Brun, Delacroix, Ingres et Georges Braque (mais ce dernier n'avait eu droit qu'à fort peu de place dans un plafond à caissons !). Or notre néophyte s'étonne : il ne voit que des gribouillages un peu sales, maculés ça et là par des taches de peinture. Des écritures illisibles ou à peine lisibles comme celles qu'il lui arrive de tracer distraitement de la main gauche quand il a la main droite prise par son téléphone. Il voudrait bien comprendre.

Heureusement, pense-t-il, une feuille d'explication est mise à sa disposition. Il la prend et la lit avec une inquiétude croissante. Il lui est d'abord dit que Twombly fut « un protagoniste absolu de l'histoire de l'art contemporain ». Il ne voit pas très bien ce qu'est un protagoniste absolu, mais cet absolu lui indique qu'il n'y a pas à discuter les affirmations péremptoires du texte : il s'agit dans ces oeuvres d'une « conscience expressive absolument touchante » et s'il n'est pas touché, il n'est donc qu'un béotien, un ignare sans la moindre sensibilité artistique. Plus loin, on lui déclare que « Twombly donne forme à l'espace silencieux qui existe entre les mots et autour d'eux ». Honte à lui, qui ne distingue aucune forme et encore moins d'espace silencieux. Vers la fin du document qui l'accable, le voici terrassé par une sentence assénée comme une évidence : comment n'a-t-il pas discerné « ce tremblement du temps que Twombly rend visible » ?

À qui donc s'adresse le curieux texte (non signé) de la galerie Karsten Greve ? Si c'est aux amateurs informés, ils doivent sourire. Si c'est aux braves gens qui cherchent à comprendre, pourquoi leur enjoindre la déférence dûe aux icônes les plus sacrées sans rien leur dire de clair ? Il y a un mystère Twombly, qui a toujours été « défendu » par des oracles solennels comme par exemple Roberta Smith, qui enseignait que Twombly avait découvert « un mode visuel rendant compte des réactions physiologiques les plus infinitésimales ». Mais Roberta Smith concédait tout de même quelque chose de grave. N'avait-elle pas l'impression, devant les dessins/peintures du maître, de se trouver face à un « bibliophile gavé de culture qui s'exprimerait soudain - graphiquement et d'une certaine manière presque obscène - dans des langues inconnues » ? En fait, le seul homme à comprendre Twombly et à l'admirer pour de bonnes raisons a été Roland Barthes. C'est à ce dernier que Twombly fit appel en 1979 pour préfacer sa grande exposition au Whitney Museum of American Art. Ce que vit Barthes ? Que les graphismes peints et dessinés de l'américain étaient en effet pauvres, maladroits, gauches. Mais qu'ils étaient toujours associés à des allusions à la peinture classique ou à la culture greco-romaine, d'où une apparente contradiction. Citons exactement Barthes : « Par le biais de son graphisme, Twombly introduit presque toujours une contradiction dans sa toile : le « pauvre », le « maladroit », le « gauche », rejoignant le « Rare », agissent comme des forces qui brisent la tendance de la culture classique à faire de l'antiquité une réserve de formes décoratives... » Au fond, Barthes appréciait chez Twombly les « secousses » qu'il faisait subir à la « culture classique ». Être d'avant-garde, c'est savoir ce qui est mort, disait-il ; être d'arrière garde, c'est l'aimer encore. Telle était la position ambiguë qu'il avait reconnue en Cy Twombly, le plus indéchiffrable des artistes dits contemporains. Tous deux furent ainsi « à l'avant-garde de l'arrière-garde » (ou le contraire !). N'est-ce pas cela qu'il aurait été bon de faire savoir au visiteur néophyte de la galerie Karsten Greve ?
J.-L. C.
verso.sarl@wanadoo.fr
30-01-2014
 
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Verso n°110

L'artiste de l'été : JonOne

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