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[verso-hebdo]
27-03-2014
La lettre hebdomadaire
de Jean-Luc Chalumeau
François de Rose, une jeunesse demeurée intacte
Le 3 mai 1959, François Mauriac observait dans son bloc-notes que Jules Isaac, compagnon de Péguy, « a aujourd'hui quatre vingt ans. J'en demande mille pardons à tous les encenseurs de notre sainte jeunesse ! » Admiratif, il ajoutait que la jeunesse était demeurée intacte chez cet octogénaire. Je paraphraserai volontiers Mauriac en annonçant aujourd'hui que François de Rose est dans sa cent-quatrième année, et que sa jeunesse est demeurée intacte. En témoigne son petit livre de « souvenirs et anecdotes » que font judicieusement paraître les éditions de Fallois sous le titre Un diplomate dans le siècle. De quoi nous parle-t-il ? Il répond avec humour page 88 : « Je vous parle d'un temps que les moins de cent ans ne peuvent pas connaître. » Souvenirs de jeunesse, certes, mais aussi très récents. Car François de Rose a tenu à se rendre à l'invitation de son ami Henry Kissinger qui fêtait ses quatre-vingt-dix ans en juin 2013 à New York. Ce qui nous permet, en citant l'ancien Secrétaire d'Etat de Richard Nixon, de présenter le diplomate français alors âgé de 102 ans : dans son discours, le nonagénaire avait en effet salué « le comte François de Rose, ambassadeur de France, qui avait longtemps servi à l'OTAN, ajoutant : « Si on est là pour mes quatre-vingt-dix ans, ce n'est pas une performance par rapport aux cent deux ans de mon ami François. »

Je ne rends que rarement compte de livres ne traitant pas principalement d'art. Il faut vraiment que l'ouvrage se détache de manière exceptionnelle. Ici, l'acuité des jugements, l'intérêt proprement historique des observations personnelles et l'humour irrésistible présent à chaque page font de ce texte un bijou littéraire. Celui qui fut notamment ambassadeur à Lisbonne, représentant de la France à la Commission des Nations Unies pour le contrôle international de l'énergie atomique et co-fondateur du Centre Européen pour la Recherche Nucléaire (CERN) ne se prend jamais au sérieux. Il se contente, soit de s'émerveiller de ce que lui donne le très grand âge (« je suis le seul homme qui puisse dire que la première fois qu'il baisa la main d'une femme, ce fut celle de l'impératrice Eugénie... » (Il avait alors dix ans, et il s'agit de l'un de ses premiers souvenirs d'enfance, narré avec une superbe fraîcheur d'écriture), soit d'offrir des pages sérieuses d'un grand intérêt historique. François de Rose joua un rôle important pendant la guerre, en Afrique du Nord, en négociant avec les Etats-Unis une aide sous forme de matériels et de vivres pour les populations coupées de la mère Patrie. C'est à cette occasion qu'il précise le rôle réel joué par le général Weigand, souvent mal perçu par les historiens.

J'ai dit que François de Rose ne traite pas d'art (il n'oublie cependant pas de préciser que lors de son passage à New York, il n'a pas manqué de faire visiter la Collection Frick à sa petite fille Carla qui l'accompagnait), mais ce diplomate de la grande espèce, raffiné et cultivé sans aucune affectation, aurait pu le faire. Il aurait pu moins parler de Robert Oppenheimer, David Rockefeller, Albert Einstein ou du général de Gaulle pour évoquer d'autres thèmes. Je suis de ceux qui lisent avec grand intérêt ses articles du Figaro ou du Monde. Lors de l'effroyable crise financière grecque qui mobilisa récemment l'Europe, il publia dans ce dernier journal une proposition de solution d'une merveilleuse audace qui m'avait frappé. La Grèce pliait sous le poids d'une dette colossale et madame Merkel lui faisait les gros yeux ? : la belle affaire ! François de Rose rappelait l'apport essentiel de la Grèce à l'humanité, de Socrate, Platon et Aristote à Phidias et Praxitèle : en remerciement pour tant de services rendus, ne serait-il pas légitime d'effacer tout simplement sa dette, peu de choses au regard de l'histoire ? Cette proposition généreuse fut reçue avec une ironie assez dédaigneuse par les banquiers à qui j'eus l'occasion d'en parler. Mais je peux témoigner de ce que, m'en faisant l'écho auprès de mes étudiants, je rencontrais alors leur approbation enthousiaste. Ces garçons et ces filles de vingt ans avaient reconnu en François de Rose l'un des leurs. Oui, vraiment, la jeunesse de ce centenaire est restée intacte.
J.-L. C.
verso.sarl@wanadoo.fr
27-03-2014
 
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Verso n°111

L'artiste du mois : François Lelièvre

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